Il compose le Misopogon.]

Pour se venger de la haine publique, il n'eut garde de la mériter par

des recherches et par des supplices. Il prit une voie plus douce, mais

peu convenable à un souverain. Il aimait la satire. Il avait déjà

censuré tous les Césars ses prédécesseurs par un écrit, où Constantin

et ses enfants ne sont pas épargnés. En cette occasion il composa un

ouvrage sous le titre de Misopogon, _l'ennemi de la barbe_. Quelques

auteurs disent qu'il y fut aidé par Libanius[79], à qui Julien en

aurait dû laisser l'honneur. C'est une ironie perpétuelle, où feignant

de se faire lui-même son procès, il peint les désordres et les

débauches d'Antioche. Le portrait est plein de feu et de force; mais,

selon Ammien Marcellin, les traits en sont outrés, et les couleurs

rudes et chargées[80]. Le lecteur est choqué d'y voir un prince se

dépouiller de la pourpre, pour se mesurer et se battre, pour ainsi

dire, corps à corps avec les plus méprisables de ses sujets. Cette

satire produisit son effet naturel: elle attira des répliques; et

Julien fut réduit à finir par où il aurait dû commencer, c'est-à-dire,

à dévorer en silence ces nouvelles railleries, et à renfermer son

ressentiment. Il avait protesté dans son ouvrage qu'il allait quitter

Antioche pour toujours. En effet, lorsqu'il partit de la ville, comme

il était suivi d'une foule d'habitants, qui lui souhaitant un heureux

voyage et un glorieux retour, le suppliaient de leur rendre ses bonnes

graces, il leur répondit d'un ton de colère qu'il ne les reverrait

plus, et qu'après sa victoire il irait faire sa résidence à Tarse.

Mémorius[81], qui gouvernait alors la Cilicie, avait déjà reçu ordre

d'y préparer tout pour le recevoir au retour de Perse. Mais Julien

n'eut besoin d'y trouver qu'une sépulture.

[Note 79: C'est l'opinion du seul Élie de Crète, commentateur de saint

Grégoire de Nazianze, t. 2, p. 483. Comme cet Élie de Crète vivait au

onzième siècle, son autorité n'est pas d'une grande importance.--S.-M.]

[Note 80: _Probra civitatis infensa mente dinumerans, addensque

veritati complura._ Amm. Marc. l. 22, c. 14.--S.-M.]

[Note 81: Il existe une lettre de Libanius adressée à cet officier,

_præses_. Voyez _epist. 756, ed. Wolf._ p. 358.--S.-M.]

[Note latérale: XLII.

Clémence et dureté de Julien.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 66 / 354 题