NIÔQUE, s. f. Femme ou fille bête, bornée, sans expérience ni
savoir. Ce mot s'emploie aussi adjectivement. _Votre apprentie est
bien niôque de m'avoir estropié mon corset. Oh! la niôque, à qui
on fait croire tout ce que l'on veut._ Terme suisse. A Lyon et à
Chambéry, on dit: _Nioche_.
NIÔQUASSE, s. f. Augmentatif du mot _niôque_.
NIÔQUERIE, s. f. Nigauderie, bêtise.
NIOSET, ETTE, s. et adj. Sot, niais, nigaud. Ce mot de _nioset_ ne
serait-il point une corruption du mot _Dioset_, qui, en patois,
est le nom propre _Joseph_, lequel nom s'emploie souvent comme
synonyme de Homme simple et borné?
NIOTTE, s. f. Cache, cachette, réduit. _Je trouvai une excellente
niotte, et j'y cachai le boursicaut. Ils découvrirent la niotte et
enlevèrent le sac._
NI PEU NI TROP, loc. adv. Beaucoup, considérablement. _Toute l'école
vient d'être punie ni peu ni trop. La pluie nous a surpris à une
demi-lieue de la ville, et nous avons été rincés ni peu ni trop._
NIQUER, v. a. Terme d'écolier. Tout gagner, mettre à sec. _Être
niqué_, être flambé, avoir tout perdu, [P. G.]
NIQUET, s. m. Nigaud. En Normandie, _niquet_ signifie: Simple et un
peu niais.
NITON. Ne dites pas: _Les pierres du Niton_, mais: «Les pierres DE
Niton,» parce que le nom de _Niton_ est une altération de celui
de «Neptune.» Ce sont deux énormes pierres qui se voient à Genève,
dans le lac, en face et tout près des Eaux-Vives. [P. G.]
NI VU NI CONNU. Expression elliptique et familière, qui revient à
celles-ci: C'est fini; n'en parlons plus; qu'il n'en soit plus
question.
NOCE, s. f. Terme enfantin, qui signifie: Petit morceau, petit carré
de pain sur lequel on place un peu de _tomme_ ou un peu de
chocolat, ou quelque petite sucrerie. _Faire des noces. Si vous
êtes sages, mes enfants, vous aurez des noces après votre goûter._
† NOËL, s. f. _À la Noël._ Faute fréquente en Suisse, en Savoie et
en France. Dites: A Noël, aux fêtes de Noël.
NŒUD-COURANT, s. m. Nœud coulant, nœud qui se serre ou se
desserre sans se dénouer. _Le chat fut pris dans le
nœud-courant._ Terme savoisien et méridional.
NOGAT, s. m. Nougat, gâteau d'amandes au miel ou au caramel. Terme
méridional. «Nougat» vient du mot languedocien _nougue_, sorte de
grosse noix dont on faisait originairement ce gâteau. R. _nux_.
NOGET, s. m. Nigaud, dadais. En Normandie: _Nigeon_.
NOIR, s. m. (fig.) _Avoir du noir_, signifie: Broyer du noir, se
livrer à des réflexions tristes, à des pensées sombres et
mélancoliques. Nous disons dans le même sens: _Être dans ses
noirs. Hier il était dans ses noirs, le voilà loustique
aujourd'hui._
NOIX, s. f. Nous disons figurément et proverbialement à une personne
qui fait un plan baroque, une combinaison saugrenue et
inexécutable: _Vous avez rangé tout cela comme des noix sur un
bâton_.
NONANTE, adj. numéral. Quatre-vingt-dix. _Nous étions à cette
assemblée nonante et quelques._ L'Académie indique ce mot de
_nonante_ comme vieilli, et Boiste l'appelle inusité. Il est d'un
usage universel en Suisse, en Savoie et dans le midi de la France.
«Il est fâcheux, dit M. BESCHERELLE, qu'on ait laissé vieillir le
mot _nonante_, et qu'on lui ait substitué un terme aussi barbare
et aussi irrégulier que «quatre-vingt-dix.» [_Dictionnaire
National._]
NONNET, s. m. Homme simple et même un peu nigaud.
NON-NETTE, s. f. C'est ainsi que nous prononçons le mot «Nonnette,»
terme peu répandu en France, mais enregistré dans le dictionnaire
de Bescherelle et dans le _Complément_ de l'Académie. En Valais on
dit: _Nanette_.
NÔNÔ, s. m. Terme enfantin. Couchette, berceau. _Faire nônô_,
dormir. _Aller nônô_, aller dormir. _Nônô, Fanfan_, etc., est un
refrain de chanson sur un air ou une note très-capables d'endormir
l'enfant le plus éveillé. Terme vaudois, savoisien et provençal.
Dans le Limousin on dit: _Faire na-na_.
NON PAS, loc. adv. Au contraire. _Eh bien, André, le concert a été,
dit-on, bien mauvais?--Il a été délicieux, non pas._
NON-PLUS (LE). Ne s'emploie que dans cette expression: _Être au
non-plus_, c'est-à-dire: Être dans une position fort critique,
être dans une perplexité cruelle, être à quia, être aux abois.
† NOUËL. Noël. _À la Nouël prochaine._ Cette expression des
campagnards est un reste de l'ancien français, et le savant Ménage
préférait ce terme (_Nouël_) à celui de Noël.
NOUER, v. a. (fig.) Joindre. Nous disons figurément et
familièrement: _Nouer les deux bouts_, pour signifier: Avoir de
quoi suffire à toutes les dépenses de l'année. Locution
méridionale. L'Académie dit: «Joindre les deux bouts.»
NOURME, s. f. Vieux conte, litanie, vieille histoire qui n'a pas le
sens commun. Dans l'ancien patois genevois, _nourma_ signifiait:
Règle. _À voutra nourma_, à votre volonté.
NOURRISSAGE, s. m. Les dictionnaires français définissent ce mot:
«Soin et manière d'élever les bestiaux.» A Genève, _nourrissage_
signifie: Le temps pendant lequel la mère ou la nourrice allaitent
l'enfant. _Mme N** s'est mieux portée pendant son nourrissage que
jamais auparavant. Nourrissage à la bouteille. Nourrissage au
biberon. Le dernier mois du nourrissage se paie double._
Expressions utiles, connues à Lyon et sans doute ailleurs.
NOUVEAU (UN), Ce mot signifie: 1º Une nouvelle, c'est-à-dire: Le
premier avis qu'on donne d'un événement tout récent; 2º Une chose
inaccoutumée, une nouveauté. _Eh bien! Messieurs, nous
apportez-vous quelque nouveau? Je m'ennuie loin de Genève;
écrivez-moi tous les nouveaux que vous pourrez. Quel nouveau de
vous voir à cette heure-ci chez nous?_ Terme suisse-roman et
savoisien. Dans le patois rouchi: _Un nouviau_. En français, on
dira fort bien: «Y a-t-il du nouveau? Voici du nouveau.» Mais _un
nouveau_ est une expression très-incorrecte et inconnue aux
dictionnaires.
NOUVEAU (À), adv. De nouveau, derechef, une seconde fois. _La
muraille était à peine finie, qu'il fallut l'abattre et l'établir
à nouveau. Cet habit n'est pas acceptable, vous le ferez à
nouveau._ Selon l'Académie et selon tous les dictionnaires, _à
nouveau_ est un terme de banque, un terme de commerce, qui
signifie: Sur un nouveau compte. «Créditer à nouveau; débiter à
nouveau; porter à nouveau.»
NOYAUX (DES), (fig.) De l'argent. Terme connu aussi en Savoie.
NOYER (SE), v. pron. Nous disons proverbialement de quelqu'un qui se
laisse effrayer par le moindre obstacle, ou par la moindre
difficulté: _Il se noie dans un verre d'eau_. L'Académie dit: «Il
se noie dans un crachat.»
NUIT, s. f. Les expressions: _Se mettre de nuit_, ou: _Se_ _mettre
à la nuit_, veulent dire: «S'anuiter,» s'exposer à être surpris en
route par la nuit. [P. G.]
NUIT, s. f. _La nuit tous les chats sont gris._ Dites avec le
dictionnaire de l'Académie: «La nuit TOUS CHATS sont gris.» Et,
avant de faire usage d'un proverbe quelconque, ayez soin de le
connaître parfaitement.
† NUMERO, s. m. _J'hasarda cinq francs, et j'attrapa un excellent
numero._ Écrivez et prononcez «Numéro,» avec un accent sur l'_é_.
O
OBÉISSANCES, s. f. pl. La formule suivante de salutation: _Je vous
présente mes obéissances_, n'est pas française. Il faut dire au
singulier: Je vous présente mon obéissance.
† OBELONS, s. m. pl. Houblons. _Cueillir des obelons. Manger des
obelons en salade._ Terme savoisien et vieux français.
OBLIGEANCE, s. f. Ce mot signifie: Penchant à obliger, disposition à
obliger. Ainsi nous parlons incorrectement quand nous disons:
_Ayez l'obligeance de me prêter un parapluie. Auriez-vous
l'extrême obligeance de m'accompagner ce soir? Mr N** a eu
l'obligeance de me promettre des billets de concert._ Mais on sera
exact en disant: «Votre ami Gustave est un homme d'une grande
obligeance; il met dans ses procédés, et dans toute sa manière de
faire, une excessive obligeance; on ne saurait porter plus loin
l'obligeance et le dévouement.» Remarque un peu délicate et
subtile.
OBSERVATION, s. f. Nous disons: _Je vous ferai une observation,
c'est que..... Permettez-moi une observation._ _J'ai voulu faire
quelques observations à notre jeune avocat, mais il les a mal
prises._ Il faut dire: Je vous ferai faire une observation, une
réflexion, c'est que..... Permettez que je vous fasse remarquer,
etc. On ne dit pas non plus: _Je vous observerai que_..... Il faut
dire: Je vous ferai observer que.....
OCCASION, s. f. Nous disons: _Auriez-vous occasion d'excellente
toile? Si vous aviez occasion de café, je sais un bon coup à
faire. Quand vous aurez occasion de maculature, adressez-vous à
moi, ou à mon ami Z. Z**._ Cette expression, qui n'a point
d'équivalent exact en français, est un anglicisme. _Occasion_, en
anglais, signifie: «Besoin.» Mais on dira fort bien: Marchandise
d'occasion; livres d'occasion; acheter un piano d'occasion.
OCHON, s. m. Hoche, entaillure, coup. _Se donner un ochon; se faire
un ochon; recevoir un ochon._
OCHONNER, v. a. Faire des hoches, entailler. S'OCHONNER, v. pron. Se
meurtrir. _En gravissant la moraine du bois de La Bâtie, notre
gamin s'est tout ochonné._
ŒILLETON, s. m. Mignonnette, mignardise, petit œillet dont on
garnit les plates-bandes. _Dédoubler des œilletons._ «Œilleton,»
en français, signifie: Rejeton d'œillet, marcotte d'œillet.
ŒUF DE FOURMI, s. m. Dites: Ver de fourmi, nymphe de fourmi. Les
œufs de ces insectes sont beaucoup plus petits et presque
imperceptibles; ce sont les vers qui en sortent et qui passent
ensuite à l'état de nymphes, que nous donnons aux rossignols et à
quelques autres oiseaux. [_Glossaire_ de GAUDY.]
ŒULE, s. f. Ou plutôt _œulă_ et _oûlă_, sont des termes
patois qui signifient: «Marmite.» Dans le patois du canton de Vaud
on dit: _Aulă_ et _eulă_; dans le patois de l'Isère, _olla_;
en provençal, _oulo_; en latin, _olla_.
Œuves ou UVES, s. f. pl. Laite, laitance. _Les œuves d'une carpe,
les œuves d'une lotte_, etc. _Dans beaucoup de poissons les
œuves sont une nourriture très-estimée._ Ce mot a été recueilli
par COTGRAVE, dans son _Dictionnaire français-anglais_. Terme
vaudois et savoisien. Nous disons aussi: _Lait_. Voyez ce mot,
tome II, p. 11.
OFFRE (UN). _Un offre gracieux; un offre avantageux._ Ce mot était
autrefois des deux genres; il est actuellement féminin. Il faut
dire: Une offre gracieuse, une offre généreuse, etc.
OFFRIR À..., suivi de l'infinitif. Offrir de. On lit journellement
dans nos Petites Affiches: _On offre à vendre une bibliothèque; on
offre à vendre un canapé et six chaises_, etc. Dites: «On offre de
vendre;» ou, ce qui revient au même: «On offre à acheter.»
OGNE, s. f. Terme d'écolier. Coup porté par un _mâpis_ sur les
articulations des doigts. _Être condamné aux ognes; recevoir les
ognes._
OGNON, s. m. Tape, coup, contusion. _Recevoir un ognon; se donner un
ognon; se faire un ognon._
OGNON, s. m. Nous disons d'une personne excessivement propre: _Elle
est propre comme un ognon_.
OH ALORS! Exclamation de surprise. _Sais-tu l'aventure de la
ménagerie?--Non.--Eh bien! Écoute. Quand les spectateurs y
pensaient le moins, le singe, dans un accès de gaîté, s'est jeté
sur une belle dame, lui a enlevé son chapeau de velours et s'en
est coiffé.--Oh alors! voilà qui est plaisant._
OH! VOILÀ, locution adverbiale qui marque le doute. _Combien de
temps seras-tu absente, Suzon?--Oh! voilà, un mois ou deux.
Aimes-tu ton état de tailleuse, Lisette?--Oh! voilà, on gagne peu,
mais l'ouvrage ne manque jamais. Es-tu fatigué de ta course de
montagne, Émile?__--Oh! voilà, je serai bien aise de me reposer._
Cette expression est d'un emploi universel chez nous.
OISEAU, s. m. Fête ou réjouissance, appelée aussi «Papegai.»
L'Académie et tous les dictionnaires disent: «Tirer l'oiseau.» On
dit à Genève: _Tirer à l'oiseau_.
† OLIFE, s. f. Olive. _Du bon huile d'olife._ Dans le patois
rouchi on dit: _Olife_ et _oulife_; en vieux français, _olif_.
[Voyez ROQUEFORT, _Supplément au Glossaire roman_.]
OLIVE, s. f. Primevère des prés, primevère à fleur jaune. _Une
plante d'olives; un bouquet d'olives._
OMBRÉE, ÉE, adj. _Une promenade ombrée_ est: Une promenade où l'on
est à l'ombre; une promenade où les arbres procurent de l'ombre.
_Parc ombré; prairie ombrée; sentier ombré._ Ce sens du mot
«ombré» aurait bien droit, peut-être, de figurer dans les
dictionnaires. «Ombragé» n'est pas synonyme d'_ombré_. «Ombreux»
s'en approcherait davantage.
OMBRE-CHEVALIER, s. m. Sorte de poisson particulière à notre lac.
OMBRETTE, s. f. Ombrelle, petit parasol. Terme français populaire et
vieux français.
† OMNIBUS, s. f. _La grande omnibus._ Ce mot est masculin.
OMNIBUS, s. m. Petite dose d'eau-de-vie et de sirop mêlés ensemble
dans un verre qu'on remplit d'eau chaude, et qu'on sert chez les
débitants de boissons. [P. G.]
OMNIBUSSIER, s. m. Conducteur d'omnibus.
ON, pron. pers. indéfini. Ce pronom tient la place de «nous» ou de
«je» dans le langage des gamins. _Jacques! Jacques! On va au bois
des Frères: en es-tu? On dérochera des nids et l'on avantera des
gaules. On a un jardin, nous, avec des poules et un lard. On est
sage, nous: on va ramasser du bois pour la grand'mère._
† ONCORE, adv. Encore. _Pas oncore._
ONDE, s. f. Se dit de l'eau qui bout. _Cuire à grandes ondes_,
signifie: «Cuire à gros bouillons.» _Il faudra deux ondes à cette
tisane. Il suffit d'une onde à ces petites herbes._ Terme
méridional, etc.
ONGLE (UNE). _Tu as les ongles bien longues, Alexis._ Ce mot est
masculin.
ONGLÉES, s. f. pl. Engourdissement douloureux au bout des doigts,
causé par un grand froid. _Avoir les onglées._ Dites: «Avoir
l'onglée.»
† OPÉNIÂTRE, adj. et s. Opiniâtre. S'OPÉNIÂTRER, v. pron.
S'opiniâtrer.
OPIÂTRE, s. m. Opiat, confection.
ORA, s. f. Air, vent qui souffle. Terme patois, connu en Savoie et
en Dauphiné. Dans le canton de Vaud on dit: _Aurra_, _eura_ et
_oura_. En latin, _aura_.
† ORAGAN, s. m. Ouragan. _Les affreux ravages d'un oragan._ Terme
savoisien et lyonnais.
ORANGE, s. f. _Eau de fleur d'orange._ Voyez l'expression: FLEUR DE
PÊCHE, t. Ier, p. 211.
ORBET, s. m. Bouton à la paupière, orgelet.
ORDON, s. m. Terme des campagnards. Portion de tâche. _Un petit
ordon; un grand ordon._ _Mener l'ordon_, signifie: Être à la tête
des faucheurs; être à la tête des vendangeurs. Cette expression,
qui appartient au vieux français, est fort connue en Savoie, dans
le Dauphiné, dans le Berry, à Reims et ailleurs.
ORGANE, s. fém. _Une belle organe._ Ce mot est masculin. Un bel
organe; un organe flatteur; un organe musical.
ORGE D'ULM, s. m. Orge mondé; orge perlé.
ORIGINE (À L'), loc. adv. Dans l'origine, originairement. «_À
l'origine_ ce vaste pays (le Brésil) fut peu estimé des
Portugais.» [BRÉDOW, _Histoire universelle_, t. II, p. 116.]
ORIOL, s. m. Loriot, oiseau. En Languedoc: _Loriol_; à Chambéry,
_louriot_.
ORTEUIL, s. m. _Le gros orteuil._ Écrivez et prononcez «Orteil.» Le
gros orteil; le petit orteil.
† ORTHOGRAPHE, s. m. _Un mauvais orthographe. J'ai fait huit mois
de Septième, et je n'ai jamais pu attraper un bon orthographe._ Ce
mot est féminin.
ORTHOGRAPHER, v. a. Orthographier.
ORTHOPÉDISTE, s. m. Ne signifie pas: _Redresseur de pieds_. Il
signifie, d'après l'étymologie grecque: Médecin qui corrige ou qui
prévient dans les enfants les difformités du corps. «Orthopédiste»
est formé des mots _orthos_, droit, et _païss, païdoss_, enfant.
ORVAT, s. m. Plante fort commune, appelée en français: Orvale. Ce
que nous nommons _orvat des prés_, s'appelle: Sauge des prés.
OS, s. m. _Se donner un coup là où les Allemands n'ont point d'os_,
signifie: Se donner un coup à ce nerf du coude que les médecins
appellent «Nerf cubital.»
OSSAILLES, s. f. pl. Os de porc. _On se régala d'une platelée
d'ossailles._ Terme savoisien.
OSTRUCTION, s. f. Terme de médecine. Obstruction. _Avoir des
ostructions au foie._ Cette faute nous vient probablement du Midi,
où l'on retranche le _b_ dans une quantité de mots, et où l'on
dit: par exemple: _Oscurité_, _ostacle_, _ostination_, _ostiné_.
OT. Dans tous les mots qui se terminent par _ot_, comme _pot_,
_marmot_, _cachot_, _sabot_, _haricot_, _fagot_, _huguenot_, nous
prononçons l'_o_ très-bref, et c'est aussi la prononciation des
Méridionaux. Les Parisiens, au contraire, le prononcent long,
_Pōt_, _marmōt_, _cachōt_, _sabōt_, _haricōt_,
_tripōt_, _huguenōt_, etc., et c'est la prononciation reçue
dans les dictionnaires.
ÔTU-BÔTU, adv. Voyez AUTU-BÔTU, t. Ier, p. 29. Ce mot est aussi
substantif. _Faisons de toutes ces marchandises un ôtu-bôtu._
Terme vaudois et jurassien.
OUÂBLIĂ, s. f. Terme patois. Clématite commune, nommée aussi
«Herbe aux gueux» et «Viorne des pauvres.» Certains mendiants
roués écrasent les feuilles de cette plante pour se faire des
excoriations qui ont l'apparence d'ulcères, afin d'exciter la
pitié des personnes auxquelles ils demandent l'aumône, et qui ne
sont pas au fait de cette manœuvre. [P. G.]
OUA-OUA, s. f. Terme enfantin. Chien. _Regarde le joli oua-oua;
caresse un peu ce oua-oua._
OUBLI, s. m. Pain à cacheter. _Oubli noir, oubli vert. Boîte
d'oublis._ Terme suisse-roman et savoisien.
OUBLIEUR, adj. m. Oublieux.
† OÙ CE QU'IL EST? Où est-il? _Où ce qu'il demeure?_ Où
demeure-t-il? _Où ce qu'il va? D'où ce que tu viens?_ Français
populaire.
OUÏE (L'). Ne dites pas: _Avoir l'ouïe fin, avoir l'ouïe délicat_,
etc. Ce mot est féminin. Ouïe fine, ouïe délicate.
OUÏE, s. f. Nous disons et nous écrivons: _À l'ouïe de ces paroles;
à l'ouïe de cette déclaration des juges; à l'ouïe d'un semblable
aveu_, etc. Cette expression, qui manque à la langue française,
est à la fois claire et concise, et il y a plus d'un siècle
qu'elle est entrée dans le domaine du style réfugié. «_A l'ouïe_
d'un nom aussi respectable que celui de la vertu, il me semble,»
etc. [LENFANT, _Premier Sermon_.] «_A l'ouïe_ de ces mêmes sons,»
etc. [CH. BONNET, _Contemplation de la nature_, XIIme partie, ch.
28.] «_A l'ouïe_ de ce qui venait de se passer à Lausanne,» etc.
[Mr ***, _Le 14 Février_, p. 40, 41.]
OURIOU et mieux HOURIOU, s. m. Petit enfant. Expression de la
conversation la plus familière. _Et les ourious, voisin,_
_comment sont-ils?_ En Bourgogne, _hairai_, et en vieux français
_hoir_ et _hoiret_, ont le même sens.
OURIOU, s. m. Loriot, oiseau. On dit aussi: _Oriol_.
OURLE, s. f. Terme de couturière. Ourlet, repli que l'on fait au
bord d'une étoffe. _Ourle ronde; ourle plate._ En vieux français:
_Orle_.
OURLES, s. f. pl. Oreillons, inflammation des glandes voisines de
l'oreille. _Prendre les ourles; avoir les ourles._ Terme
suisse-roman, savoisien et dauphinois.
OURTIE, s. f. Ortie.
OURTILLIÈRE, adj. Nous appelons _fièvre ourtillière_ ce que les gens
de l'art appellent en France: Fièvre ortiée, fièvre urticaire.
OU SINON, conjonct. Sinon. _Obéis à l'instant, ou sinon... gare!_
Français populaire.
OUSTE. _Le mois d'ouste; à la fin d'ouste_, etc. Orthographe et
prononciation vicieuses du mot «août,» lequel se prononce _outt_
selon le dictionnaire de l'Académie, et _oû_ selon d'excellents
grammairiens. Dans le vieux français, on disait: _Awouste_. R.
_augustus_.
OUTA, s. f. Terme des campagnards. Cuisine. Dans le canton de Vaud
on dit: _Outo, otto_ et _otau_. Dans le Valais, _outto_, s. f.,
signifie: Auberge, cabaret. En vieux français, _ost_ et _ostau_,
logis, maison, hôtel. R. _hospitium_.
† OUVRAGE (UNE). _Ton ouvrage est-elle finie, Joséphine? Tu as
fait là vraiment une belle ouvrage!_ Ce solécisme, qui est une
tradition du vieux français, se fait à Paris et sans doute
ailleurs.
OVAILLE ou OVALE, s. f. Accident arrivé par une force majeure;
désastre qu'on ne pouvait prévoir. Ce terme n'est employé que dans
l'expression suivante: _Cas d'ovaille_. «Les dégâts causés à un
fermier par une grêle, par une gelée, par un ouragan, par une
inondation, par une invasion ennemie, sont autant de _cas
d'ovailles_.» Terme vaudois. Le tremblement de terre qui
détruisit, en 1584, le village d'Yvorne, (canton de Vaud),
s'appelle: _La grande ovaille._ A Neuchâtel et en Franche-Comté on
dit: _Orvale_.
P
PACHE, s. f. Accord, transaction, marché. _Bonne pache; mauvaise
pache. La pache est faite._ Terme suisse-roman, savoisien,
méridional et vieux français. Dans le vieux français, _pache_
était masculin. R. _pactum_.
PACOT, s. m. Boue épaisse, gâchis. _S'enfoncer dans le pacot._ Terme
suisse-roman et savoisien.
PACOTER, v. a. et n. S'enfoncer dans le _pacot_. _Nous pacotions
dans ce chemin._ SE PACOTER, v. pron. Se salir de boue, entrer
dans le _pacot_.
PACOTEUX, EUSE, adj. Plein de _pacot_. _Sentier pacoteux; route
pacoteuse._
PAFFE, adj. Signifie: 1º Gorgé de nourriture; 2º Ivre, plein de vin.
_Ils s'en revinrent tellement paffes, qu'ils avaient peine à se
soutenir._ Terme trivial. Dans le dialecte rouchi, _s'empaffer_
signifie: Se bourrer d'aliments; et dans le dialecte lorrain, ce
même verbe signifie: Boire avec excès de l'eau-de-vie ou d'autres
liqueurs.
PAGNON, s. m. Gros morceau de pain. Terme suisse-roman et savoisien.
En vieux français: _Paignon_. R. _panis_.
PAGNOT, s. m. Nigaud, dadais. _Un vrai pagnot; un franc pagnot._
Dans le vieux français, _pagnote_ signifiait: Homme de rien,
chenapan, lâche, poltron; et ce terme, subsiste encore dans le
patois du Dauphiné (_pagnota_).
PAGNOTERIE, s. f. Sottise, bêtise, stupidité. Dans le vieux
français, _pagnoterie_ signifiait: Lâcheté, action lâche.
PAILLASSON, s. m. Banneton, panier à pâte, sorte de jatte de paille
où l'on met la pâte pour donner la forme au pain. Terme savoisien
et méridional.
PAILLER, v. a. _Pailler une chaise, pailler un tabouret_, c'est: Les
garnir de paille. On dit en français: Empailler.
PAILLEUR DE CHAISES, s. m. Empailleur de chaises.
PAIN, s. m. Nous disons figurément de quelqu'un qui peut vivre sans
travailler: _Il a du pain sur la planche_. On dit en français: «Il
a du pain cuit; il a son pain cuit.» [ACAD.]
PAIN CUIT. Ce qu'on appelle en français «Panade,» s'appelle à
Genève: _Soupe au pain cuit_. Terme savoisien, marseillais, etc.
PAIN DE LOUP, s. m. Baie ou fruit de la viorne.
PAIR, s. m. Nous disons: _Jouer à pair ou impair_; on dit en
français: «Jouer à pair ou non.»
† PAIRE (UN). _Un paire de bas, un vieux paire de grolles. Il n'y
a qu'un paire de jours que je le rencontra en rue._ Ce solécisme,
très-fréquent en Savoie et dans le Midi, appartient au vieux
français.
PAIR ET COMPAGNON. Nous disons de deux hommes qui, étant d'une
condition fort différente, vivent néanmoins dans une grande
intimité: _Ils sont pairs et compagnons; ils vivent comme pairs et
compagnons._ L'Académie dit: «Ils vivent DE pair À compagnon.»
PÂLET, ETTE, adj. Pâlot, un peu pâle. _Notre Louisa était pâlette ce
matin._
PALETTE, s. f. Abécédaire, petit livre destiné à l'enseignement de
l'alphabet. Terme suisse-roman et savoisien.
PALOURD, OURDE, s. Terme de mépris. Balourd, pataud, homme grossier.
PAN, s. m. Mesure de longueur. Au sens figuré: _Cela fait le pan_,
signifie: Cela solde, cela balance. La mesure appelée _pan_ est
encore connue dans le Midi.
PAN, s. m. Terme d'écolier. Brin de paille pour mesurer une petite
distance.