Zos. l. 3, c. 35.]

En arrivant à Tyanes[387], ville de Cappadoce, il y trouva le

secrétaire Procope et le tribun Mémoridus, qui venaient lui rendre

compte de ce qui s'était passé dans la Gaule. Lucillianus, selon les

ordres de l'empereur, s'était rendu à Milan avec les tribuns Séniauchus

et Valentinien, que Jovien avait rappelé de son exil; et ayant appris

que Malarich refusait le commandement des troupes de la Gaule, il avait

lui-même passé les Alpes, et s'était transporté dans la ville de Rheims

[_Remos_]. Là, sans considérer que la mort de Julien pouvait exciter

des troubles dans la province, et que l'autorité de son gendre n'était

pas encore assez affermie, il se pressa mal à propos de réformer les

abus, et commença par faire rendre compte à un receveur des deniers

publics[388]. Celui-ci, coupable de plusieurs infidélités dans

l'exercice de son emploi, ne pouvant se justifier que par une révolte,

eut recours aux soldats Bataves, qui étaient en quartier aux environs

de Rheims[389]. Il leur persuada que Julien vivait encore, que Jovien

n'était qu'un rebelle; et ses mensonges produisirent une si violente

mutinerie, que Lucillianus et Séniauchus furent massacrés. Valentinien

aurait éprouvé le même sort sans un ami fidèle appelé Primitivus, qui

le déroba aux recherches des séditieux. Il se sauva avec Procope[390]

et Mémoridus: un soldat hérule, nommé Vitalianus[391], que nous

verrons dans la suite avancé aux premiers emplois, se joignit à eux; et

tous ensemble trouvèrent Jovien à Tyanes. Avec cette triste nouvelle

ils en apportaient une autre qui pouvait en adoucir l'amertume.

Jovinus, que l'empereur voulait déplacer, loin de se ressentir de cette

disgrace, avait disposé les troupes à l'obéissance: il envoyait ses

principaux officiers[392] pour présenter à Jovien les hommages de son

armée. L'empereur récompensa Valentinien en le mettant à la tête de la

seconde compagnie des _écuyers_[393]; il donna à Vitalianus une place

honorable entre les _domestiques_[394]; ces deux corps faisaient partie

de la garde du prince. Il dépêcha sur-le-champ Arinthée avec une lettre

pour Jovinus; il le louait de sa fidélité, le confirmait dans son

emploi, et lui ordonnait de punir l'auteur de la sédition, de mettre

aux fers les plus coupables, et de les envoyer à la cour. Les députés

de l'armée des Gaules arrivèrent bientôt après; ils se présentèrent à

Jovien dans Aspuna[395], petite ville de Galatie. Il reçut avec joie

les protestations de leur zèle, leur fit des présents, et les renvoya

dans leur province.

[Note 387: A marches forcées, _extentis itineribus, venit oppidum

Cappadociæ Tyana_, dit Ammien Marcellin, l. 25, c. 10.--S.-M.]

[Note 388: _Ex actuario raciociniis scrutandis incubuit._ Amm. Marc. l.

25, c. 10.--S.-M.]

[Note 389: Zosime se trompe en plaçant l. 3, c. 35, cette sédition

à Sirmium dans la Pannonie, οἱ ἐν τῷ Σιρμίῳ Βατάοι, πρὸς φυλακὴν

ἀπολελειμμένοι τῆς πόλεως. On doit préférer le récit d'Ammien

Marcellin, qui la met à Rheims, l. 25, c. 10; cependant il serait

possible qu'il fût arrivé quelque chose d'à peu près semblable à

Sirmium; ce qui aurait donné lieu à l'erreur de Zosime. On doit

remarquer qu'Ammien Marcellin ne fait pas la moindre mention des

Bataves dans le récit de cette émeute.--S.-M.]

[Note 390: Zosime, l. 3, c. 35, commet encore une autre erreur, en

confondant le secrétaire (_notarius_) Procope, bien distingué par

Ammien Marcellin, avec le général du même nom, parent de Julien, et

qui avait été chargé de conduire son corps à Tarse. Il prétend que les

soldats Bataves épargnèrent Procope à cause de sa parenté avec Julien,

τῆς πρὸς Ἰουλιανὸν συγγενείας. Il serait possible cependant que le

secrétaire Procope se fût servi de son nom, pour détourner la fureur

des soldats; ce qui expliquerait l'erreur de Zosime.--S.-M.]

[Note 391: Il était du bataillon des Hérules, _Herulorum e numero

miles_. Son nom ne permet cependant pas de croire qu'il fût barbare de

naissance.--S.-M.]

[Note 392: _Quos capita scholarum ordo castrensis appelat._ Amm.

Marc. l. 25, c. 10. Ce qu'on appelait à l'armée, _les chefs des

écoles_.--S.-M.]

[Note 393: _Valentiniano.... regenda scutariorum secunda committitur

schola._ Amm. Marc. l. 25, c. 10.--S.-M.]

[Note 394: _Vitalianus domesticorum consortio jungitur._ Amm. Marc., l.

25, c. 10.--S.-M.]

[Note 395: Ammien Marcellin, l. 25, c. 10, donne à cette ville le titre

de _municipium_. L'Itinéraire d'Antonin la place à 62 milles d'Ancyre,

sur les frontières de la Cappadoce. Elle était le chef-lieu d'un siége

épiscopal.--S.-M.]

[Note latérale: AN 364.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 146 / 354 题