Philost. l. 9, c. 6.]

Procope fut bientôt avantageusement dédommagé de cette perte. Cyzique,

capitale de l'Hellespont, était alors remplie de richesses. Vénustus,

chargé du paiement de toutes les troupes de l'Orient[484], y avait dès

le commencement des troubles transporté la caisse militaire, comme dans

la place la plus sûre. C'était d'ailleurs un des plus riches dépôts

des trésors de l'empire. Deux classes nombreuses d'habitants étaient

sans cesse occupées, l'une à la fabrique de la monnaie, l'autre aux

ouvrages d'une célèbre manufacture pour l'habillement des soldats. La

place était renommée dès le temps des guerres de Mithridate, tant par

l'avantage de sa situation, que par la force de ses murailles. Mais

ce qui faisait alors sa faiblesse, c'est qu'elle était défendue par

Sérénianus[485], chef d'une garnison aussi faible que son commandant.

Procope la fit assiéger par terre et par mer sous la conduite du

général Marcellus, son parent. Les attaques n'eurent d'abord aucun

succès. Les assiégeants étaient accablés d'une grêle continuelle

de traits, de pierres, de javelots, qui rendaient les approches

très-meurtrières. L'unique moyen de prendre la ville était de forcer

l'entrée du port: mais elle était fermée d'une grosse chaîne de fer,

que les vaisseaux, malgré les plus violents efforts, ne purent jamais

rompre. On essaya en vain de la couper à grands coups de hache. Les

soldats, les officiers, épuisés de fatigues, ne demandaient qu'à lever

le siége, lorsqu'un tribun, nommé Alison, obtint qu'on lui permît de

faire une dernière tentative. Pour entrer dans le port, il fallait

tourner le dos aux murs de la ville: le tribun ayant joint ensemble

trois navires, s'en servit comme d'une plate-forme pour y établir

quatre rangs de soldats les uns derrière les autres: le premier rang

restait debout, et les trois autres s'inclinaient de plus en plus,

en sorte que le quatrième se tenait sur les genoux. Leurs boucliers

qu'ils rejetaient en arrière, étant carrés et exactement rapprochés par

les bords, formaient un talus, sur lequel les flèches et les pierres

lancées du haut des murs coulaient comme l'eau sur la pente d'un toit:

cette ordonnance se nommait _tortue_. Elle était en usage dans le siége

des places. Le tribun couvert de cette sorte de défense, approche de

l'entrée du port, et ayant soulevé la chaîne, et placé un des anneaux

sur une enclume, il vint à bout de le rompre à coups de marteaux et de

haches, et d'ouvrir le port à la flotte. La ville se rendit aussitôt.

Cette action mémorable sauva la vie à ce tribun, lorsque, dans la

suite, on fit mourir les partisans de Procope. Valens lui conserva même

son rang dans le service: il périt dans la suite en Isaurie, où il fut

tué par une troupe de brigands. Procope s'étant en diligence transporté

à Cyzique, fit grace à tous les assiégés. Ce fut, selon Philostorge,

à la prière d'Eunomius, que les Ariens avaient nommé évêque de cette

ville, et qu'ils avaient ensuite eux-mêmes déposé. Sérénianus fut

excepté de l'amnistie générale[486]; il fut chargé de fers, et conduit

dans les prisons de Nicée.

[Note 484: _Largitionum apparitor sub Valente._ Amm. Marc. l. 26, c.

8.--S.-M.]

[Note 485: Ce général était comte des domestiques, _domesticorum

comes_, c'est-à-dire commandant des gardes.--S.-M.]

[Note 486: Selon Zosime, l. 4, c. 6, Sérénianus s'était sauvé de

Cyzique, et il avait été pris en Lydie.--S.-M.]

[Note latérale: XLI.

Hormisdas le fils, partisan de Procope.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 187 / 354 题