Socr. l. 6, c. 3.]

Les délices de la Syrie n'avaient rien de contagieux pour un esprit tel

que celui de Julien, naturellement sérieux et austère. Au milieu d'une

ville voluptueuse, il conserva, avec l'extérieur philosophique, le même

goût de frugalité, et de travail, la même sévérité dans ses mœurs.

Ses occupations étaient la législation, l'exercice de la justice, et

surtout le rétablissement du paganisme. La conversation des philosophes

et des rhéteurs, la composition de plusieurs ouvrages, les sacrifices

et les cérémonies de religion, faisaient ses délassements. Cependant

saint Jean Chrysostôme, qui, étant pour lors âgé de quinze à seize ans,

étudiait la rhétorique sous Libanius, nous donne de sa cour l'idée la

plus affreuse: _Les magiciens_, dit-il, _les enchanteurs, les devins,

les augures, les fanatiques de Cybèle, et tous les charlatans de

l'impiété, s'étaient rendus auprès de lui de toutes les contrées de la

terre: son palais était rempli de fugitifs flétris par des jugements.

Des misérables, qui avaient été condamnés pour empoisonnements et pour

maléfices, qui avaient vieilli dans les prisons, qui travaillaient aux

mines, qui pouvaient à peine soutenir leur misère par le commerce le

plus infâme, revêtus tout à coup de sacerdoces et de sacrificatures,

tenaient auprès de lui le rang le plus honorable. Environné de jeunes

hommes perdus de débauche, de vieillards encore plus dissolus et de

femmes prostituées, qui faisaient tout retentir de leurs ris immodérés

et de leurs paroles impudentes, il traversait les rues et les places

de la ville: son cheval et ses gardes ne le suivaient que de loin._ Ce

grand homme dépose à la face du peuple d'Antioche, de ce qu'il a vu

lui-même; il en appelle à tous ceux qui vivaient alors: il les défie de

le démentir. Son témoignage ne peut être soupçonné; mais il représente

sans doute en cet endroit Julien tel qu'il l'avait vu fréquemment aller

aux temples avec tout le cortége de l'idolâtrie. Il ne parle pas ici

de la vie privée du prince, dont ni son âge ni sa religion ne lui

permettaient pas d'être témoin. Ceux qu'il dépeint sous de si affreuses

couleurs étaient les prêtres et non pas les courtisans de Julien;

c'étaient ceux qui se rassemblaient auprès de lui pour les cérémonies,

et non pas ceux qui vivaient avec lui dans son palais. Le prince était

plus chaste que ses dieux: sa cour était plus honnête, composée à la

vérité d'imposteurs et de charlatans, mais d'une autre espèce, et dont

l'extérieur grave et sévère outrait la décence jusqu'à la singularité.

[Note latérale: III.

Son amitié pour Libanius.

Liban. vit. t. 2, p. 40-42, et or. 4, p. 152.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 27 / 354 题