À M. MOORE.

Ravenne, 3 mai 1821.

«Quoique je vous aie écrit le 28 du mois dernier, je dois accuser

réception de votre lettre d'aujourd'hui et des vers qu'elle contient.

Ces vers sont beaux, sublimes, et dans votre meilleure manière. Ils ne

sont non plus que trop vrais. Cependant, ne confondez pas les lâches qui

sont au talon de la botte avec les gens plus braves qui en occupent le

haut. Je vous assure qu'il y a des ames plus élevées.

»Rien, néanmoins, ne peut être meilleur que votre poème, et mieux mérité

par les _lazzaroni_. Ces hommes-là ne sont nulle part plus abhorrés et

plus reniés qu'ici. Nous parlerons un jour de ces affaires (si nous

nous rencontrons), et je vous raconterai mes propres aventures, dont

quelques-unes ont peut-être été un peu périlleuses.

»Ainsi, vous avez lu la _Lettre sur Bowles_? Je ne me rappelle pas avoir

rien dit de vous qui pût vous offenser,--et certainement je n'en ai pas

eu l'intention. Quant à ***, je voulais lui faire un compliment. J'ai

écrit le tout d'un seul jet, sans recopier ni corriger, et dans

l'attente quotidienne d'être appelé sur le champ de bataille. Qu'ai-je

dit de vous? Certainement je ne le sais plus. Je dois avoir énoncé

quelques regrets de votre approbation de Bowles. Et ne l'avez-vous pas

approuvé, à ce qu'il dit?...............................................

........................................................................

»Quant à Pope, je l'ai toujours regardé comme le plus grand nom de notre

poésie. Les autres poètes ne sont que des barbares. Lui, c'est un temple

grec, avec une cathédrale gothique à son côté, une mosquée turque et

toutes sortes de pagodes et de constructions bizarres à l'entour. Vous

pouvez, si vous voulez, appeler Shakspeare et Milton des pyramides, mais

je préfère le temple de Thésée ou le Parthénon à une montagne de

briques.

»Murray ne m'a écrit qu'une seule fois, le jour de la publication, alors

que le succès semblait être heureux. Mais je n'ai depuis quelque tems

reçu que peu de nouvelles d'Angleterre. Je ne sais rien des autres

ouvrages (je ne parle que des miens) que Murray devait publier,--je ne

sais pas même s'il les a publiés. Il devait le faire il y a un mois. Je

désirerais que vous fissiez quelque chose,--ou que nous fussions

ensemble.

»Tout à vous pour toujours et de coeur.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 222 / 366 题