MILORD,

«Il y a plus de deux ans, une femme aimable et aimée m'a été enlevée par

une maladie de langueur après une très-courte union. Elle avait une

douceur et un courage invariables, et une piété toute intérieure, qui se

révélait rarement par des paroles, mais dont l'active influence

produisait une bonté uniforme. À sa dernière heure, après un regard

d'adieu sur un nouveau-né, notre unique enfant, pour qui elle avait

témoigné une affection inexprimable, les derniers mots qu'elle murmura

furent: «Dieu est le bonheur! Dieu est le bonheur!» Depuis le second

anniversaire de sa mort, j'ai lu quelques papiers qui, pendant sa vie,

n'avaient été vus de personne, et qui contiennent ses plus secrètes

pensées. J'ai cru devoir communiquer à votre seigneurie un morceau qui

sans doute est relatif à vous, vu que j'ai plus d'une fois entendu ma

femme parler de votre agilité à gravir les rochers à Hastings.

«Ô mon Dieu! je me sens encouragé par l'assurance de ta parole à te

prier en faveur d'un être pour qui j'ai pris dernièrement un grand

intérêt. Puisse la personne dont je parle (et qui est maintenant, nous

le craignons, aussi célèbre par son mépris pour toi que par les talens

transcendans dont tu l'as douée) être réveillée par le sentiment de son

danger, et amenée à chercher dans un convenable sentiment de religion

cette paix de l'ame qu'elle n'a pu trouver dans les jouissances de ce

monde! Fais-lui la grâce que l'exemple de sa future conduite produise

plus de bien que sa vie passée et ses écrits n'ont produit de mal; et

puisse le soleil de la justice, qui, nous l'espérons, luira un jour à

venir pour lui, briller en proportion des ténèbres que le péché a

rassemblées autour de lui, et le baume que répand ta lumière avoir une

efficacité et une bienfaisance proportionnées à la vivacité de cette

agonie, légitime punition de tant de vices! Laisse-moi espérer que la

sincérité de mes efforts pour parvenir à la sainteté, et mon amour pour

le grand auteur de la religion, rendront cette prière plus efficace,

comme toutes celles que je fais pour le salut des hommes.--Soutiens-moi

dans le chemin du devoir;--mais ne me laisse jamais oublier que, quoique

nous puissions nous animer nous-mêmes dans nos efforts par toutes sortes

de motifs innocens, ces motifs ne sont que de faibles ruisseaux qui

peuvent bien accroître le courant, mais qui, privés de la grande source

du bien (c'est-à-dire d'une profonde conviction du péché originel, et

d'une ferme croyance dans l'efficacité de la mort du Christ pour le

salut de ceux qui ont foi en lui, et désirent réellement le servir),

tariraient bientôt, et nous laisseraient dénués de toute vertu comme

auparavant.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 326 / 366 题