«Comment pouvez-vous préférer Hippolyta aux cinq autres que je viens de
dire et qui sont les plus incontestables beautés de Vérone? D'abord,
elle a le nez trop long et trop busqué.»—Ajoutez qu'elle a la peau trop
fine, et la lèvre supérieure trop mince, ce qui tire trop sa bouche par
le haut quand elle rit, en fait un angle très aigu. Pourtant son rire
m'impressionne infiniment, et les profils les plus purs me laissent
froid auprès de la ligne de son nez trop busquée à votre avis, pour moi
si émouvante et qui rappelle l'oiseau. Sa tête aussi est un peu d'un
oiseau, si longue du front à la nuque blonde, plus encore ses veux
perçants et doux. Souvent, au théâtre, elle est accoudée à l'appui de
sa loge; son bras ganté de blanc jaillit tout droit, jusqu'au menton,
appuyé sur les phalanges de la main. Son corps parfait enfle ses
coutumières gazes blanches comme des ailes reployées. On pense à un
oiseau qui rêve sur une patte élégante et grêle. Il est charmant aussi
de voir son éventail de plume palpiter près d'elle et battre de son
aile blanche. Je n'ai jamais pu rencontrer ses fils ou ses neveux, qui
tous ont comme elle le nez busqué, les lèvres minces, les yeux
perçants, la peau trop fine, sans être troublé en reconnaissant sa race
sans doute issue d'une déesse et d'un oiseau. À travers la métamorphose
qui enchaîne aujourd'hui quelque désir ailé à cette forme de femme, je
reconnais la petite tête royale du paon, derrière qui ne ruisselle plus
le flot bleu de mer, vert de mer, ou l'écume de son plumage
mythologique. Elle donne l'idée du fabuleux avec le frisson de la
beauté.