«Hier soir, _il conte_ Pietro Gamba a envoyé chez moi un homme avec un
sac plein de bayonnettes, de mousquets, et de cartouches au nombre de
quelques centaines, sans m'en avoir donné avis, quoique je l'eusse vu
tout au plus une demi heure auparavant. Il y a environ dix jours, quand
il devait y avoir ici un soulèvement, les libéraux et mes frères
carbonari me dirent d'acheter des armes pour quelques-uns de nos braves.
J'en achetai immédiatement, et je commandai des munitions, etc., et
conséquemment les hommes furent armés. Eh bien!--le soulèvement est
contremandé, parce que les barbares se mettent en marche une semaine
plus tôt que l'on ne comptait; et un ordre exprès est rendu par le
gouvernement, que toutes personnes ayant des armes cachées, etc., seront
passibles de, etc., etc.»--Et que font mes amis, les patriotes, deux
jours après? Ils rejettent entre mes mains, et dans ma maison (sans un
mot d'avertissement préalable) ces mêmes armes que je leur avais
fournies sur leur requête, et à mes propres périls et dépens.
»Ç'a été un heureux hasard que Lega ait été à la maison pour recevoir
ces armes, car (excepté Lega, Tita et F***) tous mes autres domestiques
auraient trahi le secret sur-le-champ. D'ailleurs, si l'on dénonce ou
découvre ces armes, je serai dans l'embarras.
»Sorti à neuf heures,--rentré à onze. Battu la corneille qui avait volé
la nourriture du faucon. Lu les _Contes de mon Hôte_,--écrit une
lettre,--et mêlé une tasse médiocre d'eau avec d'autres ingrédiens.»