Nous avons promené l'autre jour nos lecteurs parmi les salons du palais
de l'Elysée. Nous avions passé, sans nous y arrêter, devant une étroite
antichambre, presque obscure, tout près de laquelle aboutit l'escalier
privé des appartements du président de la République. On n'a pas parlé
depuis bien longtemps de ce coin de l'Elysée. C'est là que se trouve la
chapelle, salle basse à laquelle on accède par quelques degrés. Depuis
la séparation des Eglises et de l'État, cette chapelle est inutilisée,
mais elle a été laissée intacte. Naguère, jusque sous la présidence de
M. Émile Loubet, un prêtre y venait dire la messe plusieurs fois dans
l'année, et la petite chapelle était alors remplie d'assistants. De
vieux serviteurs ont gardé le souvenir des fastueuses cérémonies qui se
déroulaient sous ses voûtes, telles que la remise, par le nonce, de la
barrette pourpre aux nouveaux cardinaux. Dans sa robe éclatante, le
prélat qui, devant l'autel, venait ainsi d'être investi de nouvelles
grandeurs, quittait la chapelle et parcourait plusieurs salons aux côtés
du président de la République. Des officiers français et des Gardes
nobles, venus de Rome tout exprès, leur faisaient cortège. Les personnes
qui ont été témoins de ces pompes ne les évoquent qu'avec admiration.
LA PORTÉE DES ONDES HERTZIENNES COMPARÉE À CELLES DU SON ET DE LA
LUMIÈRE.
On peut communiquer à travers l'atmosphère par les ondes sonores, les
ondes lumineuses ou les ondes hertziennes. Or, la télégraphie sans fil
atteint aujourd'hui des portées de plusieurs milliers de kilomètres, qui
dépassent de beaucoup la portée de la télégraphie optique ou des signaux
sonores. On peut donc se demander si la supériorité de la télégraphie
sans fil ne tient pas, en majeure partie, à ce que les postes hertziens
disposent d'une puissance mécanique beaucoup plus considérable que celle
utilisée pour la télégraphie optique ou acoustique.
Un ingénieur anglais, M. Duddell, a essayé de résoudre la question, en
prenant pour base de ses calculs une portée de 100 milles anglais, soit
160 kilomètres.
Pour franchir cette distance par ondes électriques, l'antenne doit
rayonner environ 300 watts.
D'autre part, les expériences récentes de M. Paterson permettent
d'admettre qu'une source lumineuse ayant une intensité de l/10e de
bougie, est visible jusqu'à 1 kilomètre. Il en résulterait que, pour
rester visible à 160 kilomètres, la source lumineuse devrait avoir une
intensité de 2.560 bougies. En tenant compte de la perte de rendement,
il faudrait, pour obtenir une telle lumière, une force d'environ 250
watts.
Enfin, en appliquant les lois physiques connues, on trouve qu'une
puissance mécanique de 143 watts peut produire un signal sonore
perceptible à 160 kilomètres.
Ces trois chiffres, 300, 250, 143 watts présentent des écarts sensibles;
on peut dire cependant qu'ils sont du même ordre de grandeur.
Il semblerait donc que notre oreille, notre oeil et le récepteur
radiotélégraphique possèdent approximativement la même sensibilité et
sont, à une distance donnée, impressionnés par des puissances variant au
maximum du simple au double.
Mais cet équilibre ne se manifeste plus dans la pratique, parce que
l'atmosphère ne véhicule point avec la même perfection les ondes de
divers genres.
Les ondes hertziennes, constituées par d'immenses vagues, contournent
les obstacles et sont peu absorbées par l'air et par ses poussières. Au
contraire, les ondes sonores et les ondes lumineuses sont très courtes;
un obstacle faible les arrête et les brumes les absorbent. En outre,
elles sont incapables de contourner la courbure de la terre, qui cesse
d'être négligeable quand il s'agit de franchir des centaines de
kilomètres.