Julien attendit avec patience pendant trois mois. Voyant enfin que ses
paroles n'avaient produit aucun effet, il eut imprudemment recours
à un remède qui ne fit qu'aigrir le mal. Sans vouloir écouter les
remontrances du conseil de la ville, qui lui représentait que la cherté
des vivres est dans un état une matière délicate, à laquelle on ne
doit toucher qu'avec beaucoup de ménagement, il taxa tout à coup par
un édit les denrées à très-bas prix; et pour donner l'exemple de la
générosité, il fit venir à ses frais de Chalcis, d'Hiérapolis et des
villes voisines quatre cent mille boisseaux de blé. Cette provision
n'ayant pas duré long-temps dans une ville si peuplée, il fit encore
porter au marché en différents jours vingt-deux mille boisseaux qu'il
avait tirés d'Égypte pour la subsistance de sa maison. Tout ce blé fut
vendu un tiers au-dessous du prix ordinaire. Mais cette libéralité
tourna toute entière au profit de l'avarice. Les riches achetaient
sous main le blé de Julien; et le transportant hors de la ville dans
leurs greniers, ils le revendaient ensuite à un prix exorbitant. D'un
autre côté, les marchands qui ne pouvaient vendre au prix taxé, sans
se ruiner, renoncèrent au commerce; plusieurs même abandonnèrent
la ville. Antioche, avant l'édit, ne manquait que de blé; le vin,
l'huile et les autres denrées y étaient en abondance. Après l'édit
elle manqua de tout. On n'entendait que reproches réciproques: tous
les ordres murmuraient contre Julien; Julien se plaignait de tous les
ordres. Il perdit même auprès du peuple le mérite de la bonne volonté,
parce qu'il lui échappa de dire hautement que la ville était digne de
châtiments, et que tout le bien qu'il faisait, c'était en considération
de Libanius. Enfin irrité contre les sénateurs, qu'il soupçonnait de
rompre toutes ses mesures, il les condamna tous à la prison. Mais
fléchi par les prières de Libanius, il révoqua l'ordre avant qu'il eût
été exécuté. Ce ne fut pas sans beaucoup de risque, que Libanius osa
intercéder pour eux. Toute la cour de Julien était tellement indignée,
qu'un des officiers du prince menaça en sa présence l'orateur de le
jeter dans l'Oronte. Ces mécontentements mutuels s'aigrirent de plus
en plus. La disette continua pendant l'hiver, qui fut fort rude. A
la sécheresse succédèrent des pluies excessives; et Julien, dévot de
théâtre, allait au fort des plus grandes pluies faire en plein air des
sacrifices.
[Note latérale: XXIII.
Nouvelle persécution d'Athanase.
Jul. epist. 6, p. 376, ep. 26, p. 398. ep. 51, p. 432.
Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 87, et or. 21, p. 389-393.
Hier. chron.
[Ambros. ep. 40, t. 1, p. 951.
Rufin. l. 10, c. 34.