--[Les troupes envoyées en Arménie par Valens, sous les ordres
d'Arinthée, n'avaient pas seulement assuré la délivrance complète de
ce royaume; elles s'étaient encore portées dans l'Ibérie, tandis que
d'autres corps s'avançaient vers l'Albanie et pénétraient jusqu'au
mont Caucase[932]. L'accroissement et les progrès des armées romaines,
laissèrent le connétable Mouschegh libre d'employer les forces du
royaume, pour faire rentrer dans le devoir tous les dynastes et les
seigneurs dont la défection criminelle avait amené et prolongé les
malheurs de l'Arménie. Pendant que Valens occupait Sapor sur les
bords du Tigre et de l'Euphrate, le connétable soumettait les cantons
de l'Atropatène[933], de la Médie[934], de la Cordouène[935], et de
Norschiragan[936], ainsi que les peuplades du mont Tmoris[937],
qui s'étaient soustraites à l'obéissance du roi d'Arménie; il en
exigeait de forts tributs et des otages, destinés à garantir leur
soumission future. Il attaqua ensuite la Caspiène[938] et les cantons
arrosés par le Cyrus, et limitrophes de l'Albanie; les dynastes de
l'Otène[939], d'Artsakh[940], de Gardman[941], de la Sacassène[942],
furent défaits et contraints de livrer également des otages. La ville
de Phaïdakaran[943], signalée par plus de haine dans sa révolte contre
le roi d'Arménie, fut traitée avec plus de rigueur. Le connétable
passa de là dans l'Ibérie, et ce pays éprouva tout le poids de sa
colère. Le seigneur de la Gogarène[944], commandant héréditaire de la
frontière septentrionale de l'Arménie, fut décapité, sa femme et ses
enfants emmenés captifs; tous ceux qui avaient partagé sa trahison
éprouvèrent un traitement pareil; le pays fut mis à feu et à sang.
Tous les individus de la race de Pharnabaze[945], qui tombèrent
entre les mains de Mouschegh, furent mis en croix, et, non moins
cruel que les Perses, c'est par des dévastations sans nombre qu'il
marqua partout son passage. Tel était l'usage alors. La victoire
ou la défaite devenaient assez indifférentes à des peuples, qui,
quelles que fussent les décisions de la fortune, avaient toujours
les mêmes maux à attendre. Le connétable termina son expédition, qui
embrassa presque toute la circonférence du royaume, par les provinces
situées du côté du sud-ouest, sur les frontières de la Mésopotamie.
Il entra successivement dans l'Arzanène, la Sophène, l'Anzitène et
l'Ingilène[946], où il commit les mêmes ravages; la dernière ne put
être protégée par le droit d'asyle[947] dont elle jouissait, tout y fut
réduit en servitude. Ces actes d'une justice, peut-être un peu trop
sévère, augmentèrent beaucoup le nombre déja très-considérable des
ennemis du connétable: ils contribuèrent à accroître les jalousies et
les haines qui divisaient depuis si long-temps la noblesse arménienne.
Le roi était trop faible d'âge et de caractère pour faire cesser les
troubles et les intrigues qui, en divisant sa cour et en l'éloignant de
son connétable, menaçaient de replonger l'état dans les malheurs dont
il était à peine délivré.]--S.-M.
[Note 932: Καὶ οἱ μὲν στρατηγοὶ οὕτω χωρὶς περιστάντες · ὁ μὲν, τοῦ
Καυκάσου ἀποπειρᾶται ὁ δὲ Ἀλβανῶν, καὶ Ἰβήρων · ὁ δὲ ἀνασωζεται
Ἀρμενίους. Themist. or. 11, p. 149.--S.-M.]
[Note 933: Voy. t. 1, p. 408, not. 3, liv. VI, § 14, et ci-devant p.
278, not. 1, liv. XVII, § 5.--S.-M.]
[Note 934: La Médie portait en arménien le nom de _Marastan_, et les
Mèdes celui de _Mar_ ou _Mark_. Cette dénomination s'appliquait à
toutes les régions montagneuses situées au sud-est de l'Arménie et même
à l'Atropatène.--S.-M.]
[Note 935: Voyez t. 2, p. 284, not. 2, liv. X, § 55.--S.-M.]
[Note 936: Pays sur les bords du Tigre limitrophe de l'Assyrie,
au sujet duquel il faut voir ci-dev. p. 287, not. 1; liv. XVII, §
8.--S.-M.]
[Note 937: Cette montagne était située dans la Gordyène ou Cordouène.
Elle communiquait même son nom à une grande partie de cette province.
On y trouvait une forteresse du même nom qui est souvent mentionnée
dans les anciens auteurs arméniens et qui était réputée imprenable.
Voyez à ce sujet mes _Mémoires historiques et géographiques sur
l'Arménie_, t. 1, p. 177.--S.-M.]
[Note 938: Voyez, au sujet de ce canton, ce que j'ai dit ci-dev. p.
286, not. 2, liv. XVII, § 8.--S.-M.]
[Note 939: L'Otène, appelée _Oudi_ par les Arméniens, formait une
des quinze grandes divisions de l'Arménie, du temps des Arsacides.
Elle était à l'extrémité septentrionale du royaume et limitrophe
de l'Ibérie. Voy. mes _Mémoires historiques et géographiques sur
l'Arménie_, t. 1, p. 86-91.--S.-M.]
[Note 940: Voyez ci-dev. p. 287, not. 6, liv. XVII, § 8.--S.-M.]
[Note 941: Voyez ci-dev. p. 287, not. 5, liv. XVII, § 8.--S.-M.]
[Note 942: Ce pays, mentionné par Strabon seul, l. 11, p. 528, était
appelé _Schikaschen_ par les anciens Arméniens; il paraît avoir
répondu à une partie considérable de la grande province de Siounie,
située entre le Cyrus et l'Araxes. Voyez ce que j'en ai dit dans mes
_Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie_, t. 1, p. 142 et
143.--S.-M.]
[Note 943: Cette ville, actuellement ruinée et autrefois capitale d'une
province du même nom, était située entre le Cyrus et l'Araxes, non
loin du confluent des deux fleuves. Dans le moyen âge elle fut appelée
_Baïlakan_, comme on l'apprend des auteurs arabes. Voyez à son sujet
mes _Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie_, t. 1, p.
154.--S.-M.]
[Note 944: Voy. ci-dev. p. 287, not. 3 et 4, liv. XVII, § 8.--S.-M.]
[Note 945: Cette famille descendait d'un certain Pharnabaze, qui fut le
premier roi de l'Ibérie. Il se déclara indépendant des Séleucides à la
fin du troisième siècle avant notre ère, du temps d'Antiochus le Grand,
roi de Syrie. J'ai donné de grands détails sur ce personnage, resté
jusqu'à présent inconnu à l'histoire, dans mes _Mémoires historiques et
géographiques sur l'Arménie_, t. 2, p. 195-200. Ces renseignements sont
tirés des Chroniques géorgiennes.--S.-M.]
[Note 946: Au sujet de ces provinces dont il a déja été souvent
question dans cet ouvrage, voyez mes _Mémoires historiques et
géographiques sur l'Arménie_, t. 1, p. 91, 92, 93, 97 et 156.--S.-M.]
[Note 947: Ces lieux d'asyles étaient nombreux en Arménie, où ils
étaient désignés, par le nom d'_Osdan_.--S.-M.]
[Note latérale: AN 373.