CONCLUSION

L'étude que nous venons de faire de la législation soviétique montre la

grande influence exercée par la nouvelle politique économique sur

l'organisation de l'industrie et les conditions du travail en Russie.

La nationalisation, en tant que principe, reste encore en vigueur mais

les formes d'administration se sont diversifiées et l'importance du rôle

direct de l'État diminue pour un nombre d'entreprises toujours plus

grand.

La petite industrie est désormais soustraite à la nationalisation. Les

entreprises qui restent nationalisées doivent autant que possible être

affermées à des particuliers qui reçoivent l'autorisation de les

exploiter d'après les formes de l'économie capitaliste privée. Il

résulte pourtant des chiffres que nous reproduisons en annexe que

l'affermage n'a pas reçu jusqu'à présent une application très étendue;

le nombre des entreprises données à bail est insignifiant, et toutes

appartiennent à la petite ou à la moyenne industrie. L'espoir que les

autorités avaient mis dans le décret du 5 juillet 1921 ne semble donc

pas s'être réalisé, de leur aveu même.

Le nombre des entreprises gérées directement par l'État et ravitaillées

par lui en matières premières, combustible, etc., ainsi que le nombre

des ouvriers et employés entretenus aux frais de l'État diminue. Le

manque d'argent et d'autres ressources a obligé l'État d'établir comme

règle générale que les entreprises doivent être gérées sur la base du

«rendement commercial». Pour cela, il a fallu autoriser un grand nombre

d'établissements à s'adresser directement au marché libre pour s'y

ravitailler en combustible, en matières premières ainsi qu'en argent. Le

désir d'obtenir de l'argent sur le marché libre a eu pour conséquence

nécessaire l'appel au capital privé et a donné lieu à la création d'un

type nouveau d'entreprises: les sociétés mixtes par actions, où le

capital privé est admis à participer presque sur un pied d'égalité avec

l'État.

Les renseignements que nous possédons sur ces sociétés sont encore très

rares; leur nombre est trop restreint et leur création trop récente pour

qu'on puisse en apprécier l'importance ou les résultats. Nous ne pouvons

pas davantage porter un jugement sur les concessions dont la question ne

semble pas avoir été étudiée à fond jusqu'à présent par le gouvernement

soviétique lui-même. Mais c'est partout le même effort pour obtenir des

ressources nouvelles, créer des moyens nouveaux d'exploitation en

abandonnant la gestion directe des entreprises.

Ainsi donc, à mesure que se développe la nouvelle politique économique,

le gouvernement des soviets rétrécit davantage sa sphère d'activité en

matière d'administration industrielle et laisse un champ plus large au

capital privé.

* * * * *

En donnant naissance à des entreprises partiellement ou totalement

indépendantes de l'État, la nouvelle politique économique a posé d'autre

part la question de la révision des lois sur les conditions du travail.

À côté des règles fondamentales, applicables à toutes les entreprises

quelles qu'elles soient, il a fallu introduire de nouvelles dispositions

régissant les rapports des administrations ou des entrepreneurs avec

leur personnel. Cette nouvelle législation est encore en voie

d'élaboration et l'on ne peut juger de ce qu'elle sera que par les

tendances générales qui se font jour dans les résolutions et rapports

des divers congrès ou commissions et par l'usage qui s'établit dans

certaines entreprises.

Il faut attendre la publication du nouveau Code des lois sur le travail,

actuellement en préparation, pour apprécier définitivement l'influence

de la nouvelle politique économique sur la législation ouvrière.

Toutefois, nous pouvons dès maintenant--nous en tenant aux informations

parues dans les publications soviétiques que nous avons utilisées au

cours de la présente étude--mentionner quelques innovations.

La suppression de fait du travail obligatoire et l'autorisation

accordées aux entreprises dirigées par des particuliers de disposer

librement de la main-d'oeuvre ont soumis celle-ci de nouveau à la loi de

l'offre et de la demande. La répercussion n'a pas tardé à se faire

sentir sur le mode d'établissement des salaires qui sont actuellement

réglés dans ces entreprises par accord mutuel entre les parties.

De même, les rapports entre l'administration et les travailleurs sont

nécessairement différents dans les entreprises gérées par des

particuliers de ce qu'ils sont dans les entreprises nationalisées

dirigées par l'État.

Mais, comme nous l'avons dit, le gouvernement des soviets n'a pas encore

de législation définitive et complète à ce sujet. On peut dire qu'à

l'heure actuelle les conditions du travail sont régies par trois

catégories de législations différentes. La première est commune à toutes

les entreprises; la deuxième ne s'applique qu'aux entreprises

nationalisées gérées par l'État; la troisième s'étend uniquement aux

entreprises dirigées par des particuliers. En comparant les dispositions

de la première et de la deuxième catégories avec celles qui ont été en

vigueur jusqu'en 1921[42], on constate aisément quelle est l'importance

des modifications qu'ont apportées dans ce domaine de la

législation--par exemple l'assurance sociale, l'embauchage et le

congédiement--les conditions créées dans la Russie des soviets par la

nouvelle politique économique.

[Footnote 42: Voir BUREAU INTERNATIONAL DU TRAVAIL: _Les conditions du

travail dans la Russie des Soviets_. Questionnaire méthodique et

bibliographie préparés pour une mission d'enquête en Russie. Harrison

and Sons, Londres, 1921.]

L'organisation de l'industrie et les conditions du travail dans la Russie des Soviets · 第 32 / 89 题