Quoi! l'objet de ma haine ou de tant de colère[530]!

L'assassin de Rodrigue ou celui de mon père!

De tous les deux côtés on me donne un mari

Encor tout teint du sang que j'ai le plus chéri; 1660

De tous les deux côtés mon âme se rebelle:

Je crains plus que la mort la fin de ma querelle.

Allez, vengeance, amour, qui troublez mes esprits,

Vous n'avez point pour moi de douceurs à ce prix;

Et toi, puissant moteur du destin qui m'outrage, 1665

Termine ce combat sans aucun avantage,

Sans faire aucun des deux ni vaincu ni vainqueur.

ELVIRE.

Ce seroit vous traiter avec trop de rigueur.

Ce combat pour votre âme est un nouveau supplice,

S'il vous laisse obligée à demander justice, 1670

A témoigner toujours ce haut ressentiment,

Et poursuivre toujours la mort de votre amant.

Madame, il vaut bien mieux que sa rare vaillance[531],

Lui couronnant le front, vous impose silence;

Que la loi du combat étouffe vos soupirs, 1675

Et que le Roi vous force à suivre vos desirs.

CHIMÈNE.

Quand il sera vainqueur, crois-tu que je me rende?

Mon devoir est trop fort, et ma perte trop grande;

Et ce n'est pas assez, pour leur faire la loi,

Que celle du combat et le vouloir du Roi. 1680

Il peut vaincre don Sanche avec fort peu de peine,

Mais non pas avec lui la gloire de Chimène;

Et quoi qu'à sa victoire un monarque ait promis,

Mon honneur lui fera mille autres ennemis.

ELVIRE.

Gardez, pour vous punir de cet orgueil étrange, 1685

Que le ciel à la fin ne souffre qu'on vous venge.

Quoi! vous voulez encor refuser le bonheur

De pouvoir maintenant vous taire avec honneur?

Que prétend ce devoir, et qu'est-ce qu'il espère?

La mort de votre amant vous rendra-t-elle un père? 1690

Est-ce trop peu pour vous que d'un coup de malheur?

Faut-il perte sur perte, et douleur sur douleur?

Allez, dans le caprice où votre humeur s'obstine,

Vous ne méritez pas l'amant qu'on vous destine;

Et nous verrons du ciel l'équitable courroux[532] 1695

Vous laisser, par sa mort, don Sanche pour époux.

CHIMÈNE.

Elvire, c'est assez des peines que j'endure,

Ne les redouble point de ce funeste augure[533].

Je veux, si je le puis, les éviter tous deux;

Sinon, en ce combat Rodrigue a tous mes voeux: 1700

Non qu'une folle ardeur de son côté me penche;

Mais s'il étoit vaincu, je serois à don Sanche:

Cette appréhension fait naître mon souhait.

Que vois-je, malheureuse? Elvire, c'en est fait.

SCÈNE V.

DON SANCHE, CHIMÈNE, ELVIRE.

DON SANCHE.

Obligé d'apporter à vos pieds cette épée[534].... 1705

CHIMÈNE.

Quoi? du sang de Rodrigue encor toute trempée?

Perfide, oses-tu bien te montrer à mes yeux,

Après m'avoir ôté ce que j'aimois le mieux?

Éclate, mon amour, tu n'as plus rien à craindre:

Mon père est satisfait, cesse de te contraindre. 1710

Un même coup a mis ma gloire en sûreté,

Mon âme au désespoir, ma flamme en liberté.

DON SANCHE.

D'un esprit plus rassis....

CHIMÈNE.

Tu me parles encore,

Exécrable assassin d'un héros que j'adore[535]?

Va, tu l'as pris en traître; un guerrier si vaillant 1715

N'eût jamais succombé sous un tel assaillant[536].

N'espère rien de moi, tu ne m'as point servie:

En croyant me venger, tu m'as ôté la vie.

DON SANCHE.

Étrange impression, qui loin de m'écouter....

CHIMÈNE.

Veux-tu que de sa mort je t'écoute vanter, 1720

Que j'entende à loisir avec quelle insolence

Tu peindras son malheur, mon crime et ta vaillance[537]?

SCÈNE VI.

DON FERNAND, DON DIÈGUE, DON ARIAS, DON SANCHE, DON ALONSE, CHIMÈNE,

ELVIRE.

CHIMÈNE.

Sire, il n'est plus besoin de vous dissimuler

Ce que tous mes efforts ne vous ont pu celer.

J'aimois, vous l'avez su; mais pour venger mon père[538],

J'ai bien voulu proscrire[539] une tête si chère:

Votre Majesté, Sire, elle-même a pu voir

Comme j'ai fait céder mon amour au devoir.

Enfin Rodrigue est mort, et sa mort m'a changée

D'implacable ennemie en amante affligée. 1730

J'ai dû cette vengeance à qui m'a mise au jour,

Et je dois maintenant ces pleurs à mon amour.

Don Sanche m'a perdue en prenant ma défense,

Et du bras qui me perd je suis la récompense!

Sire, si la pitié peut émouvoir un roi, 1735

De grâce, révoquez une si dure loi;

Pour prix d'une victoire où je perds ce que j'aime,

Je lui laisse mon bien; qu'il me laisse à moi-même;

Qu'en un cloître sacré je pleure incessamment,

Jusqu'au dernier soupir, mon père et mon amant. 1740

DON DIÈGUE.

Enfin elle aime, Sire, et ne croit plus un crime

D'avouer par sa bouche un amour légitime[540].

DON FERNAND.

Chimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort,

Et don Sanche vaincu t'a fait un faux rapport.

DON SANCHE.

Sire, un peu trop d'ardeur malgré moi l'a déçue: 1745

Je venois du combat lui raconter l'issue.

Ce généreux guerrier, dont son coeur est charmé:

«Ne crains rien, m'a-t-il dit, quand il m'a désarmé;

Je laisserois plutôt la victoire incertaine,

Que de répandre un sang hasardé pour Chimène; 1750

Mais puisque mon devoir m'appelle auprès du Roi,

Va de notre combat l'entretenir pour moi,

De la part du vainqueur lui porter ton épée[541].»

Sire, j'y suis venu: cet objet l'a trompée;

Elle m'a cru vainqueur, me voyant de retour, 1755

Et soudain sa colère a trahi son amour

Avec tant de transport et tant d'impatience,

Que je n'ai pu gagner un moment d'audience.

Pour moi, bien que vaincu, je me répute heureux;

Et malgré l'intérêt de mon coeur amoureux, 1760

Perdant infiniment, j'aime encor ma défaite,

Qui fait le beau succès d'une amour si parfaite.

DON FERNAND.

Ma fille, il ne faut point rougir d'un si beau feu,

Ni chercher les moyens d'en faire un désaveu.

Une louable honte en vain t'en sollicite[542]: 1765

Ta gloire est dégagée, et ton devoir est quitte;

Ton père est satisfait, et c'étoit le venger

Que mettre tant de fois ton Rodrigue en danger.

Tu vois comme le ciel autrement en dispose.

Ayant tant fait pour lui, fais pour toi quelque chose,

Et ne sois point rebelle à mon commandement,

Qui te donne un époux aimé si chèrement.

SCÈNE VII[543].

DON FERNAND, DON DIÈGUE, DON ARIAS, DON RODRIGUE, DON ALONSE, DON

SANCHE, L'INFANTE, CHIMÈNE, LÉONOR, ELVIRE.

L'INFANTE.

Sèche tes pleurs, Chimène, et reçois sans tristesse

Ce généreux vainqueur des mains de ta princesse.

DON RODRIGUE.

Ne vous offensez point, Sire, si devant vous 1775

Un respect amoureux me jette à ses genoux.

Je ne viens point ici demander ma conquête:

Je viens tout de nouveau vous apporter ma tête,

Madame; mon amour n'emploiera point pour moi

Ni la loi du combat, ni le vouloir du Roi. 1780

Si tout ce qui s'est fait est trop peu pour un père,

Dites par quels moyens il vous faut satisfaire.

Faut-il combattre encor mille et mille rivaux,

Aux deux bouts de la terre étendre mes travaux,

Forcer moi seul un camp, mettre en fuite une armée,

Des héros fabuleux passer la renommée?

Si mon crime par là se peut enfin laver,

J'ose tout entreprendre, et puis tout achever;

Mais si ce fier honneur, toujours inexorable,

Ne se peut apaiser sans la mort du coupable, 1790

N'armez plus contre moi le pouvoir des humains:

Ma tête est à vos pieds, vengez-vous par vos mains;

Vos mains seules ont droit de vaincre un invincible;

Prenez une vengeance à tout autre impossible[544].

Mais du moins que ma mort suffise à me punir: 1795

Ne me bannissez point de votre souvenir;

Et puisque mon trépas conserve votre gloire,

Pour vous en revancher conservez ma mémoire,

Et dites quelquefois, en déplorant mon sort[545]:

«S'il ne m'avoit aimée, il ne seroit pas mort.» 1800

CHIMÈNE.

Relève-toi, Rodrigue. Il faut l'avouer, Sire,

Je vous en ai trop dit pour m'en pouvoir dédire[546].

Rodrigue a des vertus que je ne puis haïr;

Et quand un roi commande, on lui doit obéir[547].

Mais à quoi que déjà vous m'ayez condamnée, 1805

Pourrez-vous à vos yeux souffrir cet hyménée[548]?

Et quand de mon devoir vous voulez cet effort,

Toute votre justice en est-elle d'accord?

Si Rodrigue à l'État devient si nécessaire,

De ce qu'il fait pour vous dois-je être le salaire, 1810

Et me livrer moi-même au reproche éternel

D'avoir trempé mes mains dans le sang paternel?

DON FERNAND.

Le temps assez souvent a rendu légitime

Ce qui sembloit d'abord ne se pouvoir sans crime:

Rodrigue t'a gagnée, et tu dois être à lui. 1815

Mais quoique sa valeur t'ait conquise aujourd'hui,

Il faudroit que je fusse ennemi de ta gloire,

Pour lui donner sitôt le prix de sa victoire[549].

Cet hymen différé ne rompt point une loi

Qui sans marquer de temps, lui destine ta foi. 1820

Prends un an, si tu veux, pour essuyer tes larmes.

Rodrigue, cependant il faut prendre les armes.

Après avoir vaincu les Mores sur nos bords,

Renversé leurs desseins, repoussé leurs efforts,

Va jusqu'en leur pays leur reporter la guerre, 1825

Commander mon armée, et ravager leur terre:

A ce nom seul de Cid ils trembleront d'effroi[550];

Ils t'ont nommé seigneur, et te voudront pour roi.

Mais parmi tes hauts faits sois-lui toujours fidèle:

Reviens-en, s'il se peut, encor plus digne d'elle; 1830

Et par tes grands exploits fais-toi si bien priser,

Qu'il lui soit glorieux alors de t'épouser.

DON RODRIGUE.

Pour posséder Chimène, et pour votre service,

Que peut-on m'ordonner que mon bras n'accomplisse?

Quoi qu'absent de ses yeux il me faille endurer, 1835

Sire, ce m'est trop d'heur de pouvoir espérer.

DON FERNAND.

Espère en ton courage, espère en ma promesse;

Et possédant déjà le coeur de ta maîtresse,

Pour vaincre un point d'honneur qui combat contre toi[551],

Laisse faire le temps, ta vaillance et ton roi. 1840

FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.

NOTES:

[501] _Var._ CHIMÈNE, DON RODRIGUE. (1638 P.)

[502] _Var._ Avant ce coup mortel, dire un dernier adieu. (1644

in-4º)

[503] _Var._ Mon amour vous le doit, et mon coeur qui soupire

N'ose sans votre aveu sortir de votre empire.

[CHIM. Tu vas mourir!]

DON RODR. J'y cours, et le Comte est vengé,

Aussitôt que de vous j'en aurai le congé. (1637-56)

[504] _Var._ Mais défendant mon roi, son peuple et le pays.

(1637-56)

[505] _Var._ Je lui vais présenter mon estomac ouvert. (1637-56)

[506] _Var._ L'honneur te fut plus cher que je ne te suis chère.

(1637-60)

[507] _Var._ Puisqu'il trempa tes mains dans le sang de mon père,

Et te fit renoncer, malgré ta passion. (1637-56)

[508] _Var._ Non, sans vouloir mourir, laisse-moi te poursuivre.

(1637-56)

[509] _Var._ Mon honneur appuyé sur de si grands effets

Contre un autre ennemi n'a plus à se défendre. (1637-56)

[510] _Var._ Quand mon honneur y va, rien ne m'est précieux.

(1637-56)

[511] Le mot est écrit ainsi dans les éditions de 1637-64; celles

de 1668 et de 1682 ont _veuillez_ sans _i_; celle de 1692 donne

_vouliez_.

[512] _Var._ Préférant, en dépit de son âme ravie. (1637 in-4º

I.,37 in-12 et 38)

[513] _Var._ Qui me livre à l'objet de mon aversion. (1637-56)

[514] _Var._ Et si jamais l'amour échauffa tes esprits. (1637-56)

[515] Dans les éditions de 1637-60 et dans celle de 1692: DON

RODRIGUE, _seul_.

[516] _Var._ Contre ce fier tyran fait rebeller mes voeux?

(1637-60)

[517] _Var._ S'il ne peut obtenir dessus mon sentiment. (1637-56)

[518] _Var._ Mais ma honte m'abuse, et ma raison s'étonne.

(1637-60)

[519] _Var._ Marque-t-il pas déjà sur qui tu dois régner?

(1637-56)

[520] _Var._ Entre eux un père mort sème si peu de haine.

(1637-60)

[521] _Var._ Vous témoigner, Madame,

L'aise que je ressens du repos de votre âme. (1637-56)

[522] _Var._ Oh! qu'il s'en faut encor! (1637-56)

[523] _Var._ Elle ne choisit point de ces mains généreuses.

(1637-56)

[524] _Var._ Don Sanche lui suffit: c'est la première fois

Que ce jeune seigneur endosse[524-a] le harnois. (1637-56)

[524-a] L'édition de 1644 in-12 porte _endossa_, pour

_endosse_.

[525] _Var._ Un tel choix et si prompt vous doit bien faire voir.

(1637-56)

[526] _Var._ Et livrant à Rodrigue une victoire aisée,

Puisse l'autoriser à paroître apaisée. (1637-56)

[527] _Var._ A vous ressouvenir de qui vous êtes née. (1637-56)

[528] _Var._ Une ardeur bien plus digne à présent me consomme.

(1637-44)

[529] _Var._ Et mes plus doux souhaits sont pleins d'un repentir.

(1637-56)

[530] _Var._ Quoi! l'objet de ma haine ou bien de ma colère!

(1637-64)

[531] _Var._ Non, non, il vaut bien mieux que sa rare vaillance,

Lui gagnant un laurier, vous impose silence. (1637-56)

[532] _Var._ Et le ciel, ennuyé de vous être si doux,

Vous lairra, par sa mort, don Sanche pour époux. (1637-44)

_Var._ Et nous verrons le ciel, mû d'un juste courroux.

(1648-60)

[533] _Var._ Ne les redouble point par ce funeste augure.

(1637-68)

[534] _Var._ Madame, à vos genoux j'apporte cette épée. (1637-56)

[535] Cette scène semble avoir fourni à Racine l'idée de

l'admirable dialogue d'Oreste et d'Hermione dans _Andromaque_

(acte V, scène III).

[536] _Var._ [N'eût jamais succombé sous un tel assaillant.]

ELV. Mais, Madame, écoutez. CHIM. Que veux-tu que j'écoute?

Après ce que je vois puis-je être encore en doute?

J'obtiens pour mon malheur ce que j'ai demandé,

Et ma juste poursuite a trop bien succédé.

Pardonne, cher amant, à sa rigueur sanglante;

Songe que je sais fille aussi bien comme amante:

Si j'ai vengé mon père aux dépens de ton sang,

Du mien pour te venger j'épuiserai mon flanc;

Mon âme désormais n'a rien qui la retienne;

Elle ira recevoir ce pardon de la tienne.

Et toi qui me prétends acquérir par sa mort,

Ministre déloyal de mon rigoureux sort,

[N'espère rien de moi, tu ne m'as point servie.] (1637-56)

[537] _Var._ [Tu peindras son malheur, mon crime et ta vaillance?]

Qu'à tes yeux ce récit tranche mes tristes jours?

Va, va, je mourrai bien sans ce cruel secours[537-a];

Abandonne mon âme au mal qui la possède:

Pour venger mon amant, je ne veux point qu'on m'aide[537-b].

(1637-56)

[537-a] Va, va, je mourrai bien sans ton cruel secours.

(1644 in-12)

[537-b] Ce vers termine la scène dans les éditions

indiquées.

[538] _Var._ J'aimois, vous l'avez su; mais pour venger un père.

(1637-44 in-4º)

_Var._ J'aimois, vous le savez; mais pour venger un père.

(1644 in-12)

[539] Les éditions de 1637 I., de 1638 P., de 1639 et de 1644

in-4º portent par erreur _prescrire_, pour _proscrire_.

[540] _Var._ D'avouer par sa bouche une amour légitime. (1637 P.,

37 in-12 et 38)

--L'édition de 1644 porte _un amant_, pour _un amour_.

[541] _Var._ Offrir à ses genoux ta vie et ton épée. (1637-56)

[542] _Var._ Une louable honte enfin t'en sollicite. (1637, 38

P., 39 et 44)

[543] _Var._ SCÈNE DERNIÈRE. (1644 in-12)

[544] _Var._ Prenez une vengeance à toute autre impossible. (1637

in-12)

[545] _Var._ Et dites quelquefois, en songeant à mon sort.

(1637-60)

[546] _Var._ Mon amour a paru, je ne m'en puis dédire. (1637-56)

_Var._ Je vous en ai trop dit pour oser m'en dédire. (1660)

[547] _Var._ Et vous êtes mon roi, je vous dois obéir. (1637-56)

[548] _Var._ Sire, quelle apparence, à ce triste hyménée,

Qu'un même jour commence et finisse mon deuil[548-a],

Mette en mon lit Rodrigue et mon père au cercueil?

C'est trop d'intelligence avec son homicide,

Vers ses mânes sacrés c'est me rendre perfide,

Et souiller mon honneur d'un reproche éternel. (1637-56)

[548-a] Les éditions de 1638 P., 39, 44, 48 et 56 écrivent

_dueil_. Voyez le _Lexique_.

[549] Les deux éditions de 1638 portent _ta victoire_, pour _sa

victoire_.

[550] _Var._ A ce seul nom de Cid ils trembleront d'effroi.

(1637 in-4º et 39-56)

_Var._ A ce seul nom de Cid ils tomberont d'effroi.

(1637 in-12 et 38)

[551] L'édition de 1637 in-12 donne _contre moi_, au lieu de

_contre toi_.

APPENDICE.

I

PASSAGES DES _MOCEDADES DEL CID_[552]

DE GUILLEM DE CASTRO

IMITÉS PAR CORNEILLE ET SIGNALÉS PAR LUI[553].

De mis hazañas escritas Vers 185.

daré al Príncipe un traslado,

y aprenderá en lo que hice,

si no aprende en lo que hago.

_Var._ Podrá para dalle exemplo 203.

como yo mil veces hago...?

Rapprochement tronqué. Le passage est cité plus complet dans la

deuxième section de cet _Appendice_, p. 209.

Yo lo merezco.... 223.

tambien como tú y mejor.

Llamadle, llamad al Conde, 251.

que venga á exercer el cargo

de Ayo de vuestro hijo,

que podrá mas bien honrallo,

pues que yo sin honra quedo...

Ese sentimiento adoro, 262.

esa cólera me agrada,

esa sangre alborotada

.....................

.....................

es la que me dió Castilla,

y la que te dí heredada.

Esta mancha de mi honor 267.

que al tuyo se extiende, lava

con sangre, que sangre sola

quita semejantes manchas.

Cette phrase était transcrite avec quelques inexactitudes, qu'il est

plus court de rectifier que de détailler. Dans les _Observations_ de

Scudéry on trouve le texte suivant:

Lava, lava con sangre,

porque el honor que se lava

con sangre se ha de lavar;

Mais ce n'est là bien probablement qu'un arrangement banal fait de

mémoire sans se soucier du texte.

Poderoso es el contrario. 276.

Aqui ofensa y allí espada, 286.

no tengo mas que decirte.

Y voy a llorar afrentas 289.

mientras tú tomas venganzas.

Mi padre el ofendido! estraña pena! 298.

y el ofensor el padre de Ximena!

Fin de phrase qui ne donne pas la construction du texte.

Yo he de matar al padre de Ximena. 310.

Que mi sangre saldrá limpia. 344.

Citation estropiée par Scudéry; voyez la deuxième section de

l'_Appendice_, p. 221.

Haviendo sido 348.

mi padre el ofendido,

poco importa que fuese (amarga pena!)

el ofensor el padre de Ximena.

Corneille, en citant ceci, omet à tort la parenthèse _amarga pena_!

dont il s'est inspiré.

Confieso que fué locura, 351.

mas no la quiero enmendar.

Y con ella has de querer 373.

perderte?

Le pronom _ella_ représente _condicion de honrado_ du vers précédent.

C'est ce titre qui défend à don Gormas de réparer le tort qu'il a

commis.

Que los hombres como yo 376.

tienen mucho que perder.

Y ha de perderse Castilla 378.

antes que yo.

Aquel viejo que esta allí[554], 398.

sabes quien es?

Habla baxo, escucha. 398.

No sabes que fué despojos 399.

de honra y valor?

Corneille a lu _despojo_ dans une édition fautive.

Sí seria, 401.

Y que es sangre suya 401.

la que yo tengo en el ojo?

Sabes!

Il faut lire d'après une meilleure édition:

Y que es sangre suya y mia

la que yo tengo en los ojos,

sabes?

Y el sabello 402.

qué ha de importar?

Si vamos á otro lugar 403.

sabrás lo mucho que importa.

Depuis le vers 398, des numéros trop multipliés dans les renvois de

Corneille séparent souvent ce qui se suit dans le texte. Scudéry avait

donné sans interruption tout ce dialogue en remontant un peu plus haut

que Corneille:

Conde.--Quien es?--A esta parte

quiero decirte quien soy.

--Que me quieres?--Quiero hablarte.

--Aquel viejo que está á parte [_lisez_ está allí],

sabes quien es?--Ya lo sé.

Por qué lo dices?--Por qué?

Habla baxo, escucha.--Dí.

--No sabes..., etc.

Como la ofensa sabía, 634.

luego caí en la venganza.

Justicia, justicia pido. 647.

Rey, á tus pies he llegado. 648.

Rey, á tus pies he venido. 648.

Señor, á mi padre han muerto. 652.

Scudéry avait indiqué une autre source au vers:

«Il a tué mon père.--Il a vengé le sien.»

Señor, mi padre he perdido.

--Señor, mi honor he cobrado.

Havrá en los Reyes justicia. 653.

Justa venganza he tomado. 654.

Yo ví con mis proprios ojos 659.

teñido el luciente acero.

Yo llegué casi sin vida. 667.

Escrivió en este papel 676.

con sangre mi obligacion.

Me habló 678.

con la boca de la herida.

Si la venganza me tocó, 719.

y te toca la justicia,

hazla en mí, Rey soberano.

Castigar en la cabeza 722.

los delitos de la mano.

Y solo fué mano mia 724.

Rodrigo.

Con mi cabeza cortada 729.

quede Ximena contenta.

Sosiégate, Ximena. 739.

Mi llanto crece. 740.

Que has hecho, Rodrigo? 741.

No mataste al Conde? 746.

Importábale á mi honor. 747.

Pues, señor, 748.

quando fué la casa del muerto

sagrado del matador?

.... Yo busco la muerte, 752.

en su casa.

Y por ser justo, 754.

vengo á morir en sus manos,

pues estoy muerto en su gusto.

[Ximena] está 765.

cerca Palacio, y vendrá

acompañada.

Ella vendrá, ya viene. 771.

La mitad de mi vida 800.

ha muerto la otra mitad.

[Y] al vengar 801.

de mi vida la una parte,

sin las dos he de quedar.

Descansad. 803.

Qué consuelo he de tomar? 805.

Siempre quieres á Rodrigo? 809.

Que mató á tu padre mira.

Es mi adorado enemigo. 810.

Piensas perseguille? 825.

Pues como harás? 846.

Seguiréle hasta vengarme, 848.

y habré de matar muriendo.

Corneille a interverti l'ordre de ces vers, dont le second doit être

le premier, comme fin d'une phrase antérieure.

Mejor es que mi amor firme 849.

con rendirme,

te dé el gusto de matarme

sin la pena de seguirme.

.... Rodrigo, Rodrigo, 852.

en mi casa!

--Escucha.

--Muero.

--Solo quiero

que en oyendo lo que digo

respondas con este acero.

Tu padre el Conde Lozano 873.

........................

puso en las canas del mio

la atrevida injusta mano.

Y aunque me ví sin honor, 879.

se malogró mi esperanza,

en tal mudanza,

con tal fuerza que tu amor

puso en duda mi venganza.

Scudéry ajoute ici quatre vers qui relient la citation précédente à

celle qui correspond aux vers 886 et suivants du texte français:

Mas en tan gran desventura,

lucharon á mi despecho,

contrapuestos en mi pecho,

mi afrenta con tu hermosura.

Y tú, señora, vencieras, 886.

á no haver imaginado

que afrentado,

por infame aborrecieras

quien quisiste por honrado.

Cobré mi perdido honor, 897.

mas luego á tu amor rendido

he venido,

porque no llames rigor 900.

lo que obligacion ha sido

Haz con brio 903.

la venganza de tu padre,

como la hice del mio.

No te doy la culpa á ti 908.

de que desdichada soy.

Que en dar venganza á tu afrenta 911.

como caballero hiciste.

Le premier vers n'est pas indiqué par Corneille, mais il est donné par

Scudéry.

Mas soy parte, 940.

para solo perseguirte,

pero no para matarte.

Considera 961.

que el dexarme es la venganza,

que el matarme no lo fuera.

Me aborreces? 963.

--No es posible.

Disculpará mi decoro 970.

con quien piensa que te adoro

el saber que te persigo.

Vete, y mira á la salida 975.

no te vean....

.... si es razon 976.

no quitarme la opinion

quien me ha quitado la vida.

Corneille a omis ce dernier vers, qu'il faut nécessairement ajouter à

la citation, car il contient le sujet du verbe _quitarme_.

Mátame. 980.

Déxame. 980.

Pues tu rigor qué hacer quiere? 980.

Por mi honor, aunque muger, 981.

he de hacer

contra ti quanto pudiere,

deseando no poder.

Ay, Rodrigo, quien pensara.... 987.

Ay, Ximena, quien dixera.... 987.

Que mi dicha se acabara! 988.

Quédate, iréme muriendo. 993.

Vete, y mira á la salida 997.

no te vean.

Ce dernier rapprochement n'est pas de Corneille, mais de Scudéry.

Es posible que me hallo.... 1025.

entre tus brazos?

Hijo, aliento tomo 1027.

para en tus alabanzas empleallo.

Bravamente provaste, bien lo hiciste, 1028.

bien mis pasados brios imitaste.

Le premier de ces vers n'est donné que par Scudéry.

Toca las blancas canas que me honraste. 1036.

Llega la tierna boca á la mexilla 1037.

donde la mancha de mi honor quitaste.

Alza la cabeza, 1039.

á quien como la causa se atribuia

si hay en mí algun valor, y fortaleza.

Entendez _á quien_ comme s'il y avait _tú á quien_. Le vers précédent,

que nous complétons,

_Dame la mano, y alza la cabeza...._

tient à un assez beau mouvement de scène, qui n'est que dans

l'espagnol. Le père s'est dit fier de _s'incliner_ devant la gloire de

son fils: le fils lui répond de _relever la tête_, en même temps qu'il

lui demande sa main à baiser, en fléchissant le genou selon l'usage.

Don Diègue réplique par ce vers, que Corneille a omis, mais qui est

indispensable pour entendre _suya_ de la phrase suivante:

_Con mas razon besara yo la tuya._

Si yo te dí el ser naturalmente, 1054.

tú me le has vuelto á pura fuerza suya.

Con quinientos hidalgos deudos mios 1085.

sal en campaña á exercitar tus brios.

No dirán que la mano te ha servido 1092.

para vengar agravios solamente.

REY DE CASTILLA. (_Inexact; c'est le jeune Prince 1222.

qui fait cette remarque._)

El mio Cid le ha llamado.

REY MORO.

En mi lengua es mi Señor.

REY DE CASTILLA.

Ese nombre le está bien.

REY MORO.

Entre Moros le ha tenido.

REY DE CASTILLA.

Pues allá le ha merecido,

en mis tierras se le den.

Llamalle el Cid es razon. 1225.

En premio destas victorias 1334.

ha de llevarse este abrazo.

Tanto atribula un placer, 1350.

como congoxa un pesar.

Son tus ojos sus espias, 1378.

tu retrete su sagrado,

tu favor sus alas libres.

Si he guardado á Rodrigo, 1392.

quizá para vos le guardo.

Conténtese en mi hacienda, 1738.

que mi persona, Señor,

llevaréla á un monasterio.

Ces deux derniers vers sont séparés dans le texte par celui-ci:

si no es que el Cielo la lleva,

vers qui n'est pas à dédaigner, et qui répond assez à ces mots:

_jusqu'au dernier soupir_.

NOTES:

Œuvres de P. Corneille, Tome 03 · 第 14 / 38 段