Till. Valent. not. 11.]

Valentinien, ayant donné ordre qu'on se préparât à partir dans deux

jours, assembla les principaux officiers pour les consulter sur le

choix de celui qu'il devait associer à l'empire: il avait déjà pris

son parti. Son frère Valens, de sept ans plus jeune que lui, avait

quelques vertus de particulier, nulle qualité d'un prince. Il était

chaste, fidèle et constant dans l'amitié; mais lent, paresseux, timide,

avare; sans génie pour trouver par lui-même des expédients, quoiqu'il

eût l'esprit assez juste pour discerner le meilleur conseil; sans usage

des affaires, dont il avait une aversion naturelle; sans connaissance

des lettres, ni même de l'art militaire[414]. Il parut équitable,

jusqu'à ce qu'il fût le maître de commettre impunément des injustices.

Il faisait consister la fermeté d'ame dans une dureté sauvage, le zèle

de la justice dans une colère souvent aveugle, la douceur du caractère

dans la facilité à se laisser conduire par des flatteurs. Il avait

le teint basané, un œil couvert d'une cataracte, la taille médiocre,

un peu trop chargée d'embonpoint, les jambes de travers. Malgré les

défauts de Valens, la tendresse fraternelle l'emportait dans le cœur

de Valentinien sur l'intérêt de l'état. D'ailleurs il ne craignait pas

le parallèle, et il s'attendait bien à conserver la supériorité sur un

tel collègue. Avant que de se déclarer, il aurait souhaité qu'on eût

provoqué son choix, en lui conseillant de jeter les yeux sur Valens.

C'était dans ce dessein qu'il consultait ses généraux. Cette ruse

politique n'eut pas le succès qu'il espérait. Tous gardèrent un profond

silence; le seul Dagalaïphe osa lui dire: _Prince, si vous chérissez

votre famille, vous avez un frère; si vous aimez l'état, cherchez

le plus capable_[415]. Cette franchise piqua vivement l'empereur;

mais il sut dissimuler son chagrin, et partit pour Constantinople. En

passant par Nicomédie, il donna à Valens la charge de grand-écuyer

avec le titre de tribun[416]. Le 28 de mars[417], peu de jours après

son arrivée à Constantinople, il assembla toutes les troupes dans la

place de l'_Hebdome_. Ce nom veut dire _septième_: on l'avait donné à

un bourg situé à sept milles de Constantinople vers le midi, au bord

de la mer. Ce lieu était orné de beaux édifices et d'une grande place

destinée aux assemblées, aux exercices des soldats, aux exécutions des

criminels. Valens dès la première année de son règne, y fit élever un

tribunal décoré de statues, de peintures et de degrés de porphyre.

Ce fut de dessus ce tribunal que ses successeurs haranguèrent leurs

troupes dans les occasions importantes; ce fut là que se fit aussi

dans la suite la proclamation des empereurs. Valentinien conduisit

Valens à l'Hebdome, et là il le déclara Auguste avec une approbation

générale, parce qu'il eût été dangereux de paraître désapprouver son

choix. L'ayant revêtu des habits impériaux et ceint du diadème, il le

ramena dans son char à Constantinople. Valens répondit parfaitement

aux intentions de son frère: devenu son collègue, il continua de se

regarder comme son inférieur; et moins par vertu que par incapacité, il

n'osa jamais lui disputer l'avantage que lui donnait le mérite[418].

Les deux empereurs prirent le nom de Flavius, attaché aux successeurs

de Constantin.

[Note 414: _Subagrestis ingenii, nec bellicis, nec liberalibus studiis

eruditus._ Amm. Marc., l. 31, c. 14. Voyez ci-devant, p. 198, note 1,

livre XVI, § 4.--S.-M.]

[Note 415: _Si tuos amas, imperator optime, habes fratrem; si

rempublicam, quære quem vestias._ Amm. Marc. l. 26, c. 4.--S.-M.]

[Note 416: _Nicomediam itineribus citis ingressus, Valentem fratrem

stabulo suo cum tribunatus dignitate præfecit._ Amm. Marc. l. 26, c.

4.--S.-M.]

[Note 417: Le 29 du même mois selon Idatius et la chronique

d'Alexandrie.--S.-M.]

[Note 418: Quoique associé à l'empire, Valens n'était réellement,

dit Ammien Marcellin, l. 26, c. 4, qu'un docile appariteur.

_Participem quidem legitimum potestatis, sed in modum apparitoris

morigerum._--S.-M.]

[Note latérale: XI.

Députation des villes.

Eunap. in excerp. legat. p. 18.

Conc. Chalced. act. 13.

Till. Valent. art. 9, et note 12.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 162 / 354 题