Les secrets de mon âme et le soin de ma vie?
Reprenez le pouvoir que vous m'avez commis,
Si donnant des sujets il ôte les amis,
Si tel est le destin des grandeurs souveraines 1125
Que leurs plus grands bienfaits n'attirent que des haines,
Et si votre rigueur les condamne à chérir
Ceux que vous animez à les faire périr.
Pour elles rien n'est sûr; qui peut tout doit tout craindre.
Rentre en toi-même, Octave, et cesse de te plaindre.
Quoi! tu veux qu'on t'épargne, et n'as rien épargné!
Songe aux fleuves de sang où ton bras s'est baigné,
De combien ont rougi les champs de Macédoine,
Combien en a versé la défaite d'Antoine,
Combien celle de Sexte[1038], et revois tout d'un temps 1135
Pérouse au sien noyée, et tous ses habitants[1039];
Remets dans ton esprit, après tant de carnages,
De tes proscriptions les sanglantes images,
Où toi-même, des tiens devenu le bourreau,
Au sein de ton tuteur enfonças le couteau[1040]: 1140
Et puis ose accuser le destin d'injustice[1041],
Quand tu vois que les tiens s'arment pour ton supplice,
Et que par ton exemple à ta perte guidés,
Ils violent des droits que tu n'as pas gardés[1042]!
Leur trahison est juste, et le ciel l'autorise: 1145
Quitte ta dignité comme tu l'as acquise;
Rends un sang infidèle à l'infidélité[1043],
Et souffre des ingrats après l'avoir été.
Mais que mon jugement au besoin m'abandonne!
Quelle fureur, Cinna, m'accuse et te pardonne? 1150
Toi, dont la trahison me force à retenir
Ce pouvoir souverain dont tu me veux punir,
Me traite en criminel, et fait seule mon crime,
Relève pour l'abattre un trône illégitime,
Et d'un zèle effronté couvrant son attentat, 1155
S'oppose, pour me perdre, au bonheur de l'État!
Donc jusqu'à l'oublier je pourrois me contraindre!
Tu vivrois en repos après m'avoir fait craindre[1044]!
Non, non, je me trahis moi-même d'y penser:
Qui pardonne aisément invite à l'offenser; 1160
Punissons l'assassin, proscrivons les complices.
Mais quoi? toujours du sang, et toujours des supplices[1045]!
Ma cruauté se lasse, et ne peut s'arrêter;
Je veux me faire craindre, et ne fais qu'irriter.
Rome a pour ma ruine une hydre trop fertile[1046]: 1165
Une tête coupée en fait renaître mille,
Et le sang répandu de mille conjurés
Rend mes jours plus maudits, et non plus assurés.
Octave, n'attends plus le coup d'un nouveau Brute;
Meurs, et dérobe-lui la gloire de ta chute; 1170
Meurs: tu ferois pour vivre un lâche et vain effort,
Si tant de gens de coeur font des voeux pour ta mort,
Et si tout ce que Rome a d'illustre jeunesse
Pour te faire périr tour à tour s'intéresse[1047];
Meurs, puisque c'est un mal que tu ne peux guérir; 1175
Meurs enfin, puisqu'il faut ou tout perdre, ou mourir.
La vie est peu de chose, et le peu qui t'en reste
Ne vaut pas l'acheter par un prix si funeste[1048].
Meurs; mais quitte du moins la vie avec éclat;
Éteins-en le flambeau dans le sang de l'ingrat[1049]; 1180
A toi-même en mourant immole ce perfide;
Contentant ses desirs, punis son parricide;
Fais un tourment pour lui de ton propre trépas,
En faisant qu'il le voie et n'en jouisse pas.
Mais jouissons plutôt nous-même[1050] de sa peine, 1185
Et si Rome nous hait, triomphons de sa haine.
O Romains, ô vengeance, ô pouvoir absolu,
O rigoureux combat d'un coeur irrésolu
Qui fuit en même temps tout ce qu'il se propose!
D'un prince malheureux ordonnez quelque chose. 1190
Qui des deux dois-je suivre, et duquel m'éloigner?
Ou laissez-moi périr, ou laissez-moi régner.
SCÈNE III.
AUGUSTE, LIVIE[1051].
AUGUSTE.
Madame, on me trahit, et la main qui me tue
Rend sous mes déplaisirs ma constance abattue.
Cinna, Cinna, le traître....
LIVIE.
Euphorbe m'a tout dit, 1195
Seigneur, et j'ai pâli cent fois à ce récit.
Mais écouteriez-vous les conseils d'une femme[1052]?
AUGUSTE.
Hélas! de quel conseil est capable mon âme?
LIVIE.
Votre sévérité, sans produire aucun fruit[1053],
Seigneur, jusqu'à présent a fait beaucoup de bruit.
Par les peines d'un autre aucun ne s'intimide:
Salvidien à bas a soulevé Lépide;
Murène a succédé, Cépion l'a suivi;
Le jour à tous les deux dans les tourments ravi
N'a point mêlé de crainte à la fureur d'Égnace[1054], 1205
Dont Cinna maintenant ose prendre la place;
Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjets[1055]
Ont voulu s'ennoblir par de si hauts projets.
Après avoir en vain puni leur insolence,
Essayez sur Cinna ce que peut la clémence[1056]; 1210
Faites son châtiment de sa confusion;
Cherchez le plus utile en cette occasion:
Sa peine peut aigrir une ville animée,
Son pardon peut servir à votre renommée[1057];
Et ceux que vos rigueurs ne font qu'effaroucher 1215
Peut-être à vos bontés se laisseront toucher.
AUGUSTE.
Gagnons-les tout à fait en quittant cet empire
Qui nous rend odieux, contre qui l'on conspire.
J'ai trop par vos avis consulté là-dessus;
Ne m'en parlez jamais, je ne consulte plus. 1220
Cesse de soupirer, Rome, pour ta franchise:
Si je t'ai mise aux fers, moi-même je les brise,
Et te rends ton État, après l'avoir conquis,
Plus paisible et plus grand que je ne te l'ai pris;
Si tu me veux haïr, hais-moi sans plus rien feindre; 1225
Si tu me veux aimer, aime-moi sans me craindre:
De tout ce qu'eut Sylla de puissance et d'honneur,
Lassé comme il en fut, j'aspire à son bonheur.
LIVIE.
Assez et trop longtemps son exemple vous flatte;
Mais gardez que sur vous le contraire n'éclate: 1230
Ce bonheur sans pareil qui conserva ses jours
Ne seroit pas bonheur, s'il arrivoit toujours.
AUGUSTE.
Eh bien! s'il est trop grand, si j'ai tort d'y prétendre[1058],
J'abandonne mon sang à qui voudra l'épandre.
Après un long orage il faut trouver un port; 1235
Et je n'en vois que deux, le repos, ou la mort.
LIVIE.
Quoi? vous voulez quitter le fruit de tant de peines?
AUGUSTE.
Quoi? vous voulez garder l'objet de tant de haines?
LIVIE.
Seigneur, vous emporter à cette extrémité,
C'est plutôt désespoir que générosité. 1240
AUGUSTE.
Régner et caresser une main si traîtresse,
Au lieu de sa vertu, c'est montrer sa foiblesse.
LIVIE.
C'est régner sur vous-même, et par un noble choix,
Pratiquer la vertu la plus digne des rois.
AUGUSTE.
Vous m'aviez bien promis des conseils d'une femme: 1245
Vous me tenez parole, et c'en sont là, Madame.
Après tant d'ennemis à mes pieds abattus,
Depuis vingt ans je règne, et j'en sais les vertus;
Je sais leur divers ordre, et de quelle nature[1059]
Sont les devoirs d'un prince en cette conjoncture[1060]. 1250
Tout son peuple est blessé par un tel attentat,
Et la seule pensée est un crime d'État,
Une offense qu'on fait à toute sa province,
Dont il faut[1061] qu'il la venge, ou cesse d'être prince.
LIVIE.
Donnez moins de croyance à votre passion. 1255
AUGUSTE.
Ayez moins de foiblesse, ou moins d'ambition.
LIVIE.
Ne traitez plus si mal un conseil salutaire.
AUGUSTE.
Le ciel m'inspirera ce qu'ici je dois faire.
Adieu: nous perdons temps.
LIVIE.
Je ne vous quitte point,
Seigneur, que mon amour n'aye obtenu ce point. 1260
AUGUSTE.
C'est l'amour des grandeurs qui vous rend importune.
LIVIE.
J'aime votre personne, et non votre fortune.
(Elle est seule[1062].)
Il m'échappe: suivons, et forçons-le de voir[1063]
Qu'il peut, en faisant grâce, affermir son pouvoir,
Et qu'enfin la clémence est la plus belle marque 1265
Qui fasse à l'univers connoître un vrai monarque.
SCÈNE IV.
ÉMILIE, FULVIE.
ÉMILIE.
D'où me vient cette joie? et que mal à propos
Mon esprit malgré moi goûte un entier repos!
César mande Cinna sans me donner d'alarmes!
Mon coeur est sans soupirs, mes yeux n'ont point de larmes,
Comme si j'apprenois d'un secret mouvement
Que tout doit succéder à mon contentement!
Ai-je bien entendu? me l'as-tu dit, Fulvie?
FULVIE.
J'avois gagné sur lui qu'il aimeroit la vie,
Et je vous l'amenois, plus traitable et plus doux, 1275
Faire un second effort contre votre courroux[1064];
Je m'en applaudissois, quand soudain Polyclète,
Des volontés d'Auguste ordinaire interprète,
Est venu l'aborder et sans suite et sans bruit,
Et de sa part sur l'heure au palais l'a conduit. 1280
Auguste est fort troublé, l'on ignore la cause;
Chacun diversement soupçonne quelque chose:
Tous présument qu'il aye un grand sujet d'ennui,
Et qu'il mande Cinna pour prendre avis de lui.
Mais ce qui m'embarrasse, et que je viens d'apprendre[1065],
C'est que deux inconnus se sont saisis d'Évandre,
Qu'Euphorbe est arrêté sans qu'on sache pourquoi,
Que même de son maître on dit je ne sais quoi:
On lui veut imputer un désespoir funeste;
On parle d'eaux, de Tibre, et l'on se tait du reste. 1290
ÉMILIE.
Que de sujets de craindre et de désespérer,
Sans que mon triste coeur en daigne murmurer!
A chaque occasion le ciel y fait descendre
Un sentiment contraire à celui qu'il doit prendre:
Une vaine frayeur tantôt m'a pu troubler[1066], 1295
Et je suis insensible alors qu'il faut trembler.
Je vous entends, grands Dieux! vos bontés que j'adore
Ne peuvent consentir que je me déshonore;
Et ne me permettant soupirs, sanglots, ni pleurs,
Soutiennent ma vertu contre de tels malheurs. 1300
Vous voulez que je meure avec ce grand courage
Qui m'a fait entreprendre un si fameux ouvrage;
Et je veux bien périr comme vous l'ordonnez,
Et dans la même assiette où vous me retenez.
O liberté de Rome! ô mânes de mon père! 1305
J'ai fait de mon côté tout ce que j'ai pu faire:
Contre votre tyran j'ai ligué ses amis,
Et plus osé pour vous qu'il ne m'étoit permis.
Si l'effet a manqué, ma gloire n'est pas moindre;
N'ayant pu vous venger, je vous irai rejoindre, 1310
Mais si fumante encor d'un généreux courroux,
Par un trépas si noble et si digne de vous,
Qu'il vous fera sur l'heure aisément reconnoître[1067]
Le sang des grands héros dont vous m'avez fait naître.
SCÈNE V.
MAXIME, ÉMILIE, FULVIE.
ÉMILIE.
Mais je vous vois, Maxime, et l'on vous faisoit mort!
MAXIME.
Euphorbe trompe Auguste avec ce faux rapport:
Se voyant arrêté, la trame découverte,
Il a feint ce trépas pour empêcher ma perte.
ÉMILIE.
Que dit-on de Cinna?
MAXIME.
Que son plus grand regret
C'est de voir que César sait tout votre secret[1068]; 1320
En vain il le dénie et le veut méconnoître,
Évandre a tout conté pour excuser son maître,
Et par l'ordre d'Auguste on vient vous arrêter.
ÉMILIE.
Celui qui l'a reçu tarde à l'exécuter:
Je suis prête à le suivre et lasse de l'attendre. 1325
MAXIME.
Il vous attend chez moi.
ÉMILIE.
Chez vous!
MAXIME.
C'est vous surprendre;
Mais apprenez le soin que le ciel a de vous:
C'est un des conjurés qui va fuir avec nous.
Prenons notre avantage avant qu'on nous poursuive;
Nous avons pour partir un vaisseau sur la rive[1069]. 1330
ÉMILIE.
Me connois-tu, Maxime, et sais-tu qui je suis?
MAXIME.
En faveur de Cinna je fais ce que je puis,
Et tâche à garantir de ce malheur extrême
La plus belle moitié qui reste de lui-même.
Sauvons-nous, Émilie, et conservons le jour, 1335
Afin de le venger par un heureux retour.
ÉMILIE.
Cinna dans son malheur est de ceux qu'il faut suivre,
Qu'il ne faut pas venger, de peur de leur survivre:
Quiconque après sa perte aspire à se sauver
Est indigne du jour qu'il tâche à conserver. 1340
MAXIME.
Quel désespoir aveugle à ces fureurs vous porte?
O Dieux! que de foiblesse en une âme si forte!
Ce coeur si généreux rend si peu de combat,
Et du premier revers la fortune[1070] l'abat!
Rappelez, rappelez cette vertu sublime; 1345
Ouvrez enfin les yeux, et connoissez Maxime:
C'est un autre Cinna qu'en lui vous regardez;
Le ciel vous rend en lui l'amant que vous perdez;
Et puisque l'amitié n'en faisoit plus qu'une âme,
Aimez en cet ami l'objet de votre flamme; 1350
Avec la même ardeur il saura vous chérir,
Que....
ÉMILIE.
Tu m'oses aimer, et tu n'oses mourir!
Tu prétends un peu trop; mais quoi que tu prétendes,
Rends-toi digne du moins de ce que tu demandes:
Cesse de fuir en lâche un glorieux trépas, 1355
Ou de m'offrir un coeur que tu fais voir si bas;
Fais que je porte envie à ta vertu parfaite;
Ne te pouvant aimer, fais que je te regrette;
Montre d'un vrai Romain la dernière vigueur,
Et mérite mes pleurs au défaut de mon coeur. 1360
Quoi! si ton amitié pour Cinna s'intéresse[1071],
Crois-tu qu'elle consiste à flatter sa maîtresse[1072]?
Apprends, apprends de moi quel en est le devoir,
Et donne-m'en l'exemple, ou viens le recevoir.
MAXIME.
Votre juste douleur est trop impétueuse. 1365
ÉMILIE.
La tienne en ta faveur est trop ingénieuse.
Tu me parles déjà d'un bienheureux retour,
Et dans tes déplaisirs tu conçois de l'amour!
MAXIME.
Cet amour en naissant est toutefois extrême:
C'est votre amant en vous, c'est mon ami que j'aime, 1370
Et des mêmes ardeurs dont il fut embrasé....
ÉMILIE.
Maxime, en voilà trop pour un homme avisé.
Ma perte m'a surprise, et ne m'a point troublée;
Mon noble désespoir ne m'a point aveuglée.
Ma vertu toute entière agit sans s'émouvoir, 1375
Et je vois malgré moi plus que je ne veux voir.
MAXIME.
Quoi? vous suis-je suspect de quelque perfidie?
ÉMILIE.
Oui, tu l'es, puisqu'enfin tu veux que je le die;
L'ordre de notre fuite est trop bien concerté
Pour ne te soupçonner d'aucune lâcheté: 1380
Les Dieux seroient pour nous prodigues en miracles,
S'ils en avoient sans toi[1073] levé tous les obstacles.
Fuis sans moi, tes amours sont ici superflus.
MAXIME.
Ah! vous m'en dites trop.
ÉMILIE.
J'en présume encor plus.
Ne crains pas toutefois que j'éclate en injures; 1385
Mais n'espère non plus m'éblouir de parjures.
Si c'est te faire tort que de m'en défier[1074],
Viens mourir avec moi pour te justifier.
MAXIME.
Vivez, belle Émilie, et souffrez qu'un esclave....
ÉMILIE.
Je ne t'écoute plus qu'en présence d'Octave. 1390
Allons, Fulvie, allons.
SCÈNE VI.
MAXIME.
Désespéré, confus,
Et digne, s'il se peut, d'un plus cruel refus,
Que résous-tu, Maxime? et quel est le supplice
Que ta vertu prépare à ton vain artifice?
Aucune illusion ne te doit plus flatter: 1395
Émilie en mourant va tout faire éclater;
Sur un même échafaud la perte de sa vie
Étalera sa gloire et ton ignominie,
Et sa mort va laisser à la postérité[1075]
L'infâme souvenir de ta déloyauté. 1400
Un même jour t'a vu, par une fausse adresse,
Trahir ton souverain, ton ami, ta maîtresse,
Sans que de tant de droits en un jour violés,
Sans que de deux amants au tyran immolés,
Il te reste aucun fruit que la honte et la rage[1076] 1405
Qu'un remords inutile allume en ton courage.
Euphorbe, c'est l'effet de tes lâches conseils;
Mais que peut-on attendre enfin de tes pareils[1077]?
Jamais un affranchi n'est qu'un esclave infâme;
Bien qu'il change d'état, il ne change point d'âme[1078]; 1410
La tienne, encor servile, avec la liberté
N'a pu prendre un rayon de générosité[1079]:
Tu m'as fait relever une injuste puissance;
Tu m'as fait démentir l'honneur de ma naissance;
Mon coeur te résistoit, et tu l'as combattu 1415
Jusqu'à ce que ta fourbe ait souillé sa vertu.
Il m'en coûte la vie, il m'en coûte la gloire,
Et j'ai tout mérité pour t'avoir voulu croire;
Mais les Dieux permettront à mes ressentiments
De te sacrifier aux yeux des deux amants, 1420
Et j'ose m'assurer qu'en dépit de mon crime
Mon sang leur servira d'assez pure victime,
Si dans le tien mon bras, justement irrité,
Peut laver le forfait de t'avoir écouté.
FIN DU QUATRIÈME ACTE.
NOTES:
[1025] GARDES manque dans l'édition de 1643.--TROUPE DE GARDES.
(1648-60)
[1026] _Var._ On ne conçoit qu'à force une telle fureur.
(1643-56)
[1027] _Var._ Encore pour Maxime, il m'en fait avertir[1027-a],
Et s'est laissé toucher à quelque repentir. (1643-56)
[1027-a] _Unus ex conseiis deferebat_, «c'était un des
complices qui dénonçait la conjuration:» voyez ci-dessus, p. 373.
[1028] _Var._ Que sur les conjurés fait un juste remords.
(1643-56)
[1029] _Var._ O le plus déloyal que l'enfer ait produit!
(1643-56)
[1030] Ce jeu de scène manque dans les éditions de 1643-60.
[1031] Ce jeu de scène manque dans les deux éditions de 1643. Il
se trouve deux vers plus haut dans les éditions de 1648-60.
[1032] _Var._ Il l'a jugé trop grand pour se le pardonner:
A peine du palais il a pu retourner. (1643-60)
[1033] _Var._ Que de tous les côtés lançant un oeil farouche.
(1643-56)
[1034] _Var._ Que je n'ignore pas ce que j'ai mérité. (1643-60)
[1035] _Var._ Et l'eau grosse et rapide, et la nuit survenue,
L'ont dérobé sur l'heure à ma débile vue.
AUG. Sous ses justes remords il a trop succombé. (1643-56)
_Var._ Dont l'eau grosse et rapide et la nuit assez noire.
(1660-64)
[1036] _Var._ Sous le pressant remords il a trop succombé. (1660)
[1037] AUGUSTE, _seul._ (1648-60)
[1038] Sextus Pompée.
[1039] Dans la guerre entre Octave et les adhérents d'Antoine,
après la bataille de Philippes.
[1040] Voyez p. 384, note 903.
[1041] _Var._ Et puis ose accuser ton destin d'injustice,
Si les tiens maintenant s'arment pour ton supplice,
Et si par ton exemple à ta perte guidés. (1643-56)
[1042] _Var._ Ils violent les droits que tu n'as pas gardés!
(1643-64)
[1043] Ce vers rappelle, mais par les mots et par le son plutôt
que par la pensée, la fin de la première strophe des _Larmes de
saint Pierre_ de Malherbe:
Fait de tous les assauts que la rage peut faire
Une fidèle preuve à l'infidélité.
(Voyez le Malherbe de M. Lalanne, tome I, p. 4.)
[1044] Voyez ci-dessus, p. 373: _Quid ergo! ego percussorem meum
securum ambulare patiar, me sollicito?_
[1045] _Quis finis erit suppliciorum? quis sanguinis?_ (P. 374.)
[1046] _Var._ Rome a pour ma ruine un hydre trop fertile.
(1652-56)
[1047] _Ego sum nobilibus adolescentulis expositum caput, in quod
mucrones acuant._ (P. 374.)
[1048] _Non est tanti vita, si, ut ego non peream, tam multa
perdenda sunt._ (_Ibidem._)
[1049] _Var._ Éteins-en le flambeau dans le sang d'un ingrat.
(1643-60)
[1050] Toutes les éditions publiées du vivant de Corneille
portent _nous-mêmes_, avec une _s_, à l'exception de celle de
1643 in-4º, qui donne _nous-même_.
[1051] Voyez la _Notice_, p. 365.
[1052] _Admittis muliebre consilium?_ (P. 374.)
[1053] _Var._ Seigneur, jusques ici votre sévérité
A fait beaucoup de bruit, et n'a rien profité. (1643-56)
[1054] _Var._ N'a point mis de frayeur dedans l'esprit
d'Égnace[1054-a],
Dont Cinna maintenant ose imiter l'audace. (1643-56)
[1054-a] Tous ces noms sont aussi empruntés à Sénèque: voyez
p. 374.
[1055] Voyez tome I, p. 169, note 560.
[1056] _Nunc tenta quomodo tibi cedat clementia._ (P. 374.)
[1057] _Jam nocere tibi non potest, prodesse famæ tuæ potest._
(_Ibidem._)
[1058] _Var._ Aussi dedans la place où je m'en vais descendre.
(1643-56)
[1059] _Var._ Je sais les soins qu'un roi doit avoir de sa vie,
A quoi le bien public, en ce cas, le convie. (1643-56)
[1060] L'édition de 1682 porte, par erreur, _conjecture_, pour
_conjoncture_.
[1061] Les éditions de 1643 in-4º, de 1648-54, de 1656 et de 1660
portent _il fait_, pour _il faut_. Quel que soit le nombre des
éditions qui reproduisent cette leçon, ce ne peut être qu'une
faute typographique.
[1062] Ce jeu de scène manque dans les éditions de 1643-60.
[1063] _Var._ Il m'échappe: suivons, et le forçons de voir.
(1643-56)
[1064] _Var._ Faire un second effort contre ce grand courroux;
J'en rendois grâce aux Dieux, quand soudain Polyclète.
(1643-56)
[1065] _Var._ Mais ce qui plus m'étonne, et que je viens
d'apprendre. (1643-56)
[1066] _Var._ Une vaine frayeur m'a pu tantôt troubler. (1643-56)
[1067] _Var._ Que d'abord son éclat vous fera reconnoître.
(1643-56)
[1068] _Var._ Est de voir que César sait tout votre secret.
(1643-56)
[1069] _Var._ Nous avons un vaisseau tout prêt dessus la rive.
(1643-56)
[1070] Les éditions de 1668 et de 1682 portent, par erreur, _de
fortune_, pour _la fortune_.
[1071] _Var._ Quoi! si ton amitié pour Cinna t'intéresse.
(1643-63)
[1072] Les éditions de 1652-56 portent _ta maîtresse_, pour _sa
maîtresse_, ce qui est certainement une erreur.
[1073] L'édition de 1643 in-4º porte _sans loi_, pour _sans toi_.
[1074] _Var._ Si c'est te faire tort que de me défier. (1643-56)
[1075] _Var._ Et porte avec son nom à la postérité. (1643-56)
[1076] _Var._ Il te reste autre fruit que la honte et la rage.
(1643 et 48)
[1077] _Var._ Mais que peut-on attendre aussi de tes pareils?
(1643-56)
[1078] _Var._ Et pour changer d'état, il ne change point d'âme.
(1643-56)
[1079] _Var._ N'a su prendre un rayon de générosité. (1660)
ACTE V.
SCÈNE PREMIÈRE.
AUGUSTE, CINNA.
AUGUSTE.
Prends un siége, Cinna, prends, et sur toute chose 1425
Observe exactement la loi que je t'impose:
Prête, sans me troubler, l'oreille à mes discours;
D'aucun mot, d'aucun cri, n'en interromps le cours;
Tiens ta langue captive; et si ce grand silence
A ton émotion fait quelque violence, 1430
Tu pourras me répondre après tout à loisir[1080]:
Sur ce point seulement contente mon desir.
CINNA.
Je vous obéirai, Seigneur.
AUGUSTE.
Qu'il te souvienne
De garder ta parole, et je tiendrai la mienne.
Tu vois le jour, Cinna; mais ceux dont tu le tiens 1435
Furent les ennemis de mon père, et les miens:
Au milieu de leur camp tu reçus la naissance[1081];
Et lorsqu'après leur mort tu vins en ma puissance,
Leur haine enracinée au milieu de ton sein
T'avoit mis contre moi les armes à la main; 1440
Tu fus mon ennemi même avant que de naître[1082],
Et tu le fus encor quand tu me pus connoître,
Et l'inclination jamais n'a démenti[1083]
Ce sang qui t'avoit fait du contraire parti:
Autant que tu l'as pu, les effets l'ont suivie. 1445
Je ne m'en suis vengé qu'en te donnant la vie;
Je te fis prisonnier pour te combler de biens:
Ma cour fut ta prison, mes faveurs tes liens;
Je te restituai d'abord ton patrimoine[1084];
Je t'enrichis après des dépouilles d'Antoine, 1450
Et tu sais que depuis, à chaque occasion,
Je suis tombé pour toi dans la profusion.
Toutes les dignités que tu m'as demandées,
Je te les ai sur l'heure et sans peine accordées;
Je t'ai préféré même à ceux dont les parents 1455
Ont jadis dans mon camp tenu les premiers rangs[1085],
A ceux qui de leur sang m'ont acheté l'empire[1086],
Et qui m'ont conservé le jour que je respire.
De la façon enfin qu'avec toi j'ai vécu,
Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu[1087]. 1460
Quand le ciel me voulut, en rappelant Mécène,
Après tant de faveur montrer un peu de haine[1088],
Je te donnai sa place en ce triste accident,
Et te fis, après lui, mon plus cher confident.
Aujourd'hui même encor, mon âme irrésolue 1465
Me pressant de quitter ma puissance absolue,
De Maxime et de toi j'ai pris les seuls avis,
Et ce sont, malgré lui, les tiens que j'ai suivis.
Bien plus, ce même jour je te donne Émilie,
Le digne objet des voeux de toute l'Italie, 1470
Et qu'ont mise si haut mon amour et mes soins,
Qu'en te couronnant roi je t'aurois donné moins.
Tu t'en souviens, Cinna: tant d'heur et tant de gloire
Ne peuvent pas sitôt sortir de ta mémoire;
Mais ce qu'on ne pourroit jamais s'imaginer, 1475
Cinna, tu t'en souviens, et veux m'assassiner[1089].
CINNA.
Moi, Seigneur! moi, que j'eusse une âme si traîtresse;
Qu'un si lâche dessein....
AUGUSTE.
Tu tiens mal ta promesse:
Sieds-toi, je n'ai pas dit encor ce que je veux;
Tu te justifieras après, si tu le peux. 1480
Écoute cependant, et tiens mieux ta parole.
Tu veux m'assassiner[1090] demain, au Capitole,
Pendant le sacrifice, et ta main pour signal
Me doit, au lieu d'encens, donner le coup fatal;
La moitié de tes gens doit occuper la porte, 1485
L'autre moitié te suivre et te prêter main-forte.
Ai-je de bons avis, ou de mauvais soupçons[1091]?
De tous ces meurtriers te dirai-je les noms?
Procule, Glabrion, Virginian, Rutile,
Marcel, Plaute, Lénas, Pompone, Albin, Icile, 1490
Maxime, qu'après toi j'avois le plus aimé[1092];
Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé:
Un tas d'hommes perdus de dettes et de crimes,
Que pressent de mes lois les ordres légitimes,
Et qui désespérant de les plus éviter, 1495
Si tout n'est renversé, ne sauroient subsister.
Tu te tais maintenant, et gardes le silence,
Plus par confusion que par obéissance.
Quel étoit ton dessein[1093], et que prétendois-tu
Après m'avoir au temple à tes pieds abattu? 1500
Affranchir ton pays d'un pouvoir monarchique!
Si j'ai bien entendu tantôt ta politique,
Son salut désormais dépend d'un souverain
Qui pour tout conserver tienne tout en sa main;
Et si sa liberté te faisoit entreprendre, 1505
Tu ne m'eusses jamais empêché de la rendre;
Tu l'aurois acceptée au nom de tout l'État,
Sans vouloir l'acquérir par un assassinat.
Quel étoit donc ton but? D'y régner en ma place?
D'un étrange malheur son destin le menace, 1510
Si pour monter au trône et lui donner la loi
Tu ne trouves dans Rome autre obstacle que moi[1094],
Si jusques à ce point son sort est déplorable,
Que tu sois après moi le plus considérable,
Et que ce grand fardeau de l'empire romain 1515
Ne puisse après ma mort tomber mieux qu'en ta main.
Apprends à te connoître, et descends en toi-même:
On t'honore dans Rome, on te courtise, on t'aime,
Chacun tremble sous toi, chacun t'offre des voeux,
Ta fortune est bien haut, tu peux ce que tu veux; 1520
Mais tu ferois pitié même à ceux qu'elle irrite[1095],
Si je t'abandonnois à ton peu de mérite[1096].
Ose me démentir, dis-moi ce que tu vaux,
Conte-moi tes vertus, tes glorieux travaux,
Les rares qualités par où tu m'as dû plaire, 1525
Et tout ce qui t'élève au-dessus du vulgaire.
Ma faveur fait ta gloire, et ton pouvoir en vient:
Elle seule t'élève, et seule te soutient;
C'est elle qu'on adore, et non pas ta personne:
Tu n'as crédit ni rang qu'autant qu'elle t'en donne, 1530
Et pour te faire choir je n'aurois aujourd'hui
Qu'à retirer la main qui seule est ton appui.
J'aime mieux toutefois céder à ton envie:
Règne, si tu le peux, aux dépens de ma vie;
Mais oses-tu penser que les Serviliens, 1535
Les Cosses, les Métels, les Pauls, les Fabiens,
Et tant d'autres enfin de qui les grands courages
Des héros de leur sang sont les vives images,
Quittent le noble orgueil d'un sang si généreux
Jusqu'à pouvoir souffrir que tu règnes sur eux[1097]? 1540
Parle, parle, il est temps.
CINNA.