PLANCHE XXII.

Le premier de ces tableaux représente les Noces d'un jeune Héros; il

a une épée à la main. Cupidon l'escorte et le présente à l'épouse,

assistée d'une autre femme qui s'appelait _Pronuba_ par les Latins,

et qui remettait la nouvelle mariée entre les bras de son époux. Deux

autres femmes préparent une assiette pleine d'offrandes à poser sur

l'autel des Dieux qui président aux mariages. Il n'y a pas assez de

données pour déterminer le héros, dont les noces sont représentées dans

ce tableau.

Le second représente les Mystères de Bacchus, que l'on appelait

_Ityphalliques_, et où l'on considérait ce Dieu comme l'une des

divinités qui présidaient la génération. Sous ce point de vue, les deux

tableaux ont quelques rapports entre eux. La première figure assise,

coiffée d'un bandeau dont les bouts retombent sur les épaules, vêtue

d'une tunique _talaire_ à longues manches, de couleur violette, et d'un

manteau agraffé sur l'épaule, fait le geste connu du silence; suit un

vieillard debout, couronné de feuillages, portant une tunique rouge,

également _talaire_, et un manteau; il tient la main sur la poitrine et

paraît pénétré d'une crainte religieuse et de respect. Ces deux figures

sont probablement celles du _Hiérophante_ et de la _Hiérophantesse_. La

figure d'enfant, vêtu de la chlamyde qui revient couvrir mystérieusement

la poitrine, la tête couronnée et le thyrse à la main, est celle de

Bacchus; il tient un vase sacré, d'une forme singulière, peut-être

destiné aux ablutions. Un signe remarquable par son exagération et

célèbre dans ces mystères, désigne la figure plutôt pour une statue que

pour un personnage. La femme voilée porte un serpent, symbole révéré des

orgies.

CHAQUE SUJET.--Hauteur, 5 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P. 4 p°. 6 lig.

PLANCHE XXIII.

(_XXVI et XXVII de l'Édition royale._)

La première planche rassemble deux fragmens de Peinture, dont le second

est trop altéré pour donner lieu à aucune explication. Le premier

représente une Femme coiffée d'un bandeau, dont les bouts retombent

sur ses épaules, parée de pendans et de bracelets, et vêtue d'une ample

draperie; elle reçoit des mains d'une jeune fille une ceinture ou un

collier que l'état de la peinture n'a pas permis de bien distinguer.

La feuille de _nymphée_ qu'elle tient à la main, et dont on se servait

comme d'aspersoir, semble désigner une prêtresse; on aperçoit encore les

jambes nues d'un jeune homme qui doit être couché ou prosterné.

Dans la seconde planche, on voit une figure de Bacchus assise, tenant un

thyrse rustique et un petit sceptre; deux prêtresses portant des objets

relatifs au culte, et plus loin un petit autel avec un thyrse. Cette

peinture s'est aussi trouvée fort endommagée.

CHAQUE SUJET.--Hauteur, 5 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P. 4 p°. 7 lig.

PLANCHE XXIV.

(_XXIX de l'Édition royale_).

Prêtresses de Bacchus ou de Cérès, toutes les deux vêtues de tuniques

violettes, et couronnées de feuillages; la première tient un _tympanum_

garni de grelots, une corbeille de feuilles nouvelles, et des

bandelettes; la seconde porte une patère et une branche fleurie en forme

de massue, peut-être une tige de _férule_; elles pourraient l'une et

l'autre se préparer aux _thalysies_, sacrifice où l'on offrait à Bacchus

et à Cérès les prémices de la terre, pendant les fêtes _Haloënnes_ ou

des _Aires_.

Hauteur, 2 P. 1 p°. 6 lig.--Largeur, 3 P. 2 p°.

PLANCHE XXV.

(_XXX de l'Édition royale._)

La figure de femme, qui fait l'un de ces deux sujets, est remarquable

par la grâce de la pose et par la beauté du dessin. Ses draperies jetées

largement laissent à demi-nu une partie du sein et le bras droit; elle

porte une chevelure qui, aux Académiciens de Naples, a paru postiche;

ils ont cru voir des plumes sur la tête de cette figure; mais peut-être

ne sont-ce que des fleurs et des bouts de rubans. Elle tient de la main

droite un instrument fort long, et qui semble, par sa forme, destiné

porter un flambeau; de l'autre main, elle soutient un tube surmonté d'un

aigle: on a cru voir, avec peu de vraisemblance, que c'était une trompe;

ce pourrait être une partie des montans d'un siége ou trône portatif

d'argent.

Le second personnage couronné de lierre, vêtu d'un simple _pallium_,

ayant des souliers qui couvrent entièrement le pied, et qui, sans cette

couronne, à sa barbe bouclée, à sa physionomie pensive, paraîtrait un

philosophe, n'est probablement qu'un poète, auteur des drames ou des

hymnes qui faisaient partie de la fête à laquelle ces figures paraissent

faire allusion.

SUJET PRINCIPAL.--Hauteur, 1 P. 5 p°. 7 lig.--Largeur, 1 P.

PLANCHE XXVI.

(_XXXIV de l'Édition royale._)

La première de ces figures représente un Hermaphrodite. Il relève avec

grâce une longue draperie blanche posée sur sa tête; cette draperie

retombe sur son bras gauche et la cuisse droite, en laissant à découvert

les formes qui le font reconnaître. Son attitude est pleine de mollesse,

et il porte cette feuille que nous avons déjà remarquée, employée

quelquefois comme aspersoir et souvent comme éventail (_flabellum_):

elle paraît destinée ici à ce dernier usage. Cette feuille, d'un jaune

roux, pourrait se rapporter à l'espèce de lierre nommée par Pline

(_XXIV_, 10) _cissos erythranos_; elle pourrait aussi appartenir une

espèce de nymphæa. La fable de la nymphe _Salmacis_ (_vide_ OVID. _Met.

IV._) explique parfaitement le sens mystérieux que les anciens

donnaient ces figures d'Androgynes; leur imagination, vive et brillante,

personnifiait toutes les passions et se plaisait à en voir répéter

les images. La figure d'Hermaphrodite décorait ordinairement les bains

communs à l'un et l'autre sexe, et rappelait, dans ce lieu, l'allégorie

de sa naissance.

La seconde figure, posant sur un ornement, qui paraît une partie de

chapiteau ionique dessiné sur le côté, et soutenant un fût d'une forme

capricieuse, est elle-même un ornement d'architecture. C'est un _Atlas_,

suivant la dénomination des Grecs; un _Télamon_, suivant celle des

Latins. Les figures de femme ainsi employées prennent le nom de

_Cariatides_ (_vide_ VITR. _IV_, 10). La nudité de cette figure,

la couronne, le rameau, le disque, la draperie jetée sur le bras,

conviennent particulièrement un _Camille_ ou Ministre des sacrifices.

Les attributs des Télamons ou des Cariatides varient selon le caprice du

décorateur, ou suivant le genre d'édifice auquel ils sont destinés.

CHAQUE SUJET.--Hauteur, 8 p°.--Largeur, 11 p°..

PLANCHE XXVII.

(_XXXVII de l'Édition royale._)

Cette peinture offre une Décoration au milieu de laquelle est un

personnage qui peut représenter un _Camille_ ou Ministre de sacrifice.

Il porte un rameau, peut-être allusif aux lustrations, et une corbeille

qui peut contenir les restes du sacrifice, que les servans recueillaient

avec soin, comme ayant la vertu de conserver la santé. Ses pieds et ses

jambes sont revêtus de bandes de lin (_fasciæ crurales_) quelquefois en

usage chez les Romains. Le jeune bouc de couleur rouge qu'on voit sur

une table de marbre avancée, paraît placé là comme la statue de cet

animal, et annoncer que le lieu est consacré à Bacchus. Sous les pieds

du jeune homme est un tableau où l'on voit un léopard poursuivant un

jeune cerf. Tout est capricieux dans cette Décoration; et, comme nous

l'avons déjà observé, on ne doit supposer au peintre d'autre

intention que celle de couvrir agréablement une surface par des sujets

dionysiaques.

Hauteur, 1 P. 10 p°..--Largeur, 1 P. 6 p°.

PLANCHE XXVIII.

(_XL de l'Édition royale._)

Cette peinture représente une Victoire. Les poètes et les peintres la

dépeignent aîlée, telle qu'on la voit ici, pour exprimer sa rapidité

ou son inconstance; c'est à son inconstance que fait allusion cette

épigramme de l'Anthologie à l'occasion d'une statue de la Victoire,

frappée de la foudre à Rome:

«La Victoire a perdu ses aîles, et ne pourra jamais

s'éloigner de toi».

Cette Victoire est vêtue d'une large tunique blanche; ses cheveux

arrangés sur le sommet de la tête voltigent derrière elle; elle a le

bras gauche passé dans un bouclier enlevé à l'ennemi, ou symbole des

trophées; elle porte à la main une couronne de chêne, telle qu'on

la voit sur les médailles des Empereurs, avec la légende _ob cives

servatos_. Les feuilles de cette couronne sont brillantées d'or

pur, qu'on voit quelquefois employé comme couleur dans ces peintures

antiques.

Hauteur, 1 P. 3 p°. 7 lig.--Largeur, 10 p°. 8 lig.

PLANCHE XXIX.

(_XLII de l'Édition royale._)

La franchise du pinceau, l'agrément du coloris répondent, dans ces deux

peintures, à la simplicité et à la vivacité de la composition. Deux

Satyres velus et barbus, le front armé de longues cornes, se battent à

coups de tête contre des boucs. On voit dans Béger (_Th. Br. p._ 154)

une pierre gravée qui représente un Panisque en semblable combat.

L'inclination libidineuse de ces animaux révérés chez les Égyptiens,

comme symboles de la nature productive, aussi-bien que celle de leurs

antagonistes, semble offrir la rivalité pour cause de ce combat. Nos

Satyres résisteront mieux, sans doute, que le jeune Sybarite Cratis,

qui, au rapport d'Ælien (_H. A. VI_, 42.) expia ses bizarres amours,

victime de la jalousie de son dur et fier rival. Ils ont les bras

repliés sur le dos, et combattent généreusement à armes égales: cette

circonstance peut encore donner l'idée d'un jeu occasionné par les fêtes

de Bacchus.

CHAQUE SUJET.--Hauteur, 8 p°.--Largeur, 11 p°.

PLANCHE XXX.

(_LIX de l'Édition royale._)

Cette peinture curieuse représente une Cérémonie et un sacrifice suivant

le rite égyptien. Le feu sacré s'enflamme sur l'autel à quatre cornes,

dont la forme se retrouve dans un grand nombre de médailles et de

monumens. Sur la marche de l'autel, on remarque les Ibis, oiseaux sacrés

chez les Égyptiens. Tous les personnages sont en action et tiennent

des sistres ou différens instrumens du même genre, tels que celui

formé d'une chaîne de quatre anneaux et un autre composé d'une aiguille

servant d'axe à un cercle garni de grelots. La figure la plus apparente

du bas du tableau, est celle d'une femme à genoux, la tête ceinte d'une

couronne et dans l'attitude de faire une offrande; elle est vêtue d'une

tunique blanche et d'un manteau rouge, dont une partie, retombant sur

l'épaule, est ornée de franges, habillement qu'on remarque dans les

cérémonies religieuses des Égyptiens. Derrière elle est un jeune homme,

tenant un sistre et une branche, ayant la tête rase, nu jusqu'à la

ceinture, et du reste enveloppé d'une draperie blanche; c'est le costume

particulier des prêtres. Un autre costume remarquable est celui du

personnage qui danse au sommet des degrés; il est d'une teinte brune,

barbu et revêtu d'un habit succinct de couleur violette, qui ne couvre

que le buste, en forme de cuirasse, habit qui convient un dieu guerrier

et conquérant, comme l'était _Osiris_. Ce personnage paraît faire le

sujet principal du tableau; ce n'est probablement qu'un prêtre, dans

l'habit d'Osiris sortant du temple, au milieu du bruit des acclamations

et des instrumens sacrés, et qui, peut-être, comme celui de Juvénal,

joue l'_Anubis_ et se moque de la superstitieuse crédulité de ses

dévots. La scène se passe à l'entrée d'un temple, ou, pour mieux dire,

dans le _peribolos_ ou enceinte extérieure, comme l'annoncent les deux

colonnes, les cinq degrés et l'épistyle; chaque colonne est ceinte d'une

guirlande de lierre, plante consacrée à Osiris, et décorée d'une branche

de palmier; au milieu est suspendue une couronne de feuillage. Tous les

personnages sont pieds nus en signe de respect. Les ordres grecs, la

structure du temple et le palmier qui domine le mur latéral, semblent

désigner que cette solemnité se passe Alexandrie.

SUJET PRINCIPAL.--Hauteur, 2 P. 3 p°. 6 lig.--Largeur, 2 P. 2 p°. 3 lig.

PLANCHE XXXI

(_LX de l'Édition royale._)

Cette peinture, qui fait le pendant de la précédente, trouvée avec

elle dans les fouilles de _Portici_, retrace une solemnité en l'honneur

d'Isis, divinité qu'on ne séparait pas d'Osiris, son époux et son frère.

Sur le devant est l'autel orné d'une guirlande; un prêtre excite le feu

sacré avec un éventail, semblable à ceux encore en usage de nos jours;

près de lui est un autre ministre vêtu d'une tunique blanche, étroite et

à longues manches, tenant un long bâton et un autre instrument en

forme de sceptre, attribut appartenant aux héraults des cérémonies

(Hieroceryces); au pied des degrés est un autre ministre tenant un

instrument semblable et un sistre. Les assistans sont rangés sur deux

files; en tête et d'un côté est un joueur de flûte, et de l'autre, deux

personnages consacrés au culte; onze degrés conduisent au parvis du

temple; de chaque côté, sur un grand appui, est un Sphinx, la tête

surmontée d'une feuille de _lotus_; une balustrade ferme l'entrée du

temple. Le chef des prêtres, le _Prophête_, est revêtu d'une tunique

_talaire_, et d'une sorte de mante à franges dans laquelle il enveloppe

ses mains pour porter l'_hydria_, le vase à l'eau, symbole de la Déesse

même, offert à l'adoration du peuple. Deux figures se voient sur le même

plan; l'une, qui paraît un prêtre, a la tête rase, et porte une draperie

au-dessous du sein; il joue du sistre, et semble regarder l'autre

figure: celle-ci est une femme habillée en Isis, revêtue de longs habits

et d'une chlamyde peinte de diverses couleurs; elle a les cheveux longs

et porte un sistre et un seau, telle que nous voyons la Déesse dans

plusieurs monumens postérieurs à la conquête d'Alexandre. On remarque

les _Ibis_ au pied de l'autel comme dans le sujet précédent. L'instant

de la cérémonie paraît être celui où le prêtre congédiait l'assistance,

en offrant à sa vénération le vase sacré avant de fermer le temple.

(_Vide. Clem. Alex. Str. v._ p. 633).

SUJET PRINCIPAL.--Hauteur, 2 P. 3 p°. 6 lig.--Largeur, 2 P. 2 p°. 3 lig.

PLANCHE XXXII.

(_I, t. III de l'Édition royale._)

L'inspiration et la divinité règnent dans cette belle figure d'Apollon.

Le Dieu se repose et médite de nouveaux chants; sa tête est environnée

d'un cercle lumineux (_nimbus_); ses cheveux flottans sont ceints d'une

couronne de laurier; une chlamyde violette, attachée sur les épaules,

laisse en liberté son bras droit et découvre une partie de ce beau corps

où brille la jeunesse; sa lyre, appuyée sur un autel recouvert d'une

draperie, conserve sa forme primitive et encore grossière: la lyre fut

d'abord formée d'une tête de taureau dépouillée; les cornes servaient de

montans pour soutenir la traverse où venaient s'attacher les cordes; le

_plectrum_, que nous nommons archet, était un véritable pied de chèvre,

et sa forme antique rappelle son origine. Cette peinture fut trouvée à

_Portici_ avec la suivante.

Hauteur, 2 P. 6 lig.--Largeur, 1 P. 6 p°. 7 lig.

PLANCHE XXXIII.

(_II, t. III de l'Édition royale._)

Une jeunesse éternelle est également l'apanage d'Apollon et de Bacchus;

elle brille dans cette figure réunie à une mollesse, à une grâce

charmante. Le Dieu du vin est couronné du lierre et de sa fleur, une

double bandelette forme un diadême sur son front; appuyé d'un bras sur

son autel, il élève l'autre négligemment en tenant un vase d'or d'une

forme agréable, et dont les anses, qui remontent du pied jusqu'au bord,

semblent désigner le vase appelé _carchesium_; ses cheveux bouclés

retombent sur son cou; une draperie, d'un blanc jaune, glisse de son

épaule sur l'autel et vient à peine envelopper une partie de la cuisse.

La nudité des figures d'Apollon et de Bacchus n'est, sans doute, qu'un

hommage rendu à la beauté de leurs formes. Fulgence (_II, 15, l. 7_)

y cherche un sens mystique, en observant qu'on représente Bacchus la

poitrine nue, soit parce que l'ivresse rejette les voiles de la pudeur,

soit parce qu'elle découvre les secrets du cœur. Le Dieu porte un thyrse

formé d'une longue canne armée d'un fer de lance, ornée de bandelettes

et d'une touffe de feuillage.

Hauteur, 2 P. 6 lig.--Largeur, 1 P. 6 p°. 7 lig.

PLANCHE XXXIV.

(_III, t. III de l'Édition royale._)

L'aventure connue de la Lune et d'Endymion (les modernes disent, avec

peu d'exactitude, de Diane et d'Endymion), fait le sujet de cette

peinture. Le beau chasseur est mollement abandonné ce profond sommeil

qui l'a rendu célèbre, faveur qu'il demanda au maître des Dieux, suivant

une fable; punition qu'il en reçut, suivant une autre, pour avoir, comme

Ixion, osé devenir amoureux de Junon. Ici le beau jeune homme ne recevra

aucune punition, si le sommeil ne le prive pas de ses sens. Une Déesse

descend du ciel, conduite par Cupidon; la Lune, Sélène elle-même, a

quitté le char brillant de son astre; son ample manteau, de couleur

changeante, voltige autour d'elle; elle paraît demi-nue; ses cheveux,

arrangés avec soin sur le front et détachés derrière la tête, sont

agités par l'air; sa tête est rayonnante, ses bras sont parés de

bracelets. Entraînée par l'amour, sa démarche est timide et retenue;

elle s'avance sur la pointe des pieds, dans la crainte d'éveiller le

beau chasseur: «Ô Déesse! seule heureuse en tes ardeurs discrètes, le

beau chasseur ne s'éveillera pas». Tout son corps cède à la langueur

d'un repos parfait; ses doigts glissent le long de ses dards paisibles.

Si pourtant on en croit les récits recueillis par Pausanias (_V, 1_)

le beau dormeur donna cinquante filles à la Déesse. Une bandelette ou

diadème ceint ses cheveux, ornement donné, peut-être ici, au roi d'Elis.

Nous ne chercherons point le sens que plusieurs auteurs anciens ont

supposé à cette fable ingénieuse. Le sommeil d'Endymion était passé en

proverbe: mais soit que ce personnage n'ait été qu'un chasseur qui se

reposait, le jour, des courses nocturnes; soit que, le premier, il ait

observé le cours de la Lune, la fiction mythologique a trop de charmes

pour la détruire, et nous l'adopterons avec les poètes et les peintres.

De nos jours l'un de nos artistes s'en est sur-tout emparé avec succès.

Qui n'a pas admiré ce tableau de M. _Girodet_, où Endymion est endormi à

l'ombre d'un épais feuillage? Ce n'est point la figure de la Déesse qui

descend du ciel, c'est elle-même dans toute sa puissance; rassemblée

toute entière dans ses rayons amoureux, elle perce à travers les

branches que Cupidon vient d'écarter en sa faveur, et se précipite en

flots de lumière sur la bouche du tranquille dormeur. Un si bel

exemple prouve que rien n'est épuisé, et que les sources du génie sont

intarissables.

Hauteur, 2 P. 2 p°.--Largeur, 1 P. 10 p°.

PLANCHE XXXV.

(_IV, t. III de l'Édition royale._)

Cette peinture est aussi précieuse par le sujet qu'elle représente, que

par sa beauté. Voilà le fameux bélier envoyé par la nymphe Néphelé pour

sauver les enfans qu'elle avait eus d'Athamas, poursuivis par la

jalouse Ino. La malheureuse _Hellé_ vient de tomber dans les flots; elle

implore, de la voix et de la main, le secours de son frère, _Phrixus_

emporté par le bélier qui fuit rapidement sur la plaine liquide. Phrixus

a tendu en vain une main secourable à cette fille infortunée, elle va

disparaître et laisser son nom à cette mer perfide, pour monument de son

malheur. L'_Hellespont_ rappellera sa triste aventure au voyageur qui

passera le détroit entre Sestos et Abydos. Phrixus immolera le bélier à

Jupiter, sur les bords du Phase; ce fameux bélier, placé dans le ciel,

brillera parmi les astres, et sa riche toison deviendra un jour le sujet

de l'expédition des Argonautes et la conquête de Jason. Cette toison est

représentée blanche. Il faut donc croire, avec Apollonius (_II. 1147_)

que la toison devint d'or par l'attouchement de Mercure.

Cette peinture fut trouvée à _Civita_, en 1760.

Hauteur, 1 P. 9 p°.--Largeur, 1 P. 2 p°. 7 lig.

PLANCHE XXXVI.

(_V, t. III de l'Édition royale._)

Cette peinture, dont le champ est vert, représente une Nymphe vêtue

d'une tunique jaune. Ses cheveux blonds sont tressés avec soin autour

d'un diadême; elle a les pieds nus, elle paraît marcher et cueillir en

passant une fleur sur la tige qui s'élève auprès d'elle; elle porte

une corne d'abondance où l'on voit quelques fleurs; c'est l'une des

_Heures_, compagnes de l'Aurore ou de Flore, cueillant les fleurs

qu'elle sèmera sur son passage; ou bien c'est _Chloris_ elle-même,

l'amante, l'épouse de Zéphir, régnant dans son empire. Ces Divinités

sont représentées vêtues d'habits teints de vives couleurs empruntées

des fleurs même. L'habillement de cette Nymphe prend le nom particulier

de _crocota_, du _crocus_ ou safran dont elle est teinte.

Cette peinture fut trouvée à _Gragnano_, en 1759.

Hauteur, 1 P. 2 p°.--Largeur, 10 p°.

PLANCHE XXXVII.

(_VI, t. III de l'Édition royale._)

Parmi les rapports que cette peinture pouvait offrir avec quelques

traits de l'histoire héroïque, les Académiciens de Naples paraissent

s'être attachés particulièrement à la reconnaissance d'Ulysse et de

Pénélope. Cependant le costume du jeune guerrier devait écarter cette

idée, et semble devoir fixer toutes les incertitudes. Comment ne pas

reconnaître le beau _Pâris_ dans cet habit phrygien qui s'éloigne en

tout du costume grec, et qui est tel que nous l'ont décrit Euripide et

Virgile! Ce bonnet, bien différent du bonnet marin que Polygnote avait

approprié à Ulysse; la tunique à longues manches, les pantalons formant

des plis sur les jambes désignent aussi, dans les monumens, ce favori

de Vénus; ces armes lui appartiennent; c'est l'arc, ce sont les flêches,

ces flêches qui tueront Achille. Au-lieu d'Ulysse et de Pénélope, M.

_Visconti_ voit ici, avec plus de vraisemblance, Pâris séduisant Hélène.

L'épouse de Ménélas paraît dans ce combat de l'Amour et de la Pudeur,

qu'Ovide a retracé dans ses Héroïdes, qu'un artiste grec a exprimé dans

un bas-relief publié par Winckelmann, et éclairci par des inscriptions

grecques. Ces yeux baissés et ce doigt levé annoncent encore

l'incertitude; le fils de Priam semble vouloir la dissiper; il présente

la main ouverte en signe de bonne foi. La princesse est assise sur

un siége d'un beau travail et orné d'un marche-pied, circonstance qui

désigne toujours une personne de distinction. Ses cheveux blonds, en

partie relevés, laissent échapper de longues tresses sur ses épaules;

elle est vêtue d'une tunique couleur d'or et d'un manteau violet. La

négligence qu'on remarque dans l'arrangement de ses cheveux et de ses

draperies, semble annoncer l'accès facile que l'hospitalité donne à son

séducteur auprès d'elle. Cette peinture remarquable par la finesse et

la vérité de l'expression, par la pose des figures et le costume, fut

trouvée à _Gragnano_ en 1759.

Hauteur, 1 P. 3 p°. 6 lig.--Largeur, 1 P.

PLANCHE XXXVIII

(_VII, t. III de l'Édition royale._)

Cette peinture ingénieuse est vulgairement désignée sous le nom de _la

Marchande d'Amours_. En s'arrêtant à cette dénomination, on admirera

l'esprit de la composition et la délicatesse avec laquelle elle est

rendue. Si l'on veut faire honneur à son auteur, d'un sens mystérieux,

tenant aux opinions des anciens sur l'Amour, on consultera leurs livres

avec nous, et l'on trouvera que ces trois Génies peuvent représenter

l'Amour dans ses différens états, le _besoin_, le _désir_ et la

_possession_. Ce sont les trois Amours de Scopas, _Eros_, _Himeros_ et

_Pothos_. C'est encore, si l'on veut, l'Amour céleste, l'Amour terrestre

et leur frère, participant de l'un et de l'autre, suivant Apulée. La

mère et la nourrice de l'Amour, suivant Platon, _Penia_ (_l'Indigence_)

sera caractérisée dans cette femme qui paraît disposer des Génies. Ses

cheveux mal soignés, la coiffe (_mitra_) coiffure commune et négligée,

la chaussure grossière, la tunique étroite et sur-tout les demi-manches

(_brachialia_) annoncent une femme pauvre et de condition basse ou

servile. La jeune femme assise, vêtue d'un habit bleu céleste et d'une

tunique verte, avec des bracelets et une chaussure couleur d'or, le

front couvert par le bandeau qui retient ses blondes tresses, sera

Vénus, la Déesse de la Beauté; celle qu'on voit derrière elle, vêtue

d'une draperie violette, sera sa compagne fidelle, _Pitho_ ou _Suada_,

Déesse de la Persuasion, qui attire et gagne tous les cœurs. L'un des

Amours, entre les genoux de Vénus, jouit du bonheur parfait dans la

contemplation de la beauté, c'est le charme de la _possession_; un autre

que Penia tire de sa prison, tend les bras à Vénus prêt à s'élancer

dans ceux de la Déesse, c'est l'ardeur du _désir_; le troisième, encore

engourdi dans sa cage, commence à s'animer; il bat les ailes, et le

_besoin_ d'aimer et d'être heureux l'avertit de l'existence. C'est ainsi

que l'ingénieux système de Platon (Voy. _le Banquet_) peut servir à

expliquer cette peinture précieuse; mais comme ce sujet appartient

aux Amours, quiconque reconnaît leur empire peut les consulter pour en

pénétrer le mystère.

Hauteur, 1 P. 3 p°.--Largeur, 1 P. 7 p°. 5 lig.

PLANCHE XXXIX.

(_IX, t. III de l'Édition royale._)

Ce Cygne à bonnes fortunes est le grand Jupiter; la belle abusée n'est

point Léda; ce cercle lumineux qui rayonne autour de sa tête annonce une

divinité, c'est la déesse _Némésis_. Jupiter n'a pu vaincre sa sévérité,

il a eu recours à la ruse. La tendre Vénus, sous la forme d'un aigle, a

poursuivi cet oiseau craintif; la Déesse lui donne asyle dans ses

bras; elle a quitté sa couche en désordre, et ce lit aux pieds dorés,

recouvert de draperies, sera complice du sommeil perfide qui va la

livrer, sans défense, à cet oiseau devenu trop audacieux. De cette

surprise naîtra l'œuf merveilleux; Mercure le déposera dans le sein de

Léda, et de cet œuf sortira la fameuse Hélène, dont l'épouse de Tindare

ne sera que la nourrice.

On peut regarder les poètes comme les pères de la fable. Dans leur

langage sublime, ils personnifiaient les passions, et la superstition

du vulgaire se créait des Divinités à la place des images du

discours. Cette fable (et c'est l'opinion de M. _Visconti_, fondée sur

_Pausanias_) paraît avoir pris sa source dans les expressions de quelque

ancien poète qui, pour exprimer l'enchaînement des malheurs dont la

funeste beauté d'_Hélène_ avait rempli la Grèce et l'Asie, avait dit

que cette princesse était fille de _Némésis_ ou de l'_indignation_ des

Dieux.

Hauteur, 2 P. 1 p°. 5 lig.--Largeur, 1 P. 6 p°. 7 lig.

PLANCHE XL.

(_XI, t. III de l'Édition royale._)

Qui ne reconnaît pas les trois Grâces, n'est pas digne de leurs faveurs.

Voici les trois sœurs de l'Amour, les compagnes inséparables de Vénus.

De ces Divinités dérivent les bienfaits et la reconnaissance, commerce

généreux qu'exprime leur union. (_Seneca de Benef_. I. 3). Ce sont elles

qui font le charme de la beauté; par elles, la beauté plaît en voulant

toujours plaire: heureuse condescendance qui rapporte incessamment de

nouveaux tributs. «Eh! quelle chose peut jamais être agréable à l'homme

sans les Grâces! elles embellissent tout; elles permettent les plaisirs

et défendent les excès; amies de la paix, elles défendent sur-tout

l'ivresse; elles caressent le sage qui leur sacrifie; elles se montrent

nues, car toute Grâce rejette l'ornement». Autrefois elles allaient

vêtues (_Pausanias_. IX. 35); l'Amour leur déroba leurs vêtemens pendant

qu'elles étaient au bain (_Anth. IV_. 19. _ép._. 24); mais la décence

leur sert toujours de voile; elles sont en présence de Vénus, telles

qu'on les voit ici. Ces filles aux belles tresses et toujours fleuries,

forment un nœud indissoluble. (_Hom. Pind. Hor._) Thalie, opposée aux

regards, enchaîne ses deux sœurs, et ses deux sœurs, qui s'offrent de

face, lui font un collier de leurs bras. (_Pithœus V et. ép. ib. IV.

Albricus. cap. V._). Ainsi, dans ce groupe enchanteur, l'œil embrasse

la beauté sous tous les aspects. L'une des Grâces tient une pomme, les

autres des rameaux et des fleurs: la pomme appartient à Vénus et aux

Amours; les fleurs, les feuillages et les fruits sont donnés souvent

aux Grâces dans les monumens, et peuvent faire allusion à leur ancienne

signification. Elles n'étaient pas, dans la Mythologie primitive,

différentes des Saisons. On ne comptait que trois Saisons dans les

climats et dans les temps qui ont vu naître les fables; et ces filles de

l'année sont, pour la terre et pour tous les vivans, les Ministres des

Grâces du ciel.

Hauteur, 1 P. 7 p°.--Largeur, 1 P. 3 p°. 10 lig.

PLANCHE XLI.

(_XII, t. III de l'Édition royale._)

Cette peinture curieuse semble se rapporter l'aventure de _Mercure_ avec

la déesse _Mania_ ou la nymphe _Lara_. Cette nymphe indiscrète révéla

Junon les amours de Jupiter et de Juturne; le maître des Dieux la punit

en lui arrachant la langue, et la confia à Mercure pour la conduire aux

enfers. Le messager s'en rendit amoureux, et la séduisit en passant dans

un bois; la nymphe devint mère des deux Lares. On reconnaît le divin

messager à ses brodequins aîlés, aux deux aîles qui prennent naissance

sur son front, comme on le voit dans plusieurs monumens antiques, et à

la baguette qui désigne sa puissance sur les ombres. L'épée posée sur

un rocher est aussi un attribut de ce Dieu; l'artiste s'est seulement

écarté de la tradition, en ne la représentant pas de cette forme

recourbée qui avait fait donner le nom de _harpé_ à cette épée du fils

de Maia. Les deux têtes couronnées de feuillages, dont l'une est sur la

branche d'un arbre, et l'autre sur un pieu au-dessous des figures,

sont, sans doute, encore relatives à une autre opinion religieuse;

elles semblent représenter ces têtes feintes (_oscilla_) qu'Hercule fit

substituer aux victimes en abolissant les sacrifices humains: ces signes

se suspendaient aux arbres et sur des perches. La nymphe, parée d'un

diadême d'or, d'un collier et de pendans formés de perles, s'appuie

sur Mercure et semble l'écouter avec faveur; son attitude est pleine

d'abandon et convient au repos qu'on cherche après une longue course;

une draperie couleur de laque forme tout son vêtement; le Dieu la

soulève et en rend la plus grande partie inutile. Le groupe est plein

de grâce, et le site agreste et sauvage ajoute à la beauté de la

composition.

Hauteur, 1 P. 8 p°. 5 lig.--Largeur, 1 P. 5 p°. 7 lig.

PLANCHE XLII.

(_XIII, t. III de l'Édition royale._)

Cette peinture dont le champ est bleu, représente une jeune et belle

Femme vêtue d'une tunique longue de couleur changeante, et d'un manteau

rouge qui voltige derrière elle; ses cheveux blonds sont relevés avec

soin; ses bras sont parés de bracelets d'or; elle porte un arc détendu

et une flêche ou plutôt un dard. Comme Diane, ou comme une nymphe de

sa suite, on la voit l'épaule découverte, le sein et le bras nus. Ces

habits longs, cependant, conviennent peu à une chasseresse. Diane, avec

l'arc et les flêches, n'est pas toujours représentée dans l'appareil

de la chasse; alors elle est armée pour punir les villes impies ou

les femmes qui ont mérité sa colère: on pourrait rapporter cette idée

l'intention du peintre; peut-être aussi ne doit-on voir, dans cette

figure, qu'une nymphe, qui la Déesse a remis ses armes pour en prendre

soin.

Hauteur, 1 P. 2 p°. 1 lig.--Largeur, 9 p°. 9 lig.

PLANCHE XLIII.

(_XIV, t. III de l'Édition royale._)

Cette peinture fut l'une des premières découvertes qu'offrirent

les fouilles de Résine; elle se trouvait détachée du mur. Sa grande

antiquité et sa beauté la rendent également curieuse; il est regretter

qu'elle soit endommagée en plusieurs endroits. Le sanglier, dont on ne

voit que la hure et les pattes, peut faire soupçonner qu'elle a quelque

rapport avec la fameuse chasse de Calydon, et principalement avec la

guerre qui éclata entre les Curètes et les Étoliens pour ces glorieuses

dépouilles. _Méléagre_, suivant le récit d'Homère (_Ill. IX_) faisait

triompher les Étoliens; le héros, irrité des imprécations d'_Althœa_, sa

mère, dont il avait tué les frères, s'obstina à ne plus combattre; les

Étoliens vaincus implorèrent son secours: «leurs vieillards le priaient

en supplians, et lui députaient les prêtres les plus révérés». Méléagre,

après avoir résisté toutes les instances, se laissa toucher par les

larmes de _Cléopâtre_, son épouse. Le vieillard debout, vêtu d'une

draperie qui passe en écharpe sous le bras droit, ayant pour chaussure

des semelles attachées avec de minces courroies, serait le député des

Étoliens; la coiffure qui lui couvre la tête, peut désigner un prêtre;

le bâton long, qui n'est autre chose que le sceptre antique, l'anneau

qu'il porte un doigt de la main gauche, sont des marques de dignité.

L'inclinaison de la tête dans celui-ci annonce un suppliant. Le

vieillard assis, qui l'écoute avec intérêt, serait le roi _Œnée_, père

de Méléagre; il s'appuie sur un sceptre; il a pour vêtement la chlamyde

rejetée en arrière, selon le costume héroïque. La peinture dégradée ne

permet point de distinguer l'action du jeune homme écoutant une belle

femme largement drapée; c'est, sans doute, le prince, se laissant

fléchir par Cléopâtre, son épouse. Le chien de chasse armé d'un

collier à pointes acérées, la tête tournée vers lui, semble le désigner

ingénieusement.

Hauteur, 2 P. 7 p°. 5 lig.--Largeur, 2 P. 2 p°. 3 lig.

PLANCHE XLIV.

(_XV, t. III de l'Édition royale._)

Plusieurs Héros de l'antiquité se signalèrent par leur pudeur, et

devinrent célèbres par les dangers auxquels la fureur d'une amante

dédaignée les exposa. _Bellerophon_, insensible aux feux de l'épouse

de Prœtus, Sténobée ou Antée, suivant Homère, fut accusé par elle, et

vainquit la redoutable chimère qu'il eut à combattre. _Pélée_, le père

du grand Achille, fameux par sa lance, respectant l'hospitalité, refusa

de répondre aux voeux d'Astydamie, épouse d'Acaste, roi d'Iolchos; les

Dieux l'armèrent contre les bêtes féroces, auxquelles il fut exposé, et

la vertu fut encore sauvée. Mais le généreux _Hippolyte_, célébré

chez les anciens par Euripide et Sénèque, chez nous, par notre Racine,

exemple et victime de la vertu la plus pure, eut contre lui les fureurs

d'une marâtre méprisée, d'un père irrité et d'un Dieu trop prompt à

accomplir l'imprécation paternelle. C'est ce jeune Héros même qui nous

paraît faire le sujet de la peinture antique. La détestable _Œnone_

remplit son lâche ministère. _Phèdre_ assise sur un trône d'un beau

travail, avec un marche-pied, le front orné d'un bandeau richement

brodé, paraît à demi-vêtue; elle ajuste sa tunique sur l'épaule gauche;

son bras droit repose sur le dossier de son siége, recouvert d'une

draperie bleue qui paraît être son manteau; elle détourne la tête,

et laisse lire sur son visage l'attention, la honte et la colère. Le

pudique Hippolyte, vêtu de la simple chlamyde héroïque qui retombe

derrière les épaules, témoigne sa surprise et ses refus par le geste de

la main droite; c'est ce noble maintien, ce front où

Brille de la vertu le sacré caractère.

Il porte la lance, arme célèbre des Héros. Un jeune écuyer, vêtu d'un

habit succinct, paraît au-dehors tenant un cheval par la bride; ce qui

fait allusion à la passion du fils de Thésée pour les coursiers et

pour la chasse. La bride du cheval est telle qu'on la remarque dans la

colonne Trajane, et semblable celle en usage de nos jours. Le poitrail

est orné d'un croissant, peut-être formé de la dent d'un animal sauvage,

suivant quelques auteurs, Le cheval porte une housse qui tenait lieu de

selle aux anciens.

La seconde peinture (_XVIII, t. III de l'Édit. roy._) représente une

Néréide se jouant avec un taureau marin; ses cheveux sont arrangés

avec soin et ornés d'une bandelette entrelacée de petites feuilles. Le

mouvement du taureau est plein de pétulance; la nymphe l'embrasse et le

regarde avec familiarité.

Sujet PRINCIPAL.--Hauteur, 2 P. 2 p°. 5 lig.--Largeur, 2 P. 7 p°.

PLANCHE XLV.

(_XVI, t. III de l'Édition royale._)

Cette peinture représente une Néréide portée par un cheval marin,

qu'elle guide avec des rênes. Son manteau, enflé par le vent, est d'un

rouge obscur, et fait briller la carnation délicate de son corps. Ce

manteau, qu'elle retient avec grâce par un bout, rappelle l'image que

Philostrate donne de _Galatée_ (_II Im. XVIII_). La nymphe porte des

cercles d'or aux poignets et au bas des jambes; ses cheveux blonds

voltigent sur ses épaules, et le cordon des rênes vient former une

croix sur sa poitrine: la souplesse de son corps répond parfaitement au

mouvement de la course. La couleur du cheval marin est eau de mer:

on appelait ces monstres _Hippocampi_, de leur désinence en queue de

poisson _Campa_.

Hauteur, 1 P. 6 p°.--Largeur, 2 P. 2 p°. 4 lig.

PLANCHE XLVI.

(_XVII, t. III de l'Édition royale._)

Ce monstre marin, couleur eau de mer, tacheté de marques rondes et

obscures, peut s'appeler une panthère marine. La nymphe qu'il porte,

mollement étendue sur sa croupe, .le dos nu et le sein voilé d'une

draperie légère agitée par le vent. Ses cheveux blonds relevés en

tresses, ses bracelets, ses pendans, formés de perles, annoncent le soin

de la parure, Dans une attitude charmante, elle verse d'un vase d'or,

dans une patère, une liqueur que le monstre lèche et savoure: sans-doute

c'est la liqueur de Bacchus, agréable à la panthère qui lui est

consacrée, et que la Néréide traite avec complaisance dans l'empire de

Neptune: «Vous êtes les premières, dit Orphée aux filles de Nérée, qui

avez enseigné les mystères augustes du divin Bacchus et de la chaste

Proserpine»; mais en se rappelant qu'_Ino_, la tante et la nourrice de

Bacchus, reçut l'immortalité parmi les filles de Nérée, on pourrait la

reconnaître dans cette nymphe. Cette peinture, sur champ rouge ainsi que

la précédente, lui servait de pendant, et fut trouvée avec elle dans les

fouilles de _Gragnano_ en 1760.

Hauteur, 1 P. 6 p°.--Largeur, 2 P. 2 p°. 4 lig.

PLANCHE XLVII.

(_XXIII, t. III de l'Édition royale._)

Le costume de cette figure qui se montre demi-nue, ses cheveux ceints

d'une couronne de lierre, et dont une partie retombe sur ses épaules, la

lyre dont elle touche les cordes, pourraient faire reconnaître dans

ce personnage, une de ces joueuses de cithare dissolues, qui étaient

admises dans les festins. Sa pose droite et resserrée, l'ornement

qu'elle porte sur la tête, ne démontrent, à parler raisonnablement,

qu'une figure de décoration, une cariatide peinte à caprice. Cette

observation semble ôter toute probabilité à l'opinion de ceux qui ont

voulu reconnaître, dans cette _Citharistria_, une Sapho, ou une des

Muses.

Hauteur, 1 P. 10 p°. 5 lig.--Larg. 1 P. 4 p°. 2 lig.

PLANCHE XLVIII.

(_XXIV, t. III de l'Édition royale._)

Ces deux figures semblent avoir quelque rapport entr'elles; toutes deux

sont peintes sur un fond blanc. La première représente un jeune Homme

n'ayant pour vêtemens qu'une tunique ronde, agraffée sur l'épaule

droite, nommée par Apulée (_Met. X_) Ephebica; ses cheveux sont noués

par derrière avec un ruban, et il tient un vase d'or de ses deux mains.

L'autre jeune Homme, ayant un habillement semblable, porte d'une main

une couronne d'or _radiée_; de l'autre un éventail formé de plumes, dont

la baguette et les cercles qui la fixent sont couleur d'or: ces deux

figures paraissent en mouvement, et rappellent les beaux enfans

qui servaient dans les festins. L'éventail de plumes est décrit par

plusieurs poètes: les plus riches étaient formés de plumes de paon

(_Prop. II, El. XVIII_, 59.--_Claud. in Eutr. I_, 109); les mignons s'en

servaient pour rafraîchir l'air autour de leurs maîtres. La couronne

radiée était en usage dans les noces.

CHAQUE SUJET.--Hauteur, 1 P. 5 lig.--Largeur, 8 p°. 3 lig.

Antiquités d'Herculanum, Tome II. Peintures · 第 28 / 29 题