Discours de Sabinus.]

Alors, Sabinus, distingué entre les habitants par sa naissance et

par sa fortune[366], élevant sa voix: «Prince, dit-il, écoutez les

dernières paroles de Nisibe. Constance plusieurs fois vaincu par les

Perses, réduit dans sa fuite à recevoir de la main d'une pauvre femme

un morceau de pain pour conserver sa vie[367], n'a pourtant jusqu'à

sa mort rien cédé aux ennemis. Trois fois il a vu Nisibe assiégée et

prête à succomber sous la puissance de Sapor: trois fois il l'a vue

sauvée. Jovien invincible abandonnera-t-il, dès les premiers jours de

son règne, le plus ferme rempart qui puisse couvrir ses provinces?

Est-ce là ce que l'empire doit à Nisibe, pour lui avoir servi de

barrière depuis si long-temps? Faudra-t-il qu'un peuple accoutumé

aux lois romaines, aussi romain que les habitants de la capitale de

l'empire, prenne les mœurs et les coutumes des barbares? Jour funeste,

et tel que Rome n'en a jamais vu depuis qu'elle subsiste! Quelques

empereurs ont resserré les bornes de leur domination; ils ont abandonné

des provinces; mais c'était un abandon volontaire et politique; ils

n'en ont pris la loi que d'eux-mêmes: ils ne les ont pas cédées à leurs

ennemis. Si vous craignez que la défense de notre ville ne vous coûte

trop de sang et de dépenses, laissez Nisibe à elle-même: seule, sans

autre secours que celui du ciel et le courage de ses habitants, elle

saura se conserver, comme elle a déja fait plus d'une fois. Nous ne

vous demandons que la permission de nous défendre: nous la recevrons

comme une grace, qui vous assurera pour jamais notre obéissance et

notre fidélité».

[Note 366: _Sabinus fortunâ et genere inter municipes clarus._ Amm.

Marc. l. 25, c. 9. Selon Zosime (l. 3, c. 33), il était président du

sénat de Nisibe, τοῦ βουλευτικοῦ προεστὼς καταλόγου. La chronique de

Malala (part. 2, p. 27), et celle d'Alexandrie, p. 300, rapportent

qu'il prenait le titre de comte, et qu'il était le chef politique de

la ville, κόμης τῇ ἀξίᾳ, καὶ πολιτευόμενος τῆς πολεως. Cette dernière

indication est conforme à ce que nous apprend Zosime. Il faut seulement

remarquer que dans ces deux ouvrages Sabinus est nommé Silvanus, parce

que sans doute il a été confondu avec l'avocat de ce nom, qui dans la

même occasion avait adressé de vifs reproches à Jovien.--S.-M.]

[Note 367: _Constantium immani crudescente bellorum materiâ superatum a

Persis interdum, deductumque postremὸ per fugam cum paucis ad Hibitam

stationem intutam, panis frusto vixisse precario, ab anu quadam agresti

porrecto, nihil tamen ad diem perdidisse supremum._ Amm. Marc. l. 25,

c. 9. L'orateur fait ici allusion aux malheurs éprouvés par Constance

après la désastreuse bataille de Singara, voyez ci-devant, t. I, p.

455, l. VI, § 49. _Hibita_, dont il est question dans le passage

d'Ammien Marcellin, paraît être un lieu situé à 18 milles de Nisibe, et

relaté sur la table de Peutinger.--S.-M.]

[Note latérale: XVIII.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 136 / 354 题