Valens arriva enfin à Antioche[906] au mois d'avril, sous le consulat
de Modestus et d'Arinthée. Libanius, dont la faveur était passée,
commença par l'ennuyer d'un long panégyrique, dont on ne lui permit de
prononcer que la moitié. Des soins plus importants occupaient Valens;
il se partageait, entre les préparatifs de la guerre de Perse, et
le dessein qu'il avait formé, de détruire dans ses états la foi de
Nicée. Pour rendre la persécution moins odieuse, il permit l'exercice
de toutes les superstitions: les sacrifices se renouvelèrent; on
célébrait publiquement les fêtes de Jupiter, de Cérès, de Bacchus; la
liberté n'était refusée qu'aux catholiques. Mélétius fut banni pour
la troisième fois; les fidèles de sa communion, exclus des églises où
ils s'assemblaient, étaient contraints de célébrer les saints mystères
hors de la ville; poursuivis partout et chassés par les soldats, ils
changeaient tous les jours de retraite; plusieurs expirèrent dans les
tourments, un grand nombre fut précipité dans l'Oronte. Ces rigueurs,
loin de les abattre, animaient et fortifiaient leur zèle; les moines
accouraient de leurs solitudes, pour soutenir le courage de leurs
frères. Un jour, Valens se promenant dans une galerie de son palais qui
donnait sur l'Oronte, vit passer au bord du fleuve un homme mal vêtu
et courbé de vieillesse; on lui dit que c'était le moine Aphraatès,
respecté de tous les catholiques d'Antioche: _Où vas-tu?_ lui dit
l'empereur, _tu devrais te tenir renfermé dans ta cellule_. _Prince_,
lui repartit le vieillard, _vous embrasez l'église de Dieu; et quand
le feu est à la maison, il faut sortir, pour travailler à éteindre
l'incendie_. On dit, que l'église eut alors obligation à Thémistius.
Cet orateur, déiste dans le cœur, quoique idolâtre dans la pratique,
représenta à l'empereur _qu'il en était de la religion, comme de tous
les arts qui se perfectionnent par la dispute: que les diverses sectes
étaient autant de différentes voies, qui toutes aboutissaient au même
terme, c'est-à-dire à Dieu même: que la contrariété des opinions sur la
nature divine, entrait dans les vues de l'Être suprême, qui a voulu se
cacher aux hommes; et que la diversité de culte, loin de lui déplaire,
lui était aussi agréable, que la différence du service l'est dans
une armée à un général, dans une maison à un père de famille_. Des
raisons si absurdes firent, dit-on, quelque impression sur un prince
faible et ignorant; sans s'adoucir tout-à-fait, il relâcha beaucoup de
sa cruauté, et tourna sa principale attention sur les affaires de la
Perse[907].
[Note 906: On voit, par les lois de Valens, que ce prince était à
Séleucie, près de l'embouchure de l'Oronte, le 4 avril de l'an 372, et
qu'il se trouvait à Antioche, le 13 du même mois. Il paraît qu'il fit,
vers le même temps, un voyage dans la Syrie; car une autre loi nous le
présente à Béryte en Phénicie, le 5 juin de la même année.--S.-M.]
[Note 907: Les paragraphes 32, 33, 34 et une partie du 35e, qui, dans
les premières éditions, retraçaient d'une manière très-imparfaite les
révolutions survenues dans l'Arménie, avant l'arrivée de Valens à
Antioche, ont été transportés avec les additions convenables, à leur
véritable place chronologique. Voyez ci-devant, liv. XVII, § 3-13 et §
57-67.--S.-M.]
[Note latérale: XXXII.
[Nouvelles intrigues de Sapor en Arménie.]
[Amm. l. 27, c. 12.
Them. or. 10, p. 243.
Faust. Byz. l. 5, c. 6.