»Belle journée. Lecture,--promenade à cheval,--tir du pistolet.
Rentré,--dîné,--lu. Sorti à huit heures,--fait la visite ordinaire. Je
n'ai entendu parler que de guerre.--«Il n'y a toujours qu'un cri: Les
voici.» Les carbonari paraissent n'avoir pas de plan;--rien de convenu
entre eux, ni comment, ni quand il faut agir. Dans ce cas, ils ne feront
aboutir à rien ce projet, si souvent différé et jamais mis à exécution.
»Rentré chez moi, et donné les ordres nécessaires, en cas de
circonstances qui exigeraient un changement de résidence. J'agirai comme
il pourra sembler à propos, quand j'apprendrai décidément ce que les
barbares veulent faire. A présent, ils bâtissent un pont de bateaux sur
le Pô, ce qui sent furieusement la guerre. En peu de jours, nous saurons
probablement ce qu'il en est. Je songe à me retirer vers Ancône, plus
près de la frontière du nord; c'est-à-dire si Teresa et son père sont
obligés de se retirer, ce qui est très-probable, vu que toute la famille
est libérale: sinon, je resterai. Mais mes mouvemens ne dépendront que
des désirs de la comtesse.
»Ce qui m'embarrasse, c'est que je ne sais pas trop que faire de ma
petite-fille, et de mon nombreux mobilier dont la valeur est assez
considérable:--le théâtre de la guerre, où je songe à me rendre, ne leur
est guère convenable. Mais il y a une dame âgée qui se chargera de la
petite, et Teresa dit que le _marchese_ C*** veillera à la sûreté des
meubles. La moitié de la ville fait ses bagages, comme pour se mettre en
route. Joli carnaval! Les gredins auraient bien pu attendre jusqu'au
carême.»