Je me sens souvent inquiète et troublée. Où est le calme, la sereine
insouciance de ma jeunesse? Je suis bien différente de moi-même, de
ce pauvre moi que je croyais connaître. J'aurais besoin de solitude.
La vie d'hôtel m'ennuie. Il y a de l'autre côté de la baie, au bas du
Cap-à-l'Aigle, une maison dont la situation isolée me plairait
beaucoup. Là rien ne me distrairait de la vue et du bruit de la
mer.
"Plein de monstres et de trésors, toujours amer quoique limpide,
jamais si calme qu'un souffle soudain ne le puisse troubler
effroyablement; est-ce l'océan ou le coeur de l'homme?
"Riche et immense, et voulant toujours s'enrichir et s'agrandir,
toujours prompt à franchir ses limites, toujours contraint d'y
rentrer, emprisonné par des grains de sable: est-ce le coeur de
l'homme ou l'océan?
"Océan! coeur de l'homme! quand vous avez bien mugi, bien déchiré les
rivages, vous emportez pour butin quelques stériles débris qui se
perdent dans vos abîmes!"