Après avoir donné à ses troupes, le temps de se reposer et de prendre
quelque nourriture, il fit sonner la charge. Deux officiers de la
garde, Salvius et Lupicinus[696], marchaient à la tête, et, affrontant
le péril avec une contenance fière et assurée, ils montèrent les
premiers: leur intrépidité attira après eux toute l'armée, qui,
combattant à la fois et la résistance des Barbares et la difficulté du
terrain, grimpa à travers les roches, les buissons, les pertuisanes
ennemies; et faisant pied à pied reculer les Allemans, gagna enfin le
sommet de la montagne. Ce fut un nouveau champ de bataille, où le choc
devint terrible: les piques dans le ventre, se pressant les uns les
autres de tout le poids de leurs bataillons, renversant et renversés
tour à tour, ils abattaient, ils tombaient: ce n'était que cris,
horreur et carnage. D'un côté, la bravoure et la science militaire; de
l'autre, une fureur désespérée: la victoire balança long-temps. Enfin,
le nombre des Romains croissant toujours à mesure qu'ils parvenaient
au sommet, les Allemans sont enfoncés; tout se confond; ils reculent
en désordre, et toujours pressés ils tournent le dos; on les poursuit
sans relâche, on les taille en pièces, on les pousse jusque sur la
pente de la montagne. Les uns tués ou mortellement blessés, tombent en
roulant dans les précipices; les autres fuient à perte d'haleine par le
chemin, dont Sébastien occupait l'entrée; ils y trouvent l'ennemi et la
mort: quelques-uns échappent et se sauvent dans les forêts d'alentour.
Cette victoire coûta beaucoup de sang aux Romains: ils perdirent
Valérien le premier des domestiques, et Natuspardo un des officiers de
la garde[697], si renommé par sa valeur, que son siècle le comparait
à tous ces anciens guerriers qui avaient fait l'honneur des armées
romaines, lorsqu'elles étaient invincibles.
[Note 696: L'un était du corps des Scutaires, c'est-à-dire des
Écuyers, _Scutarius_, et l'autre du bataillon des étrangers, _e schola
gentilium_.--S.-M.]
[Note 697: _Valerianus domesticorum omnium primus, et Natuspardo quidam
scutarius._ Amm. Marc. l. 27, c. 10.--S.-M.]
[Note latérale: XLI.
Second mariage de Valentinien.
Amm. l. 27, c. 10, l. 28, c. 2 et l. 30, c. 5.
Auson. in Mosel. v. 421 et seq.
Socr. l. 4, c. 30.
Jorn. de regn. suc. apud Murat. t. 1, p. 237 et 238.
Chron. Alex. vel Paschal. p. 302.
Sulp. Sever. dial. 2, c. 6.
Zos. l. 4, c. 12.
Zon. l. 13, t. 2, p. 30.