Ce fut à cette époque que Byron commença, sous le titre de _Pensées
Détachées_, ce livre de notices et de _memoranda_, d'où, dans le cours
de cet ouvrage, j'ai extrait tant de passages curieux propres à donner
des lumières sur la vie et sur les opinions de notre poète, et dont je
vais donner ici l'introduction:
«Parmi les divers Journaux, Mémoires, etc., etc., que j'ai tenus dans le
cours de ma vie, il y en a un que j'ai commencé il y a trois mois, et
que j'ai continué jusqu'à ce que j'eusse rempli un cahier (assez petit),
et environ deux feuilles d'un autre. Puis je l'ai abandonné, en partie
parce que je croyais que nous aurions ici quelque chose à faire, que
j'avais nettoyé mes armes et fait les préparatifs nécessaires pour agir
avec les patriotes, qui avaient rempli mes culottes de leurs
proclamations, sermens et résolutions, et caché dans le bas de ma maison
quantité d'armes de tout calibre,--et en partie parce que j'avais rempli
mon cahier.
»Mais les Napolitains se sont trahis, eux et le monde entier; et ceux
qui auraient volontiers donné leur sang pour l'Italie, ne peuvent plus
lui donner que leurs larmes.
»Un jour ou l'autre, si ma poussière ne se dissout pas, je jetterai
peut-être quelque lumière (car j'ai été assez initié au secret, du moins
dans cette partie du pays) sur l'atroce perfidie qui a replongé l'Italie
dans la barbarie: à présent, je n'en ai ni le tems ni l'humeur.
Cependant, les vrais Italiens ne sont pas blâmables; ce sont ces vils
faquins, relégués au talon de la botte que le Hun chausse maintenant
pour les fouler aux pieds et les réduire en poudre pour prix de leur
servilité. Je me suis risqué ici avec les autres, et c'est encore un
problème que de savoir jusqu'à quel point je me suis ou non compromis.
Quelques-uns d'entre eux, comme Craigengelt, «diraient tout et plus que
tout, pour se sauver eux-mêmes.» Mais advienne que pourra, le motif
était glorieux; heureux ceux qui n'ont à se reprocher que d'avoir cru
que ces chiens étaient moins canaille qu'ils n'ont été!--Ici, en
Romagne, les efforts devaient être nécessairement bornés à des
préparatifs et à de bonnes intentions, jusqu'à ce que les Allemands
eussent pleinement engagé leurs forces dans une guerre sérieuse,--attendu
que nous sommes sur leurs frontières, sans fort ni montagne avant
San-Marino. Je ne sais si «l'enfer sera pavé de ces bonnes intentions»;
mais il aura probablement bon nombre de Napolitains qui marcheront sur
ce pavé, quelle qu'en soit la composition. Les laves de leur Vésuve,
avec les corps de leurs ames damnées pour ciment, seraient la meilleure
chaussée pour le Corso de Satan.»