Ariadne, tranquille encore, goûte les douceurs du sommeil; elle est
couchée sur un matelas à l'ombre d'une tente, la tête appuyée sur un
oreiller blanc, les cheveux retenus par une bandelette et les bras parés
de bracelets. Rarement une peinture antique, un monument ne se retrouve
pas dans quelques passages des anciens: «Vois, dit _Philostrate_, vois
Ariadne, ou plutôt le sommeil lui-même; à moitié nue; vois son sein, son
cou renversé, sa gorge délicate; son aisselle droite est découverte,
sa main gauche s'appuie sur la draperie, afin que le vent ne puisse
pas dévoiler ce qui doit rester caché». Faible obstacle pour le satyre
audacieux qui expose cette beauté aux regards du jeune Dieu de Naxos.
«Tu ne seras pas long-temps abandonnée; tu te trouveras seule à ton
réveil, cette joyeuse troupe sera partie; tu dois verser des pleurs,
ainsi le veut l'Amour: mais le jeune Dieu reviendra et tu seras
consolée». Bacchus en effet se retira, suivant le récit de Nonnus
(_Dionys., XLVII, v. 271 et suiv._), et ne revint que lorsque la belle
eut bien pleuré la trahison du héros. Le Dieu s'appuie sur son père
nourricier, le vieux Silène, tel que le peint Lucien (_in Baccho_):
«ramassé dans sa petite taille, gras et pansu, les narines ouvertes,
etc.». De l'autre côté, un objet plus gracieux, Cupidon, l'entraîne
vers Ariadne, vive image de la force de l'amour, que nous retrouverons
répétée dans une autre peinture. Dans un coin du tableau, au-dessus des
rochers, paraît un petit Satyre, qui considère aussi la belle dormeuse.
Dans le lointain, on distingue une Bacchante portant une corbeille ou
plutôt le van mistique, et plusieurs personnages formant le cortège. Le
mérite de la composition, très-supérieur à celui de l'exécution, peut
faire penser que ce tableau est la copie d'un excellent original.
Hauteur, 1 P. 10 p°. 4 lig.--Largeur, 1 P. 7 p°. 3 lig.