A CONSTANTINOPLE

Pas un instant la tranquillité de Constantinople n'aura été troublée

après l'assassinat de Mahmoud Chefket pacha et deux jours à peine auront

suffi pour arrêter ses meurtriers. Tout l'honneur en revient à l'énergie

du gouverneur militaire Djemal bey et du préfet de police Azmi bey.

La recherche des assassins a donné lieu à un épisode émouvant. Ceux-ci

s'étaient réfugiés à Péra dans un immeuble de la rue Piré Mehmed où la

police les découvrit. Ils s'y défendirent avec acharnement durant trois

heures.

Agents et pompiers occupaient les alentours de la maison, le doigt sur

la gâchette de leur fusil. Dès le début de l'affaire, un officier, Hilmi

bey, fut blessé mortellement. La police avait pénétré dans la maison

sise en face de l'immeuble assiégé. Assassins et agents échangeaient de

là coups de fusil et coups de revolver. Cependant d'autres policiers,

avec le préfet à leur tête, entraient dans une maison mitoyenne de celle

occupée par les meurtriers, faisaient sauter les cloisons et

s'emparaient de trois hommes, le capitaine Kiazim, le lieutenant Ali bey

et un certain Chefky qu'une automobile emportait aussitôt à la prison de

la cour martiale.

Les funérailles du grand vizir se sont faites avec pompe. Les fils du

sultan suivaient le corps qui, les prières faites à Sainte-Sophie, fut

transporté sur la colline de la Liberté pour y être inhumé parmi les

soldats morts à la bataille de Constantinople (24 avril 1909) que

commandait Mahmoud Chefket pacha.

Un grand ministère s'est aussitôt constitué. Nous y voyons figurer les

noms que les récents événements de Turquie ont rendu les plus célèbres:

Izzet pacha, Mahmoud pacha, Talaat bey. La tâche est énorme, souhaitons

qu'ils y suffisent, selon la formule turque, «avec l'aide et la

miséricorde de Dieu».

[Illustration: Tckuruk Soulou Mahmoud, ministre de la Marine.

Hadji Adil, ministre de l'Intérieur. Saïd Halim, grand vizir.

Zia effendi. Hilmi effendi, fils du sultan.

Le nouveau grand vizir aux obsèques du grand vizir assassiné.--_Phot.

Taïb Kope._]

[Illustration: Au Théâtre Antique: les jeunes Arlésiennes, revêtues du

costume local, défilent devant Mistral et le saluent.]

L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913 · 第 24 / 51 题