Il fit répandre de grandes sommes d'argent parmi les troupes, qui se
rendaient de toutes parts dans cette province pour gagner les bords du
Danube; et les ayant réunies en un corps et enivrées de magnifiques
promesses, il leur fit prêter serment en son nom avec d'horribles
imprécations[461]. Afin de les attacher davantage à sa personne, il
avait pris le nom de Constantin[462]; et portant entre ses bras la
fille de Constance âgée de trois ans, il leur présentait, les larmes
aux yeux, ce dernier rejeton d'une famille qu'ils avaient respectée:
il leur répétait sans cesse qu'il était parent et héritier de Julien;
il leur montrait une partie des ornements de la dignité impériale, que
Faustine, veuve de Constance, lui avait remis[463]. Comme il était
important pour lui de s'emparer de l'Illyrie, parce qu'il interrompait
par ce moyen la communication entre les deux empires, et qu'il mettait
une barrière entre lui et Valentinien; il envoya à cet effet les plus
affectionnés de ses partisans[464], chargés de présents et surtout de
pièces d'or frappées au coin du nouvel empereur: mais ces émissaires ne
purent échapper aux recherches d'Équitius qui commandait les troupes
d'Illyrie. Celui-ci les fit arrêter et mettre à mort; et pour prévenir
les entreprises que le rebelle pourrait former sur sa province, il
ferma trois passages qui y donnaient entrée: l'un, par la Dacie voisine
du Danube[465]; l'autre, par le pas de Sucques; le troisième, par
un défilé nommé _Acontisma_, sur la frontière de la Thrace et de la
Macédoine, vis-à-vis de l'île de Thasos.
[Note 461: _Sub exsecrationibus diris in verba juravere Procopii._
Ammian. Marc. l. 26, c. 7.--S.-M.]
[Note 462: C'est ce qui semble résulter, mais d'une manière bien vague,
d'un passage du septième discours de Thémistius, p. 92. Ce fait n'est
pas au reste confirmé par les médailles; celles qui nous restent de cet
usurpateur ne portent pas d'autre nom que celui de Procopius.--S.-M.]
[Note 463: Gibbon dit (t. 5, p. 26) que Procope épousa la veuve de
Constance. C'est une erreur; on ne trouve rien de pareil dans les
auteurs anciens. Au contraire on apprend de Zosime (l. 4. c. 4) que
Procope était marié et avait des enfants lorsqu'il se révolta contre
Valens.--S.-M.]
[Note 464: D'une stupidité téméraire, dit Ammien Marcellin, l. 26, c.
7, _et electi quidam stoliditate præcipites ad capessendum Illyricum
missi sunt_.--S.-M.]
[Note 465: _Per Ripensem Daciam._ Amm. Marcell. l. 26, c. 7.--S.-M.]
[Note latérale: XXXVI.
Valentinien apprend la révolte.
Amm. l. 26, c. 5.
Zos. l. 4, c. 9.