Ravenne, 25 décembre 1820.
«Vous recevrez ou devez avoir reçu le paquet et les lettres que j'ai
envoyés à votre adresse il y a quinze jours (ou peut-être davantage), et
je serai content d'avoir une réponse, parce que, dans ce tems et en ces
lieux, les paquets de la poste courent risque de ne pas atteindre leur
destination.
»J'ai songé d'un projet pour vous et pour moi, au cas que nous
retournions tous deux à Londres, ce qui (si une guerre napolitaine ne
s'allume pas) peut être réputé possible pour l'un de nous, au printems
de 1821. Je présume que vous aussi, serez de retour à cette époque, ou
jamais; mais vous me donnerez là-dessus quelque indication. Voici ce
projet: c'est de fonder, vous et moi, conjointement un journal,--ni plus
ni moins,--hebdomadaire ou autre, en apportant quelques améliorations ou
modifications au plan des bélitres qui dégradent à présent ce
département de la littérature,--mais un journal que nous publierons dans
la forme voulue, et néanmoins avec attention.
»Il devra toujours y avoir une pièce de poésie de l'un ou l'autre de
nous deux, en laissant place, toutefois, à tous les dilettanti rimeurs
qui seraient jugés dignes de paraître dans la même colonne; mais ceci
doit être un _sine qua non_, et de plus, autant de prose que nous
pourrons. Nous prendrons un bureau,--sans annoncer nos noms, mais en les
laissant soupçonner--et, avec la grâce de la Providence, nous donnerons
au siècle quelques nouvelles lumières sur la politique, la poésie, la
biographie, la critique, la morale et la théologie, et sur toute autre
_ique, ie_ et _ologie_ quelconque.
»Ainsi, mon cher, si nous nous y mettions avec empressement, nos dettes
seraient payées en une douzaine de mois, et à l'aide d'un peu de
diligence et de pratique, je ne doute pas que nous ne missions derrière
nous ces mauvais diseurs de lieux communs, qui ont si long-tems outragé
le sens commun et le commun des lecteurs. Ils n'ont d'autre mérite que
la pratique et l'impudence, deux qualités que nous pouvons acquérir, et
quant au talent et à l'instruction, ce serait bien le diable si, après
les preuves que nous en avons données, nous ne pouvions fournir rien de
mieux que les tristes plats qui ont froidement servi au déjeûner de la
Grande-Bretagne pendant tant d'années. Qu'en pensez-vous? dites-le moi,
et songez que si nous fondons une telle entreprise, il faut que nous y
mettions de l'empressement. Voilà une idée,--faites-en un plan. Vous y
ferez telle modification qu'il vous plaira, seulement consacrons-y
l'emploi de nos moyens, et le succès est très-probable. Mais il faut que
vous viviez à Londres, et moi aussi, pour mener l'affaire à bien, et il
faut que nous gardions le secret.......................................
.......................................................................
»Votre affectionné,