Valens n'attendit pas si long-temps. Il eut encore assez de troupes
pour former une troisième armée, à la tête de laquelle il marcha
lui-même vers la Mésopotamie, à dessein de braver le roi de Perse.
Ayant passé l'Euphrate, il prit sa route par Édesse, d'où il avait
chassé l'évêque Barsès[928] pour y établir un Arien. A son arrivée,
il trouva tout le peuple catholique assemblé dans une plaine hors de
la ville, parce que les églises étaient au pouvoir des hérétiques. Il
s'emporta contre le préfet Modestus jusqu'à le frapper, lui reprochant
de négliger l'exécution de ses ordres. Il lui commanda de dissiper
ces séditieux à coups d'épée, s'ils étaient désormais assez hardis
pour s'assembler. Modestus devenu, depuis sa guérison, moins vif pour
les intérêts de l'Arianisme, fit secrètement avertir les catholiques;
il voulait les sauver du massacre dont ils étaient menacés. Dès
le lendemain tous accoururent au même lieu avec plus d'ardeur que
jamais. Le préfet dans la triste alternative ou de répandre du sang,
ou de s'attirer la disgrace du prince, prit le parti d'obéir et de se
transporter dans la plaine. En y allant, il aperçut une femme dont les
cheveux et les vêtements en désordre montraient assez son empressement:
elle traînait un enfant par la main, et se faisait passage à travers
les soldats dont le préfet était accompagné. Modestus l'ayant fait
arrêter pour lui demander où elle courait avec tant de hâte, elle
répondit qu'elle craignait d'arriver trop tard à l'assemblée des
fidèles, _où_ _nous allons_, dit-elle, _recevoir le martyre_. _Et
pourquoi_, lui dit le préfet, _menez-vous cet enfant?_ _C'est mon
fils_, repartit-elle, _je veux qu'il soit couronné avec nous_. Modestus
retourna aussitôt rendre compte à l'empereur de la résolution des
catholiques; et Valens convaincu que la violence tournerait à sa honte
et à leur gloire, révoqua ses ordres et sortit d'Edesse.
[Note 928: Cet évêque, nommé _Barsa_ par les auteurs syriens, passa
du siége de Harran à celui d'Édesse en l'an 361, et il mourut en exil
dans la Thébaïde, au mois de mars 378. Il eut pour successeur S.
Eulogius.--S.-M.]
[Note latérale: XXXV.
Il traverse la Mésopotamie.