On célébrait dans le mois d'août une fête[6] en l'honneur de Jupiter[7]
sur le mont Casius, situé au midi d'Antioche, au-delà de l'Oronte[8].
La hauteur de cette montagne, qui était de quatre mille pas, avait
donné lieu à une fable, qu'on débitait aussi du mont Caucase: on disait
qu'on y voyait lever le soleil trois heures avant que cet astre parût
à l'horizon de la plaine. L'empereur Hadrien avait passé une nuit sur
le Casius pour vérifier de ses propres yeux cette merveille, qu'un
furieux orage avait, dit-on, dérobé à sa curiosité. Sur le sommet
couvert de bois et qui avait dix-neuf mille pas de circuit, était un
temple superbe consacré à Jupiter. Pendant que Julien y offrait un
sacrifice, un inconnu, fondant en larmes, vint se jeter à ses pieds, le
suppliant humblement de lui accorder sa grace. L'empereur ayant demandé
qui il était, on lui répondit que c'était Théodote ancien magistrat[9]
d'Hiérapolis; qu'au passage de Constance ce méchant homme, lui faisant
sa cour avec les principaux de la ville, s'était signalé par la plus
criminelle adulation; flattant le prince d'une victoire indubitable,
et lui demandant en grace avec des pleurs et des gémissements
contrefaits, de leur envoyer au plus tôt la tête de Julien, cet ingrat,
ce rebelle, comme il avait fait porter la tête de Magnence dans toutes
les provinces de l'empire. Julien ayant froidement écouté ce récit:
_Je le savais déja_, dit-il, _sur le rapport de plusieurs témoins;
retourne chez toi avec assurance; tu n'as rien à craindre d'un prince
qui, suivant la maxime d'un sage, ne veut connaître d'autre manière de
détruire ses ennemis qu'en les rendant ses amis._
[Note 6: _Præstituto feriarum die_, dit Ammien Marcellin, l. 22, c.
14. Cette fête se célébrait le 10 du mois de _loüs_, qui, dans le
calendrier macédonien alors en usage parmi les Syriens, répondait
au même jour du mois d'août. Loüs était le dixième mois de l'année
syrienne.--S.-M.]
[Note 7: Ce Jupiter portait particulièrement le nom de _Philius_; on
l'appelait aussi _Casius_, à cause du lieu où il était révéré. C'était
le dieu national de la capitale de la Syrie, comme le dit Julien,
_Misop._ p. 361, Τοῦ Θεοῦ πάτριός ἐϛὶν ἐορτή. Ce dieu est représenté
sur les médailles d'Antioche.--S.-M.]
[Note 8: Le mont Casius était bien au midi d'Antioche, mais non pas
au-delà de ce fleuve par rapport à la ville. Ils étaient tous deux sur
la rive gauche de l'Oronte. Comme après avoir arrosé les murailles
d'Antioche, le fleuve se dirige du N. E. au S. O. pour se rendre à la
mer, on conçoit comment la montagne se trouvait au midi de la ville
sans qu'on fût obligé de passer la rivière pour s'y rendre.--S.-M.]
[Note 9: _Præsidalis_.--S.-M.]
[Note latérale: V.
Il censure la négligence des habitants d'Antioche sur les sacrifices.
Amm. l. 22, c. 14.