Pierre Urtrel habite la bonne ville de Rouen. Il est jeune, prétentieux,
sans grande fortune; il a terminé ses études de droit et fréquente
vaguement le Palais de justice. Son rêve, c'est de rencontrer une riche
héritière qui lui permette de mener la vie facile qu'il désire. Sa mère,
du reste, l'encourage dans ses visées et l'aide à trouver la perle
cherchée.
Autour d'eux beaucoup de jeunes filles s'agitent en quête d'un époux.
Parmi elles, M. Pierre Urtrel et sa mère remarquent une demoiselle,
Hélène de Josserant, assez jolie et qui aura, dit-on, sans compter les
espérances, trois cent mille francs de dot. De quels lacets on entoure
Hélène et sa famille! A la nouvelle que la fortune de ce côté est
beaucoup moins considérable qu'on ne le supposait, on rompt de la façon
la plus rapide et la plus comique tous les pourparlers, lesquels étaient
allés jusqu'à l'officielle demande en mariage. Délivré d'Hélène et
s'applaudissant d'avoir vu clair avant la fatale conclusion, Pierre
Urtrel avise une jeune étrangère des Amériques, ardente et riche, Luisa
Ferro. De quelles séductions il la poursuit! Quel amour il lui témoigne!
Mais en apprenant que le père naturel de Luisa a succombé à une attaque
d'apoplexie, sans avoir préalablement fait de testament, et que Luisa
est devenue une fille pauvre, il se détourne de la superbe Américaine.
Ces deux échecs ne le découragent pas. Parmi les jeunes Rouennaises, il
a distingué une demoiselle Trapier, aussi pourvue de biens qu'elle l'est
peu de beauté. Il marche de ce côté, se montre câlin, joue de tous ses
moyens et obtient la main et la bourse de la demoiselle. En même temps,
d'aristocrate qu'il était de principe et de tempérament, il se fait
démocrate-radical avec les Trapier et convoite un siège à la Chambre des
députés. Paresse et jouissances, il aura tout ce qu'il estime le bonheur
de la vie. Chemin faisant il avait été réellement touché par la grâce et
l'intelligence d'une jeune fille. Jacqueline Yvelain. Mais, comme elle
ne pouvait pas lui procurer ce qu'il convoitait de toute son âme, il n'a
pas donné suite à son amour. La richissime Trapier a été préférée à
l'aimable et touchante Jacqueline. Mère et fils constituent dans le
roman de MM. Margueritte un duo fortement uni et très peu sympathique,
regardant tout à travers le prisme de l'argent. Moins mélodieux que Mme
Bertheroy, moins coquettement apprêtés que Mme d'Houville. MM.
Margueritte ont une phrase bien à eux, colorée, emportée et tout à fait
appropriée à la vie et aux peintures du roman moderne.