2 février 1821.

«J'ai considéré quelle peut être la raison pourquoi je m'éveille

toujours à une certaine heure de la matinée, et toujours dans un état

d'abattement, et je puis dire dans le découragement et dans le

désespoir, sous tous les rapports,--même sous le rapport de ce qui me

plaisait la soirée précédente. En une heure ou deux environ, cet état se

passe, et je me calme assez pour dormir encore, ou du moins pour

reposer. En Angleterre, il y a cinq ans, j'eus la même espèce

d'hypocondrie, mais accompagnée d'une soif si vive, que je bus près de

quinze bouteilles de soda-water en une nuit, après m'être couché, sans

cesser néanmoins d'être altéré;--il faut toutefois tenir compte de la

perte due à l'explosion, à l'effervescence et au débordement du liquide,

lorsque je débouchais les bouteilles ou que j'en cassais le goulot dans

mon impatiente envie de boire. À présent, je n'ai pas cette soif, mais

l'abattement de mes esprits n'est pas moins fort.

»Je lis dans les _Mémoires_ d'Edgeworth quelque chose de semblable

(hormis que la soif s'assouvissait sur la petite bière), dans le cas de

sir F. B. Delaval;--mais celui-ci était alors plus vieux que moi d'au

moins vingt ans. Qu'est-ce?--le foie? En Angleterre, Le Man

(l'apothicaire) me guérit en trois jours de cette soif, qui m'avait

duré tant d'années. Je présume que tout cela n'est que de l'hypocondrie.

»Ce que je sens de plus en plus prendre empire sur moi, c'est la

paresse, et un dégoût beaucoup plus fort que l'indifférence. Si je

m'irrite, c'est jusqu'à la fureur. Je présume que je finirai (si je ne

meurs pas plus tôt, par accident ou quelque autre terminaison semblable)

comme Swift,--en mourant comblé de vie. J'avoue que je ne contemple pas

cette fin avec autant d'horreur que Swift paraît l'avoir fait quelques

années avant qu'elle ne survînt; mais Swift avait à peine commencé la

vie à l'âge même (de trente-trois ans) où je me sens tout-à-fait vieux

de sentimens.

»Oh! il y a un orgue qui joue dans la rue;--c'est une valse: il faut que

j'écoute. L'on joue une valse que j'ai entendue dix mille fois dans les

bals à Londres, de 1812 à 1815. La musique est une étrange chose.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 164 / 366 题