Comme j'ouvrais ma fenêtre ce matin, un bouquet adroitement lancé
tomba à mes pieds.--Remerciez-moi, dit Francis quand nous nous
rencontrâmes.--Je remerciai, mais avec des restrictions sur la
manière d'offrir les fleurs. Il m'écouta avec ce sourire qui éclaire
son visage--et mon coeur aussi.
--Si vous saviez, me dit-il, depuis combien de temps j'attendais pour
vous l'offrir!
Et il chanta à demi-voix:
À l'heure où s'éveille la rose,
Ne dois-tu pas te réveiller?
J'ai porté son bouquet à l'église. Je veux qu'il se fane devant le
saint sacrement, et quand il sera flétri, j'irai le reprendre pour le
conserver toujours. Seigneur Jésus, vous êtes au milieu de nous et il
ne vous connaît pas. Il ne croit pas au mystère de votre amour. Mais
vous pouvez lui ouvrir les yeux de l'âme, et le faire tomber croyant
et ravi à vos pieds.
Aujourd'hui, je suis allée voir une jeune fille morte la nuit
dernière. J'avais besoin de me pénétrer de quelque grave pensée, car
j'étais comme enivrée de mon bonheur. Je restai longtemps à côté du
lit où la pauvre enfant était couchée dans cette attitude effrayante
qui n'appartient qu'à la mort. La croix noire tranchait lugubrement
sur la blancheur du drap qui la couvrait. Je soulevai le linceul et
regardai longtemps. Ah! Francis, serait-il possible de ne nous aimer
que pour cette vie qui passe?
Tout passe et nous passerons comme tout le reste, mais je veux que
celui de nous qui survivra à l'autre puisse dire ce qu'Alexandrine de
la Ferronnays écrivait après la mort d'Albert: "Ô mon Dieu,
souvenez-vous que pas une parole de tendresse n'a été échangée entre
nous, sans que votre nom ait été prononcé et votre bénédiction
implorée."