Mort du roi Vithicabius.]

Les Romains s'en vengèrent, mais avec lâcheté et perfidie, sur un autre

roi de la même nation. Vithicabius, fils de Vadomaire, régnait dans le

pays que nous nommons aujourd'hui le Brisgau[657], et dans les contrées

voisines. Ce prince était faible de corps et sujet à de fréquentes

maladies, mais hardi et courageux[658]. Il ne pouvait pardonner aux

Romains l'enlèvement de son père; il pardonnait encore moins à son

père de s'être racheté de l'exil en se mettant au service des Romains;

et les dignités dont Vadomaire était revêtu à la cour de Valens[659],

ne paraissaient au grand cœur de son fils que les tristes ornements

d'un ignominieux esclavage. C'étaient pour lui autant d'affronts, dont

il cherchait à se venger. Les Romains le prévinrent, et après avoir

inutilement tenté de le prendre par force ou par ruse, ils eurent

recours à un crime odieux, dont leurs ancêtres avaient abhorré et

puni la simple proposition, dans la personne du médecin de Pyrrhus,

le plus redoutable ennemi de Rome. Ils corrompirent un domestique de

Vithicabius, et ce scélérat fit périr son maître[660]. Ammien Marcellin

n'explique pas si ce fut par le fer ou par le poison; il ajoute

seulement que le coupable, craignant la punition qu'il n'avait que trop

méritée, se réfugia aussitôt sur les terres de l'empire. L'historien

ne nomme pas Valentinien dans le récit de ce forfait atroce; mais il

ne dit pas qu'il ait puni le traître; et ce prince demeurera dans tous

les siècles flétri du soupçon d'y avoir consenti, et du crime de n'en

avoir pas fait une éclatante justice.

[Note 657: On a déja indiqué ailleurs, t. 2, p. 359, note 2, l. XI, §

33, quelle était la situation des états de Vadomaire.--S.-M.]

[Note 658: _Specie quidem molliculus et morbosus, sed audax et fortis._

Ammien Marc. l. 27, c. 10.--S.-M.]

[Note 659: Il avait servi Valens contre Procope au siége de Nicée.

Voyez ci-devant liv. XVI, § 38. On apprend d'Ammien Marcellin que ce

même Vadomaire devint duc de la Phénicie.--S.-M.]

[Note 660: _Studio sollicitante nostrorum occubuit._ Amm. Marcell. l.

27, c. 10.--S.-M.]

[Note latérale: XXIII.

Actions cruelles de Valentinien.

Amm. l. 27, c. 7, et l. 30, c. 8.

Zos. l. 4, c. 14.

Hieron. ep. 1, t. 1, p. 3.

Sulp. Sever. dial. 2, c. 6.

Zon. l. 13, t. 2, p. 29.

Cod. Th. l. 7, tit. 13, leg. 4, 5; l. 9, t. 40, leg. 10; l. 13, tit.

10, leg. 5.]

Inexorable sur des objets qui méritaient plus d'indulgence, il fit

brûler vif pour des fautes légères Dioclès, ancien trésorier-général de

l'Illyrie[661]. Il condamna au même supplice ceux qui, par une lâcheté

devenue pour-lors assez ordinaire, se coupaient les doigts pour se

soustraire à la milice. Étant en Gaule, il fit défendre l'entrée de

son palais à saint Martin, que le seul motif de charité y conduisait,

pour intercéder en faveur des malheureux. L'innocence même fut plus

d'une fois la victime de ses emportements. Un certain Diodore, qui

avait été agent du prince, étant en procès avec un comte, le fit

assigner à comparaître devant le vicaire d'Italie. Le comte partit pour

la cour, et se plaignit au prince de cette audace. Sur cette plainte

l'empereur, sans autre examen, condamna à la mort et Diodore, et trois

sergents qui s'étaient chargés de la signification. L'arrêt fut exécuté

à Milan. Les chrétiens honorèrent leur mémoire; et le lieu où ils

furent enterrés, fut appelé _la sépulture des innocents_[662]. Quelque

temps après, un Pannonien, nommé Maxentius, qui était apparemment en

faveur auprès du prince, fut condamné dans une affaire, dans laquelle

trois villes étaient intéressées. Le juge chargea les décurions de

ces villes, d'exécuter promptement la sentence. Valentinien l'ayant

appris, entra dans une violente colère; il ordonna qu'on fît mourir ces

décurions; et rien ne les aurait sauvés, sans la noble hardiesse du

questeur Eupraxius: _Arrêtez, prince_, lui dit-il, _écoutez un moment

votre bonté naturelle; songez que les chrétiens honorent en qualité de

martyrs ceux que vous condamnez à la mort comme criminels_. Florentius,

préfet du prétoire de la Gaule, imita dans une autre rencontre cette

généreuse liberté, aussi salutaire aux princes qu'à leurs sujets.

L'empereur, irrité contre plusieurs villes pour une faute digne de

pardon, commanda qu'on fît mourir dans chacune trois décurions: _Et que

fera-t-on_, lui dit Florentius, _s'il ne s'en trouve pas trois dans

chacune de ces villes? Faudra-t-il attendre que ce nombre soit rempli,

pour les mettre à mort?_ Ces paroles calmèrent la colère du prince.

Ce fut pour Valentinien une faveur du ciel, d'avoir sous son règne

plusieurs officiers vraiment zélés pour sa gloire, qui, d'un génie

tout opposé à celui des courtisans, s'efforçaient d'adoucir la dureté

de son caractère. Ce Florentius, fort différent de celui du même nom,

qui s'était rendu si odieux du temps de Constance, ne s'occupait que

du soulagement de sa province. Valentinien exigeait le paiement des

impôts avec une rigueur impitoyable, et ne menaçait de rien moins que

de la mort ceux que leur indigence mettait hors d'état de satisfaire.

Florentius obtint cependant une loi pour modérer dans la Gaule la

dureté des impositions; elle donnait à ceux qui se trouvaient trop

chargés le temps de porter leurs plaintes aux juges des lieux, et de

leur demander une taxation plus conforme à l'état de leur fortune.

[Note 661: _Ex comite largitionum Illyrici._ Amm. Marc. l. 27, c.

7.--S.-M.]

[Note 662: _Quorum memoriam apud Mediolanum colentes nunc usque

Christiani, locum ubi sepulti sunt_, ad innocentes _appellant_. Amm.

Marc. l. 27, c. 7.--S.-M.]

[Note latérale: XXIV.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 230 / 354 题