Soz. l. 6, c. 18.]

Valens n'attendit pas si long-temps. Il eut encore assez de troupes

pour former une troisième armée, à la tête de laquelle il marcha

lui-même vers la Mésopotamie, à dessein de braver le roi de Perse.

Ayant passé l'Euphrate, il prit sa route par Édesse, d'où il avait

chassé l'évêque Barsès[928] pour y établir un Arien. A son arrivée,

il trouva tout le peuple catholique assemblé dans une plaine hors de

la ville, parce que les églises étaient au pouvoir des hérétiques. Il

s'emporta contre le préfet Modestus jusqu'à le frapper, lui reprochant

de négliger l'exécution de ses ordres. Il lui commanda de dissiper

ces séditieux à coups d'épée, s'ils étaient désormais assez hardis

pour s'assembler. Modestus devenu, depuis sa guérison, moins vif pour

les intérêts de l'Arianisme, fit secrètement avertir les catholiques;

il voulait les sauver du massacre dont ils étaient menacés. Dès

le lendemain tous accoururent au même lieu avec plus d'ardeur que

jamais. Le préfet dans la triste alternative ou de répandre du sang,

ou de s'attirer la disgrace du prince, prit le parti d'obéir et de se

transporter dans la plaine. En y allant, il aperçut une femme dont les

cheveux et les vêtements en désordre montraient assez son empressement:

elle traînait un enfant par la main, et se faisait passage à travers

les soldats dont le préfet était accompagné. Modestus l'ayant fait

arrêter pour lui demander où elle courait avec tant de hâte, elle

répondit qu'elle craignait d'arriver trop tard à l'assemblée des

fidèles, _où_ _nous allons_, dit-elle, _recevoir le martyre_. _Et

pourquoi_, lui dit le préfet, _menez-vous cet enfant?_ _C'est mon

fils_, repartit-elle, _je veux qu'il soit couronné avec nous_. Modestus

retourna aussitôt rendre compte à l'empereur de la résolution des

catholiques; et Valens convaincu que la violence tournerait à sa honte

et à leur gloire, révoqua ses ordres et sortit d'Edesse.

[Note 928: Cet évêque, nommé _Barsa_ par les auteurs syriens, passa

du siége de Harran à celui d'Édesse en l'an 361, et il mourut en exil

dans la Thébaïde, au mois de mars 378. Il eut pour successeur S.

Eulogius.--S.-M.]

[Note latérale: XXXV.

Il traverse la Mésopotamie.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 311 / 354 题