Des fêtes pittoresques ont eu lieu dimanche et lundi derniers à Arles,
en Provence. Près de quatre cents jeunes filles du territoire, ayant
nouvellement revêtu le costume local qu'elles s'engagent à conserver,
sont venues recevoir, des mains de Frédéric Mistral, le diplôme
attestant cette solennelle «prise de coiffe».
Le grand poète de Maillane est l'initiateur de cette consécration dont
l'origine remonte à 1903. A cette époque, une vingtaine de jeunes
Arlésiennes seulement se rendirent, dans une salle du _Museon Arlaten_,
à l'appel des organisateurs: la _Festo Vierginenco_, la Fête Virginale,
était fondée. L'année suivante, le lundi de Pâques, pour la première
fois, elle fut rendue publique et célébrée avec éclat.
Mistral y parla devant un grand concours de peuple, et son allocution,
évoquant le passé glorieux de la race, rendit hommage à la beauté de ses
femmes. _L'Illustration_ (9 avril 1904) consacra une page entière à
cette intéressante manifestation régionale qui, depuis, n'avait plus été
renouvelée, dans Arles du moins.
Cette année, par les soins du Syndicat d'initiative local, dont le
président, le docteur Urpar, a déployé la plus intelligente
persévérance, la cérémonie s'est déroulée dans l'imposant décor du
Théâtre Antique, et elle a été précédée et suivie de divertissements
empruntés aux vieilles coutumes du pays d'Arles.
Le dimanche, après les aubades des tambourinaires, les jeunes filles,
ayant défilé une à une devant Mistral au Théâtre Antique, se rendirent,
escortées d'une foule enthousiaste, aux arènes. On y vit les taureaux du
Pouly combattus à la mode provençale, les farandoleurs exécuter les
danses traditionnelles, les _gardian_ se défier au tournoi des écharpes
et au jeu des aiguillettes. Puis le soir, dans le Théâtre Antique
encore, impressionnant sous les clartés lunaires, une représentation
d'opéra réunit un auditoire innombrable; et les fêtes se terminèrent le
lendemain, aux plaines de Meyran, en Camargue, par une
_ferrade_--émouvant spectacle dont, au cours d'une récente excursion aux
Saintes-Maries-de-la-Mer, les invités des _Annales_ ont connu le
frisson--cavaliers et piétons, aux prises avec le jeune taureau qu'il
faut parvenir à terrasser, y rivalisèrent de courage et d'audace, pour
gagner un sourire de celles en l'honneur desquelles la fête était
donnée.
[Illustration: Fêtes arlésiennes: la _ferrade_, dans l'arène improvisée
des plaines de Meyran, en Camargue. _Photographies Chusseau-Flaviens._]