Quoique la moisson eût manqué en Syrie, les récoltes des années
précédentes suffisaient pour entretenir l'abondance. Mais l'avarice,
qui compte la famine entre ses plus utiles revenus, avait pris des
mesures pour procurer une entière disette. Les possesseurs des fonds
avaient fermé leurs greniers; les marchands vendaient à un prix
arbitraire; et parmi les magistrats, les plus intègres étaient ceux qui
toléraient cet abus sans en profiter eux-mêmes. Les marchés étaient
vides, et la populace affamée ne trouvait de subsistance que dans le
pillage. Dès les premiers jours de l'arrivée de Julien, le peuple
s'était écrié en plein théâtre: _Tout abonde, et tout est hors de
prix._ Le lendemain Julien manda les plus notables bourgeois; il les
exhorta à sacrifier un gain injuste et sordide au soulagement de leurs
citoyens. Ils promirent tout à l'empereur, et ne firent rien de ce
qu'ils avaient promis.
[Note latérale: XXII.