Une curieuse innovation aura marqué les débats du sensationnel procès
Bonmartini, qui se poursuivent devant la cour d'assises de Turin.
A l'audience du 10 mars, Me Nasi a annoncé que la partie civile, afin
d'épargner aux jurés et à la cour le voyage à Bologne, avait fait
fabriquer à l'Ecole des arts et métiers d'Imola, par les soins de
l'ingénieur Remigio, son directeur, un modèle réduit de la maison du
crime. Sur l'ordre du président, il a été immédiatement procédé à
l'exhibition de cette maquette, une véritable maison de poupée à l'usage
des enfants riches. Construite en bois et plâtre, à l'échelle de 1/20,
elle mesure 1m,50 de long, 1m,30 de large et 0m,60 de haut, se démonte
très facilement, de façon à découvrir la fidèle reproduction des
appartements, avec leur distribution et leurs aménagements. Deux séries
de numéros,--de 1 à 17 pour l'extérieur, de 1 à 23 pour
l'intérieur,--correspondent à un état de lieux détaillé et fournissent
toutes les précisions nécessaires. Par exemple, dans la première série
(façade sur la via Mazzini), les numéros 1 et 5 indiquent les fenêtres à
balcon de la chambre à coucher du comte Bonmartini; le numéro 12 (via
Guerrazzi) la porte cochère par où sont entrés Tullio, Naldi et la
Bonetti, etc.; dans la seconde (intérieur); le numéro 1 est la chambre
du comte, le numéro 8 le couloir où l'on a trouvé le cadavre de la
victime, les numéros 16 à 20 désignent le logement du docteur Secchi et
le couloir de communication qui favorisait les rendez-vous entre
celui-ci et la comtesse...
Grâce à cette maquette, les jurés peuvent donc, sans se transporter à
Bologne, reconstituer dans leur cadre toutes les péripéties du drame.
Les avocats de la défense ont, il est vrai, contesté la valeur
documentaire de la maison minuscule; mais deux ingénieurs experts,
appelés par le président, sont venus attester, sous la foi du serment,
qu'elle était un chef-d'oeuvre d'exactitude.