«La nouvelle du jour est que les Napolitains ont coupé un pont, et tué
quatre carabiniers pontificaux qui voulaient s'y opposer. Outre la
violation de la neutralité, c'est pitié que le premier sang versé dans
cette querelle allemande ait été du sang italien. Toutefois, la guerre
semble commencée tout de bon; car si les Napolitains tuent les
carabiniers du pape, ils ne seront pas plus délicats envers les
barbares.....................
»En parcourant aujourd'hui la _Correspondance_ de Grimm, j'ai trouvée
une pensée de Tom Moore dans une chanson de Maupertuis à une femme
laponaise:
Et tous les lieux
Où sont ses yeux
Font la zone brûlante.
»Voici la phrase de Moore:
Ces yeux font mon climat, partout où je porte mes pas[104].
[Note 104: And those eyes make my climate, wherever I roam.]
»Mais je suis sûr que Moore ne vit jamais les vers de Maupertuis; car
ils ne furent publiés dans la _Correspondance_ de Grimm qu'en 1813, et
j'appris Moore par coeur en 1812. Il y a aussi une autre coïncidence,
mais de pensées opposées:
Le soleil luit,
Des jours sans nuit
Bientôt il nous destine;
Mais ces longs jours
Seront trop courts,
Passés près de Christine.
»C'est la pensée retournée de la dernière stance de la jolie ballade sur
Charlotte Lynes, ballade rapportée dans les _Mémoires de miss Seward_ de
Darwin:--je cite de mémoire pour avoir appris les vers il y a quinze
ans:
Pour ma première nuit j'irai
Dans ces contrées de neige,
Où le soleil reste six mois sans luire;
Et je crois, même alors,
Qu'il reviendra trop tôt
Me troubler dans les bras de la belle Charlotte Lynes[105].
[Note 105:
For my first night I'll go
To those regions of snow,
Where the sun for six months never shines;
And think, even then,
He too soon came
To disturb me with fair Charlotta Lynes.]
»Aujourd'hui, je n'ai eu aucune communication avec mes vieux amis les
carbonari; mais cependant mes bas-appartemens sont pleins de leurs
bayonnettes, fusils, cartouches, et je ne sais quoi encore. Je suppose
que l'on me considère comme un dépôt à sacrifier en cas d'accidens. Peu
importe, dans la supposition de la délivrance de l'Italie, qui ou quoi
soit sacrifié; c'est un grand objet:--c'est la poésie même de la
politique. Rêver seulement--une Italie libre!!! Eh quoi! il n'y a rien
eu de pareil depuis les jours d'Auguste. Je regarde les tems de
Jules-César comme libres, parce que les commotions politiques permirent
à chacun de choisir son côté, et que les partis furent à-peu-près égaux
en force dans le principe. Mais ensuite ce ne fut plus qu'une affaire de
troupes prétoriennes et légionnaires;--et depuis!--nous verrons, ou du
moins quelqu'un verra quelle carte tournera. Mieux vaut espérer, lors
même qu'il n'y a pas d'espoir. Les Hollandais firent plus dans la guerre
de soixante-dix ans que les Italiens n'ont à faire aujourd'hui.»