18 février 1821.

«La nouvelle du jour est que les Napolitains ont coupé un pont, et tué

quatre carabiniers pontificaux qui voulaient s'y opposer. Outre la

violation de la neutralité, c'est pitié que le premier sang versé dans

cette querelle allemande ait été du sang italien. Toutefois, la guerre

semble commencée tout de bon; car si les Napolitains tuent les

carabiniers du pape, ils ne seront pas plus délicats envers les

barbares.....................

»En parcourant aujourd'hui la _Correspondance_ de Grimm, j'ai trouvée

une pensée de Tom Moore dans une chanson de Maupertuis à une femme

laponaise:

Et tous les lieux

Où sont ses yeux

Font la zone brûlante.

»Voici la phrase de Moore:

Ces yeux font mon climat, partout où je porte mes pas[104].

[Note 104: And those eyes make my climate, wherever I roam.]

»Mais je suis sûr que Moore ne vit jamais les vers de Maupertuis; car

ils ne furent publiés dans la _Correspondance_ de Grimm qu'en 1813, et

j'appris Moore par coeur en 1812. Il y a aussi une autre coïncidence,

mais de pensées opposées:

Le soleil luit,

Des jours sans nuit

Bientôt il nous destine;

Mais ces longs jours

Seront trop courts,

Passés près de Christine.

»C'est la pensée retournée de la dernière stance de la jolie ballade sur

Charlotte Lynes, ballade rapportée dans les _Mémoires de miss Seward_ de

Darwin:--je cite de mémoire pour avoir appris les vers il y a quinze

ans:

Pour ma première nuit j'irai

Dans ces contrées de neige,

Où le soleil reste six mois sans luire;

Et je crois, même alors,

Qu'il reviendra trop tôt

Me troubler dans les bras de la belle Charlotte Lynes[105].

[Note 105:

For my first night I'll go

To those regions of snow,

Where the sun for six months never shines;

And think, even then,

He too soon came

To disturb me with fair Charlotta Lynes.]

»Aujourd'hui, je n'ai eu aucune communication avec mes vieux amis les

carbonari; mais cependant mes bas-appartemens sont pleins de leurs

bayonnettes, fusils, cartouches, et je ne sais quoi encore. Je suppose

que l'on me considère comme un dépôt à sacrifier en cas d'accidens. Peu

importe, dans la supposition de la délivrance de l'Italie, qui ou quoi

soit sacrifié; c'est un grand objet:--c'est la poésie même de la

politique. Rêver seulement--une Italie libre!!! Eh quoi! il n'y a rien

eu de pareil depuis les jours d'Auguste. Je regarde les tems de

Jules-César comme libres, parce que les commotions politiques permirent

à chacun de choisir son côté, et que les partis furent à-peu-près égaux

en force dans le principe. Mais ensuite ce ne fut plus qu'une affaire de

troupes prétoriennes et légionnaires;--et depuis!--nous verrons, ou du

moins quelqu'un verra quelle carte tournera. Mieux vaut espérer, lors

même qu'il n'y a pas d'espoir. Les Hollandais firent plus dans la guerre

de soixante-dix ans que les Italiens n'ont à faire aujourd'hui.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 173 / 366 题