Tout annonçait une guerre sanglante. Les grands préparatifs de Julien
faisaient penser que l'année qui commençait, allait terminer l'ancienne
querelle entre les deux empires, et décider enfin laquelle des deux
nations devait commander à l'autre. Jamais les Romains et les Perses
n'avaient vu dans le même temps à la tête de leurs armées deux princes
plus habiles, plus intrépides et plus heureux. Julien prit le consulat
pour la quatrième fois, et se donna pour collégue Salluste, préfet
des Gaules[48]. La ville de Rome lui ayant envoyé une députation de
plusieurs sénateurs distingués par leur naissance et par leur mérite,
il leur conféra des dignités. Il fit Apronianus[49], préfet de Rome;
Octavianus, proconsul d'Afrique; Vénustus[50], vicaire d'Espagne,
et Aradius Rufinus, comte d'Orient, à la place de Julien qui venait
de mourir. L'empereur avait chargé Libanius de préparer un discours
pour la solennité de son consulat: c'était demander un panégyrique.
Nous avons celui que prononça ce sophiste. Il s'en faut beaucoup
que le lecteur en doive être aussi content que le fut l'empereur.
Julien applaudissait à ses propres éloges avec un enthousiasme qui
ne répondait ni à la modestie d'un philosophe, ni à la gravité d'un
prince. Ces premiers jours furent employés en sacrifices dans tous les
temples de la ville.
[Note 48: Ammien Marcellin remarque que depuis le consulat de
Dioclétien et d'Aristobule, c'est-à-dire depuis l'an 285, aucun
particulier n'avait partagé la dignité consulaire avec un empereur, _et
videbatur novum adjunctum esse Augusto privatum, quod post Diocletianum
et Aristobulum nullus meminerat gestum_. Il se trompe cependant; car en
l'an 288, Januarius avait été consul avec Maximien.--S.-M.]
[Note 49: On croit que ce préfet était L. Turcius Secundus Apronianus,
fils de L. Turcius Apronianus, préfet de Rome en 339.--S.-M.]
[Note 50: On pense qu'il s'appelait L. Ragonius Vénustus.--S.-M.]
[Note latérale: XXIX.