POINTU, UE, adj. (fig.) Malin, satirique, caustique, mordant. _As-tu
remarqué son air pointu? Elle nous répondit d'un ton bien sec et
bien pointu: Cela ne vous regarde pas, Messieurs._ Expression
languedocienne. En vieux français, le mot _guille_ signifie:
«Pointe» et «ruse, malice.»
POINTU, s. m. Lâche, insolent.
POIRE (UN). _Un bon poire; des poires blets. Aux poires! Aux beaux
poires!_ Ce solécisme nous vient du patois, où ce mot est masculin
(_on peret_).
POIRE-À-BON-DIEU, s. f. Alize, fruit ou baie de l'aubépine. On dit
aussi: _Poire-de-bon-Dieu_ et _poire-au-bon-Dieu_. Terme
savoisien.
POIRE CHARLON, s. f. Poire gros-romain.
POIRE-ROME, s. f. Poire de bon chrétien.
POIRE SIRE-JEAN, s. f. Poire de Messire-Jean.
POIS EN GRAINS, s. m. pl. Petits pois.
POIS GOURMANDS, s. m. pl. Voyez GOURMANDS.
† POISON (LA). _Boire de la poison; prendre de la poison._ Ce mot
a été féminin jusque vers la fin du dix-septième siècle. _C'est
une poison_, se dit d'une femme très-méchante. Français populaire.
POITE, s. f. Méchante femme.
POLAILLE, s. f. Terme des campagnards. Poule. _Une belle polaille.
Une polaille grasse et dodue._ En français, «Poulaille» signifie:
Volaille.
POLAILLON, s. m. Sobriquet que l'on donne populairement à un homme
qui s'occupe des soins du ménage ou de choses trop minutieuses.
_Fanchette, ton Monsieur est un polaillon._ On dit en français:
«Un tâte-pouls.»
POLATAILLE, s. f. Oiseaux d'une basse-cour, volaille.
POLICE (LA), ou LA POLISSE. Les polissons, les enfants qui courent
les rues pour y faire des espiègleries. _Il faudra pourtant une
fois mettre à la raison toute cette police. N'est-il pas vrai
qu'étant gamins nous faisions la police ensemble?_ Terme parisien
populaire, etc.
† POLIE, s. f. Poulie. _Ajuster une polie._ Français populaire.
POLIR, v. a. Dépenser en folles dépenses. _Il a su en quatre années
polir une fortune de 150,000 francs._
POLITESSE (UNE). A Genève, _faire une politesse à quelqu'un_, veut
dire: Lui offrir une collation, un dîner, un thé; l'inviter à une
soirée dansante, à une partie de montagne, etc. Expression
consacrée.
† POLMON, s. m. Poumon. _Un ragoût de polmons._ En vieux français
on dit: _Poulmon_; en Languedoc, _palmon_; en Franche-Comté et à
Paris, _pomon_; à Chambéry et dans la Bresse, _pormon_.
POMMEAU, s. m. Terme injurieux, qui équivaut à: Homme pesant, homme
ennuyeux, homme _sciant_.
POMMEAU, s. m. Nous disons: _Une canne à pommeau d'argent; une canne
à pommeau d'or_. Il faut dire: Une canne à pomme d'argent, une
canne à pomme d'or. Mais on dit très-bien: Le pommeau d'une épée,
le pommeau d'une selle.
POMMEAU, s. m. C'est ainsi qu'on désigne souvent un petit messager
dans une fabrique ou dans un comptoir.
POMME EN CAGE, s. f. Pomme enveloppée de pâte et cuite au four.
POMME RAINETTE, s. f. Rainette, ou pomme DE rainette.
POMMIER D'AMOUR, s. m. Tomate, sorte d'arbrisseau, dont le fruit
s'appelle: _Pomme d'amour_.
POMPE À FEU, s. f. Ne signifie point en français: «Pompe à
incendie.» Une pompe à feu est une machine hydraulique mise en jeu
par la vapeur. Ne dites donc pas: _Les pompes à feu arrivèrent
quand le bâtiment était déjà consumé_. Faute fréquente en Suisse
et en Savoie.
POMPER, v. n. Ce mot se dit d'un poêle ou d'une cheminée où le feu
est allumé, et il signifie: Attirer l'air. _Tu as bien de la fumée
dans ta chambre, Édouard.--En effet, c'est que mon poêle ne pompe
pas assez._
POMPON, s. m. _À nous le coq, à nous le pompon._ Expression un peu
vulgaire qui signifie: A nous le fion, à nous la supériorité.
Voyez COQ.
PONT, s. m. Terme de maçon et de plâtrier. _Dresser un pont; enlever
un pont. Choisissez pour votre pont des planches solides._ En
France on dit: Échafaudage. Dresser un échafaudage.
PONTENAGE, s. m. _Payer les droits de pontenage._ Terme suisse,
savoisien et vieux français. On dit actuellement: Pontonage.
PONTET, s. m. Chantier, pièce de bois sur laquelle on pose les
tonneaux dans une cave. _Établir des pontets._ Terme suisse-roman.
PORPE ou POURPE, s. f. Poulpe, partie charnue de la viande. _Prenez
ce morceau, Madame, c'est tout pourpe._
PORPU, UE, adj. Charnu, garni de chair. Au sens figuré, nous disons
d'une chose excellente, d'une chose très-belle en son genre:
_C'est du chenu et du porpu_, c'est-à-dire: C'est du très-beau,
c'est du très-bon.
PORTAIL ou PORTAL, s. m. Grille. _Portail en fer; portail en bois.
Ouvrir les portails._ Terme méridional. En français, «Portail» se
dit de la façade ou de la principale porte d'une église.
PORTÉE, s. f. Distance convenable. _Mettez-vous à portée_ (à la
portée) _afin de pouvoir entendre_. _Ne lâche pas encore ton coup
de fusil: tu n'es pas à portée_ (à la portée). _Mettez ce fumier à
portée_, c'est-à-dire: Mettez-le près de l'endroit où il doit être
employé. _Les canons n'étaient pas à portée._ Selon les
dictionnaires, «Être à portée» se dit des personnes et signifie:
Être dans une situation convenable pour faire quelque chose.
PORTER PERTE. Nuire, être nuisible, tourner à préjudice. _Ce nouveau
magasin nous portera perte. Si tu renvoies Marguerite, elle
cherchera à nous porter perte._ Expression consacrée.
PORTEUR, s. m. Terme de vigneron. Cource, bout de sarment d'environ
demi-pouce de longueur, qu'on laisse au sommet d'un cep de vigne
pour rapporter des raisins. [P. G.]
PORTILLON, s. m. Petite porte basse dans la fermeture d'une
boutique.
PORTION, s. f. (Prononcez _por-cion_.) Potion, remède liquide qu'on
boit. _Prends ta portion, mon valet, tu auras du bonbon ensuite._
Terme français populaire.
PORTRAIT EN TROIS QUARTS. Dites: Portrait DE trois quarts. Dites
aussi: Se faire peindre DE trois quarts, et non: _Se faire peindre
en trois quarts_.
† PORVISION, s. f. Provision. _Vous faites votre petit marché,
Madame Dulignage?--Vous le voyez, Monsieur: je fais une petite
porvision de raves et de patenailles._
POSE ou PAUSE, s. f. Mesure agraire, qui équivaut à 400 toises de
Genève, c'est-à-dire, à un peu moins d'un arpent. _Notre plaine de
Plainpalais a trente poses; la plaine du Pré-l'Évêque en a trois
et un tiers._ Terme vaudois et jurassien.
POSÉE, s. f. Écriture moyenne. _Écrire en posée. Passer de la posée
à la fine._
POSER, v. a. Quitter. _Poser son habit, poser son chapeau. Si
Monsieur voulait poser son manteau, les chevilles sont là._
POSER LE DEUIL. Quitter le deuil. _A Genève, une veuve ne pose
qu'après quatre ans le deuil de son mari._
POSER LES SCELLÉS. Apposer les scellés, mettre les scellés.
POSSÉDÉE (UNE). Nous disons d'une femme qui se démène et qui jette
des cris perçants: _Elle s'agite comme une possédée; elle crie
comme une possédée_. Ce féminin, qui manque dans les
dictionnaires, est fort admissible.
† POTACHE, s. f. Potasse.
POT À EAU, s. m. Pot à l'eau; c'est-à-dire: Pot destiné à recevoir
de l'eau.
POT À LAIT, s. m. Pot AU lait.
POTET, s. m. Terme des campagnards. Petit pot. En vieux français:
_Poutet_.
POTRINGUE, s. f. Médecine, breuvage purgatif, drogue. Se dit aussi
de toute mauvaise boisson. _Votre cidre a un goût de potringue;
c'est une vraie potringue. Le docteur voulait me purger: je l'ai
dispensé de sa potringue._ _Être toujours en potringues_,
signifie: Être toujours dans les remèdes. Terme suisse, savoisien
et méridional.
POTRINGUER, v. a. Droguer, médicamenter. _Dis voir, Michel, on dit
comme ça que tu te laisses potringuer par ta cauque_ (par ta
femme); _pour moi, je ne me potringue jamais, et je n'en suis pas
plus malade pour tout ça_.
POTTES, s. f. pl. Lèvres. _S'essuyer les pottes; se lécher les
pottes. Je vois bien, gouillard, que tu as touché à mes
confitures: il t'en reste encore par les pottes._ Terme suisse,
savoisien, méridional, lorrain, etc. _Ce ragoût est à sa potte_,
signifie: Ce ragoût lui plaît. _La soupe était à sa potte, et il
s'en est piffré._
POTTE, s. f. Moue, mine refrognée, grimace. _Faire la potte_, c'est
faire la moue, bouder, témoigner de la mauvaise humeur par son
silence et par son air. On dit à un enfant qui pleurniche: _Tu
fais là une bien vilaine potte; va donc te cacher avec ta potte_.
POTTU, UE, adj. Qui fait la moue, qui a mauvaise grâce, qui
rechigne. Terme vaudois et savoisien.
POU, s. m. _Chercher les poux parmi la paille_, est une locution
proverbiale qui signifie: Vétiller, s'attacher à des minuties,
chercher noise à propos de rien. On dit à Paris, dans le langage
populaire: _Chercher des poux à la tête de quelqu'un_. Expression
plus triviale que la nôtre, mais qui a le même sens.
POUARE, POUAIRE ou POUAI, s. m. Sale, malpropre, sagouin, porc. _Fi
donc, le pouaire!... Va-t'en, pouaire,_ _te ronger les ongles
ailleurs._ Terme vaudois, savoisien, jurassien et provençal. En
vieux français, _pouerc_ signifie: Pourceau. Dans le français
populaire, _pouacre_ signifie: Homme mal propre, et «pouah!» est
une interjection qui indique le dégoût.
POU DE SERPENT, s. m. Insecte à corps très-long, qui fréquente
surtout les cours d'eau, et qui s'appelle en français: «Une
demoiselle.» [P. G.]
POUFFE ou POUF, s. m. _Faire du pouffe_, signifie: Déployer de
l'ostentation, s'étaler, tirer vanité de son costume. On dit en
français: «Faire pouf.»
POUGNE ou POGNE, s. f. Poignet, force du poignet. _Avoir de la
pougne; avoir une bonne pougne._ Dans le français populaire on
dit: _Poigne_ ou _pogne_.
POUINE, s. f. et adj. Femme ou fille malicieuse, taquine, espiègle,
pie-grièche, chipie. _Elle fait la pouine. Elle est jolie, mais
pouine. C'est une méchante pouine._ Terme suisse.
POUINET, ETTE, adj. et subst. Se dit des personnes et des choses.
_Un ton pouinet_ est un ton tranchant, aigre, malin, pointu. _Air
pouinet, mine pouinette._
POULAINE ou POULINE, s. f. Pouliche, cavale nouvellement née. Terme
vaudois, savoisien, etc.
POULAINTE ou POULINTE, s. f. Farine de maïs, gaudes. _Soupe à la
poulainte._ En provençal: _Poulento_; en Valais et en Italie,
_polenta_.
POULET, s. m. Robinet, clef d'un robinet. _Tourner le poulet._ Terme
vaudois et neuchâtelois. Le mot allemand _Hahn_ signifie tout à la
fois un coq et un robinet, et c'est de là probablement qu'est
venue notre expression: _Poulet_.
POUPONNER (SE), v. pron. Se pomponner, s'ajuster avec un soin
minutieux, mettre à sa toilette du temps et de la recherche. _On
ne le rencontre jamais que pouponné, musqué et tiré à quatre
épingles._ A Lyon et dans le Midi, _se pouponner_ signifie: Se
choyer, se traiter délicatement et comme un _poupon_.
POUR BON, loc. adv. Tout de bon. _Ne jouons plus pour semblant,
jouons pour bon; jouons pour de bon._ Français populaire.
POUR ÇA, loc. adv. Assurément, certainement. _Moi, t'accompagner par
cette pluie battante! Ah! pour ça, non.--Pour ça, oui, tu
m'accompagneras._ Ne s'emploie que suivi de _oui_ ou de _non_.
POUR DIRE, loc. adv. À vrai dire, à dire vrai, pour m'exprimer
exactement. _Notre petite Caroline n'est pas menteuse, pour dire,
mais elle pourrait être plus franche._
POURE, adj. m. POURA, adj. f. Terme patois qui signifie: pauvre.
_Poûră fénă, vō-z-ive don bein fan_ (pauvre femme, vous
avez donc bien faim). Terme vaudois, savoisien, berrichon, normand
et vieux français. En anglais: _Poor_.
POURPE, s. f. Pulpe. Voyez PORPE.
POUR QUANT À, loc. adv. Quant à. _Partez, vous autres, par le
bateau: pour quant à moi, je prendrai la diligence._ Terme
savoisien et lyonnais.
POURREAU, s. m. _Soupe aux pourreaux._ Terme suisse, savoisien,
lyonnais, etc. On dit en français: «Porreau» ou «Poireau.»
† POUR TANT QU'À, loc. adv. Quant à. _Jouez aux boules vous deux;
pour tant qu'à moi, je préfère de jouer aux guilles._ Expression
très-répandue.
POUSSÉE, subst. fém. Se dit des arbres et des plantes et signifie:
Pousse. _La poussée des acacias est chaque année d'environ six
pieds._ Terme suisse, savoisien, dauphinois, lorrain, etc.
POUSSÉE, subst. fém. Éruption à la peau. Terme connu de tous ceux
qui fréquentent les établissements d'eau thermales. _Il n'est pas
prudent, dit-on, d'interrompre les bains quand une fois la poussée
a commencé._
POUSSER (SE), v. pron. S'éloigner, se retirer, se reculer.
_Pousse-toi, John, tu me gênes. Poussez-vous un peu, Messieurs, et
faites place aux dames._
POUSSETTE, s. f. Lycopode, plante dont les capsules sont remplies
d'une poussière abondante qui prend feu comme la résine.
POUSSIÉRÉ, ÉE, adj. _Chemin poussiéré._ Dites: Poussiéreux, ou
plutôt dites: Poudreux. Chemin poudreux.
POUTET, s. m. Mâle de la fouine. _Noir comme un poutet; noir comme
le poutet._ Terme savoisien.
POUTET, s. m. Enfant joufflu, _pottu_ et d'une figure désagréable.
_Quel poutet! J'ai bien vu des poutets dans ma vie, mais jamais de
pareils à celui-ci._ Terme fort connu de nos campagnards.
POUTRAISON, s. f. Charpente d'un édifice. _La poutraison qui était
fort vieille, a consenti._ Terme neuchâtelois, etc.
† POUTRE (UN). _Un gros poutre. Aide-nous à mettre ce poutre en
place._ Dites: «Une poutre.»
PRAILLE, s. f. Prairies, pâturages. _La praille de Carouge; la
praille de Lancy; la praille de Chêne-Thônex._ Dans le patois du
canton de Vaud, _prahia_ signifie: Pièce de terre avec un fenil.
En vieux français: _Praillet_, petit pré, prairie. Du mot de
_praille_ nous avons formé celui d'_emprailler_, qui veut dire:
Gazonner, semer du gazon, mettre en prairie.
PRÊCHER, v. n. _Prêcher à un converti._ Dites: «Prêcher un
converti.»
PRÉCIPITÉE (À LA), loc. adv. Précipitamment, en toute hâte. _Partir
à la précipitée. Les choses qu'on fait à la précipitée sont
rarement bien faites._ Expression savoisienne et dauphinoise,
digne de prendre place dans les dictionnaires.
PRÉCO, s. m. (Prononcez _prœcau_.) Celui qui est le principal
personnage dans un petit endroit, celui qu'on y écoute le plus et
y exerce le plus d'influence. _Le préco du village; le préco de la
paroisse; le préco du cercle._ Terme savoisien. En français, ce
personnage s'appelle figurément et familièrement: «Le coq.» Le coq
du village; un coq de paroisse, etc.
PRÉFÉRER, suivi de l'infinitif. _Je préfère partir. Elle préféra ne
pas nous suivre_, etc. Dites, avec les dictionnaires et les
meilleurs auteurs: Je préfère DE partir; elle préféra DE ne pas
nous suivre. «J'eusse préféré D'être jeté aux crocodiles.»
[CHATEAUBRIAND, _Atala, les Chasseurs_.]
PREMIÈRE CHOSE (LA), loc. adv. En premier lieu, d'abord. _Tu iras la
première chose à la boucherie, et ensuite chez la gagère de
Longemalle._
PREMIÈRE MAIN (DE), _J'ai eu ce meuble et ces beaux draps de
première main. Il achète ses vins de première main._ Dites avec
l'article: «De LA première main.»
PREMIÈRE VUE (À), loc. adv. Dites, en employant l'article: À la
première vue. «Elle déchiffrait les plus difficiles musiques à LA
première vue.» «Je les reconnus tous deux à LA première vue.»
PRENDRE, v. n. _L'idée lui a pris de voyager. Si l'idée te prend de
m'écrire, tant mieux. Quand l'idée vous en prendra, venez me
voir._ Dans ces diverses phrases et dans les semblables, dites:
L'idée lui est venue de voyager. Si l'idée te vient de m'écrire,
tant mieux, etc.
PRENDRE, v. a. Nous disons: _Un tel a pris la fièvre; il a pris un
mal de dents, un gros rhume, une extinction de voix_, etc. Nous
disons de même: _Prendre froid; prendre la coqueluche; prendre des
convulsions; prendre un catarrhe_: toutes expressions qui ne sont
pas françaises. Les dictionnaires disent: La fièvre l'a pris; il
lui a pris un mal de dents; il a gagné un rhume, etc., etc.
PRENDRE FEU. Employé impersonnellement. _Il a pris feu à la maison
de l'Escarcelle; il a pris feu au Molard_, etc. Dites avec les
dictionnaires français: Le feu a pris à telle et telle maison, à
tel et tel quartier, etc.
PRENDRE MAL. Se trouver mal, tomber en faiblesse, s'évanouir. _Mme
N*** prit mal à l'église, et fut transportée chez elle._
PRENDRE PEUR. Prendre de l'épouvante, s'effrayer. _Georgette a pris
peur. Si tu prenais peur, appelle-moi._ Dites: La peur LE prit. Si
la peur LE prenait, etc. [_Dictionnaire_ de POITEVIN, p. 787.]
† PRENDRE (S'EN). S'y prendre. _Il faudra s'en prendre de bien
bonne heure, si l'on veut trouver ce soir des places au Cirque
olympique. Notre Joseph ne sait pas s'en prendre; il est encore
bien emprunté et bien maladroit. Cette opération, pour dire, n'est
pas difficile; tout dépend de la manière qu'on s'en prend._
PRÈS, employé adjectivement, est un barbarisme. Ne dites donc pas:
_Un tel est mon plus près parent; un tel est leur plus près
cousin; nous étions leurs plus près voisins._ Substituez, dans ces
phrases, l'adjectif «proche» à l'adverbe _près_, et dites: «Un tel
est mon plus proche parent,» etc.
PRESSER, v. a. Pressurer, mettre sous le pressoir. _Presser la
vendange; presser les raisins; presser les poires et les pommes
pour en faire du cidre._
PRESSER, v. neutre. Nous disons à un ouvrier: _Faites-moi
promptement cette table et ce canapé, car ils me pressent_,
c'est-à-dire: Car je suis pressé de les avoir. Nous disons de
même: _Ces cravates pressent, ces robes pressent, ces souliers
pressent._ Il faut dire: Ces cravates sont pressées, ces robes,
ces souliers sont pressés, etc.; ou: Nous sommes pressés de les
avoir.
PRESSON, s. m. Barre de fer, levier. Terme savoisien et lyonnais.
PRESSURE, s. f. Présure, acide pour faire cailler le lait. _Plus on
garde la pressure, meilleure elle est._ Terme français populaire
et vieux français. A Genève on dit aussi: _Presure_.
PRÊTER, v. a. À table, on entend souvent dire: _Prêtez-moi la
carafe; prêtez-moi la salière; veuillez me prêter l'huilier_, etc.
Cette locution est un gasconisme, qu'il faut remplacer par
l'expression toute simple: Donnez-moi la carafe; donnez-moi la
salière; veuillez me passer l'huilier.
PRÊTER À RIRE. Apprêter à rire. _La jeune Adélaïde avait une
toilette qui prêtait un peu à rire._ Terme suisse, savoisien, etc.
Mais on dira fort bien: Prêter au ridicule, prêter à la critique,
etc.
† PRÉVENIR, v. n. Provenir.
PRIÉ À. Nous disons: _Être prié à un enterrement; être prié à une
cérémonie; être prié à une fête._ Il faut dire: Être prié D'un
enterrement; être prié D'une fête, etc.
PRIER QUE. _Je prie que l'on se taise. Le président agitait la
sonnette et priait qu'on l'écoutât._ Dites: Je demande que l'on se
taise. Le président demandait qu'on l'écoutât.
PRIEUR, s. m. Nous appelons _prieur_ ou _prieur d'enterrement_,
celui des porteurs que la famille du défunt charge d'aller _prier_
au convoi les parents et les amis du défunt.
PRIEUSE, s. f. Nous appelons _prieuse_, la femme dont l'emploi est,
dans les enterrements protestants, de marcher à la tête du
cortége. A côté d'elle marchent, vêtus de noir, les deux _porteurs
d'escabelle_.
PRIMBÊCHE, s. f. Pimbêche. _C'est une primbêche. Quelle_
_primbêche!_ Les campagnards ne s'expriment pas autrement.
PRIMÒ D'ABORD, loc. adv. L'un de ces deux mots est inutile à côté de
l'autre, puisque _d'abord_, en français, a le même sens que
_primò_ en latin. Dans le langage parisien populaire on dit:
_Premièrement d'abord_; ce qui ne vaut pas mieux.
PRIN, adv. Dans le langage des campagnards, _Parler prin_ signifie:
Parler du bout des lèvres et avec affectation. _Voyez donc cette
primbêche: quels airs elle se donne, et comme elle s'étudie à
parler prin!_
PRIN ou PRIN BOIS, s. m. Menu bois, brins de fagot. _Pour mettre ce
feu en train, il nous faudrait du prin bois._ Terme suisse,
savoisien, lyonnais, franc-comtois, etc. _Prin_ ou _prim_
(_primus_), appartiennent au vieux français, et signifient: 1º
Premier; 2º Menu, fin, mince, délié. Nos campagnards appellent
_primes graines_, Les graines qu'on sème au printemps; ils
appellent _prin terrain_, Un terrain léger, etc. Dans le patois du
canton de Vaud: _Prin bec_, blanc bec; _primes bêtes_, menu
bétail.
PRIN-FORT, s. m. La petite absinthe. Terme vaudois et savoisien.
PRIS, PRISE, adj. Entrepris, embarrassé, endolori, perclus. _Avoir
la tête prise; avoir la gorge prise; être pris des deux bras_,
etc. Terme méridional.
PROCURE, s. f. Procuration. _Ils envoyèrent les deux procures au
notaire._ Terme vieux français, conservé chez nos proches voisins.
PROFITAGE, s. m. _Faire un profitage_ (un profit).
PROFITER DE, suivi d'un infinitif. _Je profite de venir te voir
pendant que mes marmots dorment. Nous profiterons de faire notre
voyage pendant les vacances de l'Académie. Tu dois profiter
d'aller au théâtre pendant qu'on joue le_ _Domino noir._ Cette
expression, qui me semble claire, commode et concise, n'est dans
aucun dictionnaire français.
PROMENER, v. actif. (fig.) _Il m'a promené deux ans avant que de me
payer._ Les dictionnaires disent: Il m'a traîné deux ans.
† PROMONTIONS, s. f. pl. Promotions, distribution solennelle des
prix aux écoliers du collége dans la cathédrale de Saint-Pierre.
_Le jour des Promontions; la fête des Promontions._
PROPREMENT, adv. Entièrement, à fond. _Hier soir, Jean Couzineau
s'est soûlé proprement._ Français populaire.
PROPRÎTAIRE, s. m. Propriétaire.
PROPRÎTÉ, s. f. Propriété.
PROVIGNURE, s. f. Provin, rejeton d'un cep de vigne provigné. Terme
vaudois et savoisien.
PRUNEAU, s. m. Nous appelons _pruneau_ une espèce de grosse prune
très-allongée. _Cueillir des pruneaux; abattre des pruneaux;
sécher des pruneaux._ En français, «Pruneau» signifie: «Prune
sèche.» L'espèce de prune que nous appelons _pruneau_, se nomme
«Île verte.»
PRUNEAULIER ou PRUNEAUDIER, s. m. Arbre qui porte les _pruneaux_.
Voyez l'article précédent.
PSAUME (UN). Il faut dire: Des psaumes, ou: Un psautier, quand on
parle du recueil des cantiques de David. Les phrases suivantes
sont donc, à ce point de vue, incorrectes. _Tu te placeras auprès
de moi, Betsi, et nous chanterons sur le même psaume. Fais donc
relier ton psaume. Achète-toi un psaume plus sortable que
celui-là._ Dites: Fais relier tes psaumes. Achète-toi des psaumes
plus sortables, etc.
PUCER, v. a. Épucer, ôter les puces.
PUIQUE. Prononciation vicieuse de la conjonction «puisque,» dont le
_s_ doit se faire entendre. Les grammaires sont toutes d'accord
sur ce point.
PUISERANDE, s. f. Danaïde, roue à augets établie dans le Rhône, près
de Genève: elles sont au nombre de deux, et servent aux
irrigations de plusieurs jardins potagers. Ce mot de _puiserande_
nous vient du Midi. Dans le Languedoc, _pouzarangue_ signifie:
«Puits à roue.» Nous appelons aussi _puiserande_, des puits à roue
établis à une très-petite distance de l'Arve, et dont un cheval
est la force motrice. [Voyez VILLA, _Nouveaux Gasconismes
corrigés_, t. II, p. 164.]
PUNAIS, AISE, adj. En français, ce mot ne se dit que des personnes.
A Genève on l'emploie surtout en parlant des choses, et comme
synonyme de désagréable, incommode, et qui affecte péniblement.
Nous disons: _Un vent punais, un air punais, un froid punais, un
temps punais_, etc. _Rue punaise_ est le nom que portait, il y a
quelques années, la rue appelée aujourd'hui «Traversière.»
PURE, s. f. Le moment de la plus grande abondance d'un légume, d'un
fruit, d'un poisson. _La pure des abricots, la pure des cerises,
des melons, des féras_, etc. _J'attends la pure des framboises
pour faire mes confitures._ Quelques-uns écrivent _l'apure_. Voyez
APURE.
† PURÉZIE, s. f. Pleurésie. _La purézie se déclara et il fallut en
venir à une saigne._ Terme savoisien, lyonnais et bas limousin. En
Languedoc et en Franche-Comté on dit: _Un purézi_.
PURGE, s. f. Purgation, purgatif. _Prendre une purge._ Ce terme,
fort usité en Suisse, en Savoie et en France, appartient au vieux
français.
PURPURALE, adj. fém. _Fièvre purpurale._ Dites: Fièvre puerpérale.
R. lat. _puerpera_.
PUSSIN ou PUCIN, s. m. Poussin, poulet nouvellement éclos. _La poule
et ses pussins._ Terme suisse, lorrain, vieux français, etc.
PUSSINE, s. f. Jeune poule, poulette. Ce joli mot «_pussine_» manque
à la langue française, puisque «Poulette» ne s'emploie guère qu'au
sens figuré. Dans le patois vaudois on dit: _Pudjena_ ou _puzene_.
PUTRIFIER, v. a. Putréfier, faire pourrir.
Q
QUAND, conj. En même temps que, aussitôt que. _J'y serai quand
toi_, c'est-à-dire: J'y serai aussitôt que toi. _Tu partiras
quand nous. Vous sortirez quand les autres_, c'est-à-dire: Vous
sortirez quand les autres sortiront. Ce tour elliptique
appartient au vieux français. Le dictionnaire de l'Académie dit:
«Il est parti quand et quand nous,» pour signifier: Il est parti
en même temps que nous.
QUAND QUE..., loc. conj. À quelque moment que. _Quand que tu
viennes, tu me feras plaisir. Oui, viens, viens, quand que ce
soit._
QUANTE, adv. Prononciation vicieuse de l'adverbe «quand.» _Quante
l'occasion se présente, saisissez-la._ Français populaire.
Prononcez _Kan_.
QUANTIÈME, s. m. _Le quantième avons-nous? Le quantième tenons-nous?
Le quantième du mois sommes-nous?_ Ces trois expressions sont
vicieuses, et l'on doit y substituer les suivantes: Quel quantième
avons-nous? Quel est le quantième du mois?
QUARANTAIN, s. m. _Un bouquet de quarantains._ Terme savoisien,
rouchi, etc. Le mot français est: Quarantaine.
QUART, s. m. Nous disons, en supprimant l'article «Un»: _Il est
deux heures et quart; il est midi et quart; il est trois heures et
quart._ Les dictionnaires et le bon usage veulent qu'on dise: Il
est deux heures et UN quart; il est midi et UN quart. Ou bien, en
retranchant la conjonction _et_: Il est deux heures UN quart; il
est midi UN quart, etc. Dites de même: Cet objet pèse trois livres
et UN quart; ou: Cet objet pèse trois livres UN quart.
QUART, s. m. Nous disons d'un objet qui n'a aucune valeur: _Il ne
vaut pas six quarts; il ne vaut pas deux quarts._ Le _quart_ était
une de nos monnaies valant un centime environ. Il y avait des
pièces de _six quarts_, des pièces de _trois quarts_, et des
pièces de _deux quarts_.
QUART, s. m. Mesure de capacité pour les grains, laquelle équivaut à
un quart de _coupe_, soit deux décalitres ou à peu près. _Un quart
de blé; un quart d'avoine._
QUARTE ou CARTE, s. f. Mesure de capacité pour les grains, laquelle
équivaut à un seizième de la _coupe_. Voyez ce mot. A la page
quatre-vingtième du tome Ier, il est dit, par erreur, _un sixième_
(de la coupe) au lieu de: «Un seizième.» Voyez CARTE.
QUARTERON, s. m. Mesure de capacité pour les liquides, laquelle
équivaut à un vingt-quatrième du setier, soit deux pots, soit deux
litres et un quart.
QUARTERON, s. m. _Un quarteron de paille_ équivaut à huit quintaux
de paille, soit vingt-cinq grosses gerbes, chacune d'environ sept
pieds de tour.
QUE, dans les phrases suivantes, est une particule d'impatience et
de dépit. _Sonne que te sonne! Crie que te crie! Pleure que te
pleure!_ Phrases elliptiques et originales, qui équivalent à:
Peste de celui qui ne fait que sonner! La peste soit du bambin qui
crie! La peste soit de l'enfant qui pleure!
† QUE, sorte de conjonction. Si ce n'est, excepté. _Tous ont_
_menti que mon garçon. Tous ont payé que toi. On peut tout
racheter que la mort_, est un proverbe de nos campagnards.
† QUE. Dont. _Dis-voir, Tronchet, comment appelles-tu cette femme
d'ici vis-à-vis que son mari est tailleur?_ (dont le mari est
tailleur). _Connais-tu Prosper?--Quel Prosper?--Eh! pardine,
Prosper Flammel, que sa femme est tant méchante_ (dont la femme
est si méchante). _Quel chemin faut-il prendre pour
accourcir?--C'est tout simple: le chemin qu'on va au vieux pont_
(par lequel on va au vieux pont). Expression savoisienne, etc.
QUEBER, v. a. Terme d'écolier. Voyez CHEBER.
QUEL. Quelque. _J'irai te voir après-demain quel temps qu'il fasse._
Dites: Quelque temps qu'il fasse. _À quel moment que tu viennes_
(à quelque moment que tu viennes), _tu me trouveras. Viens à
quelle heure que ce soit_ (à quelque heure que ce soit.) Faute
répandue même parmi des personnes qui se piquent de bien parler.
QUEL, QUELLE. _À quelle heure dînerons-nous, Antoine?--À quelle
heure tu voudras._ Dites: À l'heure que tu voudras. _À quelle
place nous asseyerons-nous?--À quelle place tu voudras._ Dites: À
la place que tu voudras.
QUELQUES, s. m. plur. _Nous étions à ce concert quarante et
quelques. Le nombre des morts, dans cet horrible incendie, s'éleva
à soixante et quelques._ Cette expression, très-usitée chez nous,
et qui n'a rien de choquant, ne se trouve pas dans les
dictionnaires.
† QUE NON PAS. _Il nous vaut mieux suivre la grand'route que non
pas nous perdre._ Dites: «Que de nous perdre.» _C'est plus sage à
nous de patienter que non pas recourir à un procès._ Dites: «Que
de recourir à un procès.»
QUET, adj. masc. Terme d'écolier. Ruiné, qui a tout perdu au jeu.
_Je ne joue plus, je suis quet._
QUEUE, s. f. Nous disons figurément: _Il n'y a pas la queue d'un
chat_, pour signifier: Il n'y a personne. _Le temps fut si
mauvais, si désastreux, qu'il n'y eut pas la queue d'un chat à la
soirée du casino._ Les dictionnaires disent: «Il n'y eut pas un
chat.»
QUEUE CUITE. Dans notre langage populaire: _Avoir la queue cuite_,
signifie: Être penaud, être tout honteux, tout mortifié. _Il s'en
retourna la queue cuite._
QUI, pron. rel. Que. _Faites ce qui bon vous semblera._ Dites:
Faites ce QUE bon vous semblera.
† QUIBLE, s. m. _Passer au quible._ Dites: Crible.
† QUIBLER, v. a. Cribler.
† QUIBLURE, s. f. Criblure.
† QUINAR, s. m. _Quinar en bois._ Dites: Quina. Quina en bois.
QUINARRODON, s. m. Cynorrhodon, fruit de l'églantier.
QUINCONCHE, s. m. _Planter des arbres en quinconche._ Terme vieux
français. On dit actuellement: «Quinconce.»
QUINE, s. fém. Dites: Un quine, combinaison de cinq numéros pris
ensemble à la loterie.
QUINER, v. a. Terme d'écolier. Tout gagner, mettre à sec son
adversaire.
QUINQUE, s. f. Femme malingre, souffrante et qui se plaint toujours.
QUINQUERNAGE, s. m. Rabâchage, répétition fatigante. _Veux-tu donc
continuer toute la semaine avec ces quinquernages?_
QUINQUERNE, s. f. Vielle, instrument de musique. _Les sons monotones
d'une quinquerne._ Au sens figuré, _quinquerne_, adjectif et
substantif, se dit d'une personne ennuyeuse et qui ne fait que
rabâcher. _La sotte quinquerne que votre dame Du Terrail! Tu es
bien quinquerne aujourd'hui, ma petite Rosalie._ Terme vaudois et
savoisien. En Valais, _quinquerne_ se dit d'une femme vaine et
coquette. Dans le dialecte rouchi, _quinch'terneux_ se dit d'un
ménétrier qui fait danser dans les guinguettes. En vieux français,
_quiterne_, _guiterne_ et _guinterne_ signifiaient: Guitare.
QUINQUERNER, v. a. et neutre. Rabâcher, fatiguer par d'insipides
redites, gronder, sermonner. _Qu'as-tu tant à nous quinquerner?
Elle quinquerne son mari toute la sainte journée._
QUINQUERNEUR, s. m. Rabâcheur, celui qui fatigue en répétant ou en
demandant toujours la même chose.
QUINQUET, adj. masc. Se dit d'un homme faible de corps et malingre.
_Il est tout quinquet._ Voyez QUINQUE.
QUINQUET, s. m. (fig.) Œil. _Prends donc garde, Félix, tu vas me
crever le quinquet._ Terme badin.
QUINSON, s. m. Pinson. _Un nid de quinsons. Élever des quinsons._
Terme vaudois, savoisien et méridional. En Franche-Comté on dit:
_Quinzon_, et dans notre patois, _quichon_.
QUINZE, adj. num. Nous disons de deux faits, de deux événements,
tout à fait semblables: _Cela revient tout à quinze_. On dirait en
français: C'est tout un; c'est blanc bonnet, bonnet blanc; c'est
absolument la même chose. _Partir aujourd'hui, partir demain, cela
revient tout à quinze._
QUIQUAGEON, s. m. Maisonnette, habitation chétive, réduit. Terme
dérisoire et badin.
QUIQUE, s. f. (Prononcez _kike_.) Jeu d'enfant, lequel se joue de la
manière suivante. On place, derrière un morceau de tuile ou de
pierre, de la monnaie, des boutons ou des clous. On prend un palet
qu'on tire contre un but pour savoir qui jouera le premier. Celui
dont le palet est le plus près du but fait une raie et lance de là
son palet contre le morceau de tuile ou de pierre, afin d'amener
l'enjeu le plus près possible de son palet. Chaque joueur en fait
autant à tour de rôle. Une fois que le _petit_ (ou cochonnet) est
renversé, chaque mise ou partie de mise échoit au palet qui s'en
approche le plus. Si par hasard le palet d'un joueur s'arrête sur
ou contre le petit, et le touche, on dit qu'il _vougne_; c'est un
mauvais coup pour tous les joueurs, lesquels ne peuvent rien
gagner tant qu'il n'a pas été _dévougné_, c'est-à-dire, tant que
le petit n'a pas été remué par un palet rejoué de nouveau. [P. G.]
QUIQUERIKI, s. m. Chant du coq, ou plutôt, sons par lesquels nous
imitons ce chant. Terme savoisien. En certaines provinces de
France on dit: _Coquerico_; dans d'autres, _coquélicot_; ailleurs,
_cacalaka_ et _quiquelikika_. Il en est du chant du coq comme des
cloches, auxquelles on fait dire tout ce qu'on veut.
QUITTE, adj. Nous disons: _Jouer à quitte ou double_. Les
dictionnaires disent: Jouer à quitte ou À double.
QUITTE AVEC. _Me voilà enfin quitte avec toi. On n'est jamais quitte
avec son pays._ Dites: Me voilà quitte ENVERS toi: on n'est jamais
quitte ENVERS son pays.
QUOIQUE ÇA, loc. adv. Malgré cela, néanmoins, pourtant. _Elle le
trompe ouvertement, et quoique ça il l'aime toujours._ Français
populaire.
R
R. Cette lettre joue un grand rôle dans le langage de nos
campagnards: ils l'introduisent entre deux voyelles pour éviter
les cacophonies. Ainsi, au lieu de dire: À un coin, à une heure,
à un village, etc., le paysan dira: _À r'un coin, à r'une heure,
à r'un village; d'ici à r'un moment. La petite chambre est à
r'Auguste. Quel est le prix de_ _vos cerises, brave homme?--Oh
là, Monsieur, j'en ai à r'un sou la livre et à deux sous._
L'introduction de ce _r_ euphonique est fréquente aussi dans le
langage populaire de la ville.
RABATTRE, v. a. Rebattre, répéter jusqu'à satiété. _Que viens-tu
encore nous rabattre? N'as-tu pas assez rabattu tes ennuyeuses
anecdotes et tes vieux contes?_
RABISTOLER, v. a. Raccommoder. Voyez RAPISTOLER.
RABISTOQUER, v. a. Rapiécer, rapiéceter, raccommoder tant bien que
mal. _Rabistoquer des grolles; rabistoquer un broustou._
RABLET ou RABLIET, s. m. Râble, racloir à long manche.
RABOBINER, v. a. Raccommoder tant bien que mal, rajuster. _Rabobiner
une casaque._ Terme vaudois et vieux français. S'emploie souvent
au sens figuré. _Un verre de vin a suffi pour le rabobiner et le
remonter._ _Se rabobiner_ veut dire: Se rétablir, revenir en
santé.
RABOTTE, s. f. Pomme enveloppée de pâte, et que l'on cuit au four.
Terme connu à Reims, et sans doute ailleurs. En vieux français,
_rabote_ signifie: Boule. Nos _rabottes_ ont, en effet, la forme
d'une boule.