21 août.

Comme j'ouvrais ma fenêtre ce matin, un bouquet adroitement lancé

tomba à mes pieds.--Remerciez-moi, dit Francis quand nous nous

rencontrâmes.--Je remerciai, mais avec des restrictions sur la

manière d'offrir les fleurs. Il m'écouta avec ce sourire qui éclaire

son visage--et mon coeur aussi.

--Si vous saviez, me dit-il, depuis combien de temps j'attendais pour

vous l'offrir!

Et il chanta à demi-voix:

À l'heure où s'éveille la rose,

Ne dois-tu pas te réveiller?

J'ai porté son bouquet à l'église. Je veux qu'il se fane devant le

saint sacrement, et quand il sera flétri, j'irai le reprendre pour le

conserver toujours. Seigneur Jésus, vous êtes au milieu de nous et il

ne vous connaît pas. Il ne croit pas au mystère de votre amour. Mais

vous pouvez lui ouvrir les yeux de l'âme, et le faire tomber croyant

et ravi à vos pieds.

Aujourd'hui, je suis allée voir une jeune fille morte la nuit

dernière. J'avais besoin de me pénétrer de quelque grave pensée, car

j'étais comme enivrée de mon bonheur. Je restai longtemps à côté du

lit où la pauvre enfant était couchée dans cette attitude effrayante

qui n'appartient qu'à la mort. La croix noire tranchait lugubrement

sur la blancheur du drap qui la couvrait. Je soulevai le linceul et

regardai longtemps. Ah! Francis, serait-il possible de ne nous aimer

que pour cette vie qui passe?

Tout passe et nous passerons comme tout le reste, mais je veux que

celui de nous qui survivra à l'autre puisse dire ce qu'Alexandrine de

la Ferronnays écrivait après la mort d'Albert: "Ô mon Dieu,

souvenez-vous que pas une parole de tendresse n'a été échangée entre

nous, sans que votre nom ait été prononcé et votre bénédiction

implorée."

Un amour vrai · 第 11 / 14 题