Pendant qu'il donnait à ses soldats le temps de se reposer, il
s'occupait lui-même des moyens de terminer la guerre. Une expédition
si longue et si pénible lui avait appris, qu'il était impossible de
réduire à force ouverte un ennemi accoutumé à la faim, à la soif,
aux ardeurs de ces sables brûlants, courant sans cesse et échappant
à toutes les poursuites. Il ne trouvait d'autre expédient que de lui
enlever toutes ses ressources, en détachant de son parti les peuples
de ces contrées[1075]. Dans ce dessein, avant que de se remettre en
marche, il envoya de toutes parts des hommes adroits et intelligents,
qui, par argent, par menaces, par promesses, vinrent à bout de gagner
la plupart des Barbares. Firmus était toujours en course: mais les
négociations secrètes de Théodose, et la défiance que lui inspirait
l'infidélité naturelle de ses alliés, lui causaient de mortelles
inquiétudes. Aussitôt qu'il apprit que le général romain approchait,
il se crut trahi par les siens; et s'étant évadé pendant la nuit, il
prit la fuite vers des montagnes éloignées et inaccessibles[1076]. La
plupart de ses troupes, abandonnées de leur chef, se débandèrent. Les
Romains, trouvant le camp presque désert, le pillèrent, tuèrent ceux
qui y étaient restés, et marchèrent à la poursuite de Firmus, recevant
à composition les Barbares dont ils traversaient le pays. Théodose y
laissait des commandants[1077], dont la fidélité lui était connue.
Le rebelle, qui n'était accompagné que d'un petit nombre d'esclaves,
se voyant poursuivi avec tant d'opiniâtreté, jeta ses bagages et ses
provisions pour fuir avec plus de vitesse[1078]. Ce fut un soulagement
pour l'armée de Théodose qui manquait de subsistances. Il fit
rafraîchir ses soldats, auxquels il distribua l'argent et les vivres,
et défit sans peine un corps de montagnards[1079],qui s'étaient avancés
à sa rencontre jusque dans la plaine[1080].
[Note 1075: Ammien Marcellin donne les noms, l. 29, c. 5, de plusieurs
de ces tribus barbares. Ils ne se rencontrent point ailleurs. _Mittebat
ad gentes circumsitas; Bajuras, Cantaurianos, Avastomates, Cafaves,
Davaresque et finitimos alios._ Les _Baiuræ_ sont probablement les
_Baniuri_, Βανίουροι, de Ptolémée, l. 4, c. 1, et de Pline, liv. 5, c.
2. On les retrouve aussi dans Silius Italicus, l. 3, v. 303. Pour les
_Cantauriani_, ce sont les _Banturari_, Βαντουράροι de Ptolémée.--S.-M.]
[Note 1076: Ces montagnes sont appelées _Caprarienses_ par Ammien
Marcellin, l. 29, c. 5. _Caprarienses montes longe remotos
penetravit._--S.-M.]
[Note 1077: Ce n'étaient pas des commandants militaires choisis dans
ses troupes, mais des chefs (_præfecti_) tirés de ces nations et tels
que ceux dont parle St. Augustin. Voy. ci-devant, p. 473, note 1.
_Gentibus per quas transibat dux consultissimus adposuit fidei compertæ
præfectos._ Amm. Marc. l. 29, c. 5.--S.-M.]
[Note 1078: Il paraît même, d'après ce que dit Ammien Marcellin, qu'il
abandonna sa femme.--S.-M.]
[Note 1079: Ces Barbares étaient les Caprariens et les Abanniens
leurs voisins. _Caprariensibus Abannisque eorum vicinis prælio levi
sublatis._ Amm. Marc. l. 29, c. 5. Il est question des Abanniens dans
quelques autres auteurs, qui les nomment _Abennæ_, mais sans indiquer
la situation de leur pays.--S.-M.]
[Note 1080: Ammien Marcellin rapportait, l. 29, c. 5, que Théodose
s'était avancé jusqu'à une ville municipale de ces régions; mais il se
trouve dans son texte une lacune qui a fait disparaître le nom de cette
ville. _Ad municipium properavit_.....--S.-M.]
[Note latérale: LX.