Till. Valens, art. 6.]

Jovinus, consul en l'année 367, aurait trouvé place entre les grands

hommes de l'ancienne république. On l'a vu dans le temps même que

Jovien le dépouillait du commandement dans la Gaule, y maintenir

généreusement l'autorité de l'empereur. On vient de raconter ses

exploits guerriers, comparables à ceux de L. Marcius en Espagne après

la mort des deux Scipions. Mais Lupicinus, son collègue, n'avait

pas l'ame plus élevée que le caractère de son siècle. Ses talents

militaires, sa sévérité dans le maintien de la discipline, une

connaissance assez étendue de la littérature et de la philosophie,

l'avaient fait estimer de Julien, quoiqu'il fût chrétien. Mais il était

avare et injuste. Nous verrons dans les années suivantes les funestes

effets de ces vices.

[Note latérale: III.

[Situation de l'Orient.]

[Amm. l. 25, c. 7 et l. 27, c. 12.]]

--[Pendant que Valens défendait contre un usurpateur l'empire qu'il

devait à la générosité de son frère, et dans le temps que Valentinien

s'efforçait de renouveler chez les Barbares de la Germanie la terreur

que le nom de Julien leur avait inspirée autrefois, des événements

d'une grande importance s'accomplissaient dans l'Orient, et les Romains

en étaient malgré eux les tranquilles spectateurs. On subissait, après

quatre ans, les désastreuses conséquences du honteux traité que Jovien

avait été obligé de conclure avec les Perses. On abandonnait sans

secours aux armes et à la vengeance de Sapor le plus puissant et le

plus utile des alliés de l'empire[526]. Enfin, après quatre ans d'une

guerre sanglante et qui avait été poursuivie sans interruption, le

roi d'Arménie venait de succomber; sa personne et ses états étaient

restés au pouvoir des vainqueurs[527]. Les troupes de Sapor menaçaient

d'envahir l'Asie Mineure, dans le temps où la guerre contre les

Goths contraignait Valens de porter toutes ses forces sur les rives

du Danube. La politique de Sapor était dévoilée toute entière. On

comprenait pourquoi ce prince avait si facilement consenti à traiter

avec les Romains après la mort de Julien, et pourquoi il avait laissé

sortir de ses états leur armée affaiblie par la faim, la fatigue et les

combats, se contentant de Nisibe, de Singara et des provinces au-delà

du Tigre, qui avaient été enlevées autrefois à son aïeul Narsès[528].

Pour conquérir l'Arménie, il suffisait de l'isoler: la neutralité des

Romains était ainsi plus avantageuse à Sapor que la cession passagère

de quelques provinces, qu'il aurait fallu bientôt défendre les armes

à la main. Pour parvenir à ses fins, il devait donc stipuler que

les Romains abandonneraient Arsace à ses seules forces, et qu'ils

n'interviendraient en aucune façon dans leurs démêlés. Le roi de Perse

savait bien qu'Arsace ne pourrait lui résister long-temps. Le mépris

et la haine que le roi d'Arménie s'était attirés par ses vices, ses

cruautés et son caractère inconstant; les intelligences que Sapor

s'était ménagées parmi les dynastes arméniens; les secours promis par

ceux qui avaient ouvertement embrassé le parti des ennemis de leur

patrie, tout promettait à Sapor de faciles succès[529]. Le prince

persan pouvait ainsi se flatter de l'espoir certain de joindre bientôt

à son empire[530] une vaste contrée, conquise par ses aïeux, et depuis

un siècle objet de la haine jalouse de ses prédécesseurs, qui avaient

été forcés par les armes romaines d'en reconnaître l'indépendance.

Aussitôt après la remise de Nisibe, Sapor s'occupa des moyens de

recueillir les avantages qu'il s'était ménagés par la paix qu'il venait

de conclure, et, sans tarder, il tourna contre l'Arménie tout l'effort

de ses armes[531]. En satisfaisant son ambition, Sapor voulait encore

tirer vengeance des secours qu'Arsace avait fournis à Julien, et des

ravages qu'il avait commis dans la Médie[532]. Nous allons maintenant

retracer le récit de cette lutte opiniâtre; mais pour en mieux saisir

toutes les circonstances, il faut remonter un peu plus haut, et faire

connaître les révolutions survenues à la cour d'Arménie.

[Note 526: _Quibus exitiale aliud accessit et impium, ne post hæc ita

composita, Arsaci poscenti contra Persas ferretur auxilium, amico nobis

semper et fido._ Amm. Marc., l. 25, c. 7. Voy. ci-devant p. 162, note

3, liv. XV, § 11.--S.-M.]

[Note 527: _Postea contigit, ut vivus caperetur idem Arsaces,

et Armeniæ maximum latus Medis conterminans, et Artaxata inter

dissensiones et turbamenta raperent Parthi._ Amm. Marc. l. 25, c. 7.

Voyez aussi ci-devant, p. 163, note 3 et p. 164, n. 1, liv. XV, §

11.--S.-M.]

[Note 528: Voyez ci-devant, p. 160, liv. XV, § 10.--S.-M.]

[Note 529: _Et primò per artes fallendo diversas, nationem omnem

renitentem dispendiis levibus afflictabat, sollicitans quosdam

optimatum et satrapas, alios excursibus occupans improvisis._ Amm.

Marc. l. 27, c. 12. Le même auteur avait déjà dit, l. 25, c. 7:

_Artaxata inter dissensiones et turbamenta raperent Parthi._--S.-M.]

[Note 530: _Rex vero Persidis longævus ille Sapor....injectabat

Armeniæ manum, ut eam.....ditioni jungeret suæ._ Amm. Marc. l. 27, c.

12.--S.-M.]

[Note 531: Les paroles d'Ammien Marcellin sembleraient faire croire

que, selon cet historien, l'Arménie avait été comprise dans le traité

fait avec Jovien. Il s'exprime ainsi, l. 27, c. 12. _Sapor.... post

imperatoris Juliani excessum et pudendæ pacis icta fœdera, cum suis

paulisper nobis visus amicus, calcata fide sub Joviano pactorum,

injectabat Armeniæ manum..... velut placitorum abolita firmitate._

Sapor pouvait ne pas se montrer ami des Romains, en attaquant un prince

qui avait été et qui était encore leur allié; mais il ne violait pas

précisément la paix conclue, puisque le traité avait expressément

spécifié que les Romains n'accorderaient point à Arsace les secours

qu'il pourrait demander, s'il était attaqué par Sapor, _ne....Arsaci

poscenti contra Persas ferretur auxilium_. Comme Ammien Marcellin

insiste sur cette clause, l. 25, c. 7, et qu'il en fait un vif reproche

à Jovien, il est clair qu'il n'a pas songé à établir une exacte

relation entre les deux endroits de son histoire, où il parle du traité

fait avec les Perses, après la mort de Julien. Voy. aussi ci-devant,

l. XV, § 11, p. 162, note 3. Cependant le même historien relate encore

dans un autre endroit la convention faite avec Jovien, qui s'était

engagé à ne pas défendre l'Arménie, attaquée par les Perses; _hoc solo

contenti (Persæ), quod ad imperatorem misêre legatos, petentes nationem

eamdem, ut sibi et Joviano placuerat, non defendi_. Amm. Marc. l. 27,

c. 12. Il s'agit ici d'une ambassade envoyée par les Perses en 372, sur

ce qu'au mépris des traités les Romains secouraient l'Arménie.--S.-M.]

[Note 532: _Quod ratione gemina cogitatum est, ut puniretur homo,

qui Chiliocomum mandatu vastaverat principis, et remuneret occasio,

per quam subinde licenter invaderetur Armenia._ Amm. Marc. l. 25, c.

7.--S.-M.]

[Note latérale: IV.

[Révolutions de l'Arménie.]

[Amm. l. 20, c. 11 et l. 23, c. 2.

Faust. Byz. hist. Arm. l. 4, c. 15.

Mos. Chor. hist. Arm. l. 3, c. 24.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 214 / 354 题