Suid. in Σαλόυστιος.]

La vanité de Julien était le ressort de ses vertus. C'est par là qu'on

peut expliquer les contrariétés de sa conduite: tantôt une clémence qui

semble héroïque; tantôt une rigueur implacable. Il préférait l'honneur

de pardonner à la sombre satisfaction de la vengeance; mais sa

générosité n'était pas entière, il voulait en être payé par la gloire;

et s'il pardonnait avec éclat, il se vengeait aussi sans miséricorde,

lorsque la circonstance ne lui semblait pas assez heureuse pour faire

admirer sa grandeur d'ame. Le premier jour de son arrivée à Antioche,

un officier[1], nommé Thalassius, qui avait contribué au désastre

de Gallus, s'étant présenté avec les principaux[2] de la ville pour

saluer l'empereur, Julien lui fit refuser l'entrée. Quelques citoyens,

qui étaient en procès avec cet officier, vinrent dès le lendemain, en

grande compagnie, porter leurs plaintes à l'empereur: _Thalassius_,

s'écrièrent-ils, _l'ennemi de votre majesté, est aussi le nôtre; il

nous a ravi nos biens_. Julien reconnut aisément qu'ils voulaient

profiter de la disgrace de leur adversaire: _Il est vrai_, répondit-il,

_qu'il m'a sensiblement offensé: attendez donc, pour demander justice,

que je sois satisfait moi-même; je mérite quelque préférence_. Il

ordonna en même temps au préfet de ne les point écouter, qu'il n'eût

rendu ses bonnes graces à Thalassius: ce qu'il ne tarda pas à faire[3].

Mais tous ceux dont il avait à se plaindre n'éprouvèrent pas la même

indulgence. Le secrétaire Gaudentius, qui, par l'ordre du défunt

empereur, avait empêché les troupes de Julien de passer en Afrique, et

Julien autrefois vicaire des préfets, à qui l'on ne pouvait reprocher

que son zèle pour le service de son prince, furent conduits à Antioche

et condamnés à mort. Le fils du général Marcellus[4], soupçonné

d'aspirer à l'empire, fut exécuté publiquement. Marcellus, son père,

tremblait dans sa retraite; il se souvenait des mauvais services

qu'il avait rendus à Julien César, et la mort de son fils semblait

lui annoncer la sienne. Il fut heureux d'avoir offensé Julien d'une

manière éclatante: l'empereur se fit un mérite de l'épargner, parce

que tout l'empire savait que Marcellus ne méritait point de pardon; il

affecta même de le traiter avec honneur. Romain et Vincent, capitaines

des gardes[5], convaincus d'avoir formé des projets trop ambitieux, ne

furent condamnés qu'au bannissement.

[Note 1: _Ex proximo libellorum._--S.-M.]

[Note 2: _Honorati._--S.-M.]

[Note 3: On croit, d'après un passage de Théophanes (p. 43), que

Thalassius renonça bientôt après au christianisme, et que son goût

pour les augures et la divination lui concilia la faveur de Julien.

On prétend encore qu'il périt d'une manière miraculeuse, écrasé sous

les ruines de sa maison, tandis que toute sa famille, qui était restée

chrétienne, fut préservée.--S.-M.]

[Note 4: _Ex magistro equitum et peditum filius._ Amm. Marc. l. 22, c.

11.--S.-M.]

[Note 5: _Scutariorum scholæ primæ secundæque tribuni_. Amm. Marc. l.

22, c. 11.--S.-M.]

[Note latérale: II.

Ses occupations à Antioche.

Amm. l. 22, c. 10.

Chrys. de S.tο Babyla contra Jul. et Gent. t. 2, p. 559.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 26 / 354 题