ou sorciers du pays. Or est la coustume que dès aussitost que les
Aoutmoins ont sentencié la maladie ou plaie estre mortelle, dès lors
le patient ne mange plus; aussy ne luy donne-t-on rien. Ains, prenant
sa belle robe, il entonne luy-mesme le chant de sa mort; après lequel
cantique, s'il tarde trop à mourir, on luy jette force seaux d'eau
dessus, pour l'advancer, et quelquefois l'enterre-t-on à demy vif. Or
les enfants de Membertou, quoy que chrestien, se preparoient à user
de ce beau devoir de pieté envers leur père; jà ils ne luy donnoient
plus à manger, et luy ayant prins sa [28] belle robe de loutre, avoit,
comme un cygne, chanté et conclu sa Nænie ou chant funerail. Une chose
l'affligeoit encore, c'est qu'il ne sçavoit pas pomment il debvoit
bien mourir en chrestien, et qu'il ne disoit point adieu à M. de
Potrincourt. Ces choses entendues, M. de Potrincourt vint à luy, luy
remonstre et l'asseure qu'en despit de tous les Aoutmoins et Pilotois,
il vivroit et recouvreroit santé, s'il vouloit manger; ce qu'il estoit
tenu de faire, estant chrestien. Le bon homme crut, et fut sauvé;
aujourd'huy il raconte cecy avec grand contentement, et rememore bien à
propos comme Dieu a misericordieusement en cela fait entendre la malice
et mensonge de leurs aoutmoins.
Je raconteray icy un autre faict du mesme Sieur de Potrincourt, et
qui a beaucoup proffité à toute cette gentilité. Un sauvage chrestien
estoit mort, et (marque de sa constance) il avoit mandé icy à
l'habitation, pendant sa maladie, qu'il se recommandoit aux prieres.
Après sa mort, les autres Sauvages se preparoient de l'enterrer à leur
mode: leur mode est qu'ils prennent tout ce qui appartient au defunct,
peaux, arcs, utensiles, cabannes, etc. bruslent tout cela, hurlants,
brayants avec certains clameurs, sorceleries et invocations du malin
esprit. M. de Potrincourt delibera de vertueusement resister à ces
ceremonies. Il met donc en armes toutes ses gens, et [29] s'en va
aux Sauvages en main forte, obtient par ce moyen ce qu'il demandoit,
sçavoir est que le corps fust donné à M. le Patriarche, et ainsi
l'enterrement fut faict à la chrestienne. Cet acte, d'autant qu'il n'a
pû estre contrarié par les Sauvages, a esté loué par eux, et l'est
encores.
La chappelle qu'on a eue jusque à maintenant, est fort petite, pirement
accomodée, et en toutes façons incommode à tous exercices de religion.
Pour remede, M. de Potrincourt nous a donné tout un quartier de
son habitation, si nous pouvons le couvrir et accomoder. Seulement
j'adjousteray encore un mot, que plusieurs seront bien ayses et édifiés
d'ouïr.
Après mon arrivée icy à Port-Royal, j'ay esté avec M. de Potrincourt
jusque aux Etechemins. Là, Dieu voulut que je rencontrasse le jeune du
Pont de Sainct Malo, lequel ne sçays comment effarouché,[IX.] avoit
passé toute l'année avec les Sauvages, vivant de mesme qu'eux. C'est un
jeune homme d'une grande force d'esprit et de corps, n'y ayant sauvage
qui courre, agisse ou patisse ou parle mieux que luy. Il estoit en
grandes apprehensions de M. de [30] Potrincourt; mais Dieu me donna
tant de croyance envers luy, que sur ma parole il vint avec moy dans
nostre navire, et, après quelques submissions et debvoir rendu par
luy, la paix fut faite au grand contentement de tous. Au départir,
comme les canonades bruyèrent, il me pria de luy assigner heure pour
sa confession. Au lendemain matin, luy mesme prevint l'heure, tant il
estoit en ferveur, et se confessa en l'orée de la mer, en la présence
de tous les Sauvages, qui s'émerveilloient d'ainsy le voir à genoux
devant moy si long temps. Depuis, il communia avec grand exemple, et
puis dire que les larmes m'en vinrent aux yeux, et ne fus pas seul. Le
diable fut confus de cet acte: aussy pensa-il subitement tout troubler
l'aprés disnée suivante; mais Dieu mercy, par l'équité et bonté de M.
de Potrincourt, le tout a esté remis en son entier.
Voilà, mon Révérend Pere, le discours de nostre voyage et des choses
survenues tant en yceluy que devant celuy, et depuis nostre arrivée à
cette habitation. Reste maintenant à vous dire que la conversion de ce
pays à l'Evangile, et de ce peuple à la civilité, n'est pas petite, ni
sans beaucoup de difficultez; car en premier lieu, si nous considerons
le pays, ce n'est qu'une forest, sans autre commodité pour la vie
que celles qu'on apportera de France, et avec le temps on pourroit
retirer du terroir, après qu'on [31] l'aura cultivé. La nation est
sauvage, vagabonde, mal habituée, rare et d'assez peu de gens. Elle
est, dis-je, sauvage, courant les bois, sans lettres, sans police, sans
bonnes moeurs; elle est vagabonde, sans aucun arrest, ni des maisons
ni de parenté, ni des possessions ni de patrie; elle est mal habituée,
gens extremement paresseux, gourmans, irreligieux, traitres, cruels
en vengeance, et adonnés à toute luxure, hommes et femmes, les hommes
ayant plusieurs femmes et les abandonnant à autruy, et les femmes ne
leur servant que d'esclaves qu'ils battent et assomment de coups, sans
qu'elles osent se plaindre; et après avoir esté demy meurtries, s'il
plaist au meurtrier, il faut qu'elles rient et luy fassent caresses.
Avec tous ces maux, ils sont extrêmement glorieux: ils s'estiment
plus vaillans, que nous, meilleurs que nous, plus ingenieux que nous,
et, chose difficile à croire, plus riches que nous. Ils s'estiment,
dis-je, plus vaillants que nous, se vantant qu'ils ont tué des Basques
et Malouins, et fait beaucoup de mal aux navires, sans que jamays on
en ait tiré vengeance, voulant dire que ce a esté faute de coeur.
Ils s'estiment meilleurs: "Car, disent-ils, vous ne cessez de vous
entrebattre et quereller l'un l'autre; nous vivons en paix. Vous
estes envieux les uns des autres, et détractez les uns des autres
ordinairement; [32] vous estes larrons et trompeurs; vous estes
convoiteux, sans liberalité et misericorde: quant à nous, si nous avons
un morceau du pain, nous le partissons entre nous."
Telles et semblables choses disent-ils communement, voyant les
susdictes imperfections en quelques-uns de nos gens; et, se flattent
de ce que quelques-uns d'entre eux ne les ont si éminentes, ne
considerant (pas) qu'ils ont tous des vices beaucoup plus énormes, et
que la meilleure part des nostres n'ont pas mesmes les vices susdicts,
concluent universellement qu'ils vallent mieux que tous les chrestiens.
C'est l'amour propre qui les aveugle, et le malin esprit qui les
seduit, ne plus ne moins que vous voyez en nostre France les desvoyés
de la foy s'estimer et se vanter estre meilleurs que les catholiques,
d'autant qu'en quelques-uns ils voyent beaucoup de vices, ne regardants
ni les vertus des autres catholiques, ni leurs vices beaucoup plus
grands; ne voulant, comme Cyclopes, avoir, qu'un seul oeil, et celuy
fiché sur aucuns vices de quelques catholiques, et jamays sur les
vertus des autres, ni sur eux, sinon pour se tromper.
Ils s'estiment aussi plus ingenieux, d'autant qu'ils nous voyent
admirer aucunes de leurs manufactures, comme oeuvres de personnes si
rudes et grossieres, [33] et admirent peu ce que nous leur monstrons,
quoy que beaucoup plus digne d'estre admiré, faute d'esprit. De là
vient qu'ils s'estiment beaucoup plus riches que nous, quoy qu'ils
soyent extremement pauvres et souffreteux.
Cacagous, duquel j'ai cy-devant parlé, a bonne grace, quand il a un
peu haussé le ton; car pour monstrer sa bonne affection envers les
Françoys, il se vante de vouloir aller veoir le Roy, et luy porter un
present de cent castors, et fait estat, ce faisant, de le faire le plus
riche de tous ses predecesseurs. La cause aussy de ce jugement leur
vient de l'extreme et bruslante convoitise de leurs castors qu'ils
voyent regner en quelques-uns des nostres.
Non moins plaisant est le discours d'un certain Sagamo, qui ayant ouy
raconter de M. de Potrincourt, que le Roy estoit jeune et à marier:
"Peut-estre, dit-il, luy pourray-je donner ma fille pour femme; mais,
selon les us et coustumes du pays, il faudroit que le Roy lui fist de
grands presens: sçavoir, quatre ou cinq barriques de pain, trois de
pois ou de febves, un de petun, quatre ou cinq chapots de cent sols
pièce, avec quelques arcs, flesches, harpons, et semblables denrées."
Voylà les marques de l'esprit de cette nation, qui est fort peu
peuplée, principalement les Soriquois et Etechemins qui avoysinent
la mer, combien, que [34] Membertou assure qu'en sa jeunesse il a
veu _chimonuts_, c'est-à-dire des Sauvages aussi dru semés que les
cheveux de la teste. On tient qu'ils sont ainsi diminués depuis que
les François ont commencé à y hanter: car, depuis ce temps-là, ils ne
font tout l'esté que manger; d'où vient que, prenant une tout autre
habitude, et amassant de humeurs, l'automne et l'hyver ils payent
leurs intemperies par pleurésies, esquinances, flux de sang, qui les
font mourir. Seulement cette année, soixante en sont morts au Cap de
la Hève, qui est la plus grande partie de ce qu'ils y estoient; et
neantmoins personne du petit peuple de M. de Potrincourt n'a esté
seulement malade, nonobstant toute l'indigence qu'ils ont paty; ce qui
a faict apprehender les Sauvages que Dieu nous deffend et protége comme
son peuple particulier et bien-aymé.
Ce que je dis de cette rareté d'habitants de cette contrée, se doict
entendre de ceux qui paroissent en la coste de la mer; car, dans les
terres, principalement des Etechemins, il y a force peuple, à ce qu'on
dit. Toutes ces choses conjoinctes avec la difficulté du langage, le
temps qu'il y faudra consommer, les despends qu'il y faudra faire,
les grandes incommoditez et labeurs et disettes qu'il faudra endurer,
declarent assez la grandeur de cette entreprise, et les difficultés qui
la pourront traverser. Toutes [35] fois plusieurs choses m'encouragent
à la poursuite d'icelle.
Premierement l'esperance que j'ay en la bonté et providence de Dieu.
Esaïe nous assure que le royaume de nostre Redempteur doict estre
recognu par toute la terre, et qu'il ne doict avoir ni antres de
dragons, ni cavernes de basilisques, ni rochers inaccessibles, ni
abysmes tant profonds que son humanité n'adoucisse, son salut ne
guerisse, son abondance ne fertilise, son humilité ne surhausse,
et enfin que sa croix ne triomphe victorieusement. Et pour quoy
n'esperay-je que le temps est venu auquel cette prophetie doict estre
accomplie en ces quartiers? Que si cela est, qu'y a-t-il de tant
difficile que nostre Dieu ne puisse faciliter?
En second lieu, je mets la consideration du Roy nostre Sire. C'est
un Roy qui nous promet rien de moindre que le feu Roy son pere
l'incomparable Henri le Grand. Cet oeuvre a commencé avec son reigne,
et peut on dire que depuis cent années la France s'est approprié ce
pays, ou en a si veritablement pris possession, ny tant faict, que
depuis son reigne, que Dieu remplisse de toutes benedictions. Il ne
voudra permettre que son nom et ses armes paroissent en ces regions
avec le paganisme, son authorité avec la barbarie, sa renommée avec la
sauvagine, son pouvoir avec l'indigence, [36] sa foy avec manquement,
ses subjects sans ayde ni secours. Sa mère aussy, une autre Reyne
Blanche, visant à la gloire de Dieu, contemplera ces deserts et
nouveliers siens, où, au commencement de sa Regence, le coutre de
l'Evangile a par son moyen ouvert quelque esperance de moisson, et se
souviendra de ce que le feu Roy, grand de sagesse aussi bien que de
valeur, prononça au Sieur de Potrincourt venant en ce pays: "Allez,
dit-il, je trace l'édifice; mon fils le bastira." Ce que nous supplions
vostre Reverence de luy representer, et ensemble le bon oeuvre que
leurs Majestés peuvent faire en ces quartiers, si c'estoit leur bon
playsir de fonder et donner quelque honneste revenu à cette residence,
de laquelle se pourroit s'epandre par toute cette contrée ceux qui y
seroyent eslevés et entretenus.
Voylà le second fondement de nostre esperance, auquel j'adjousteray
la pieté et largesse que nous avons experimenté sur nostre depart
ès-seigneurs et dames de cette tres-noble et tres-chrestienne cour,
me promettant qu'ils ne voudront manquer de favoriser de leurs moyens
cette entreprise, pour ne perdre ce que desjà ils y ont employé, ce qui
leur sert d'ares de gloire et de felicité immortelle devant Dieu.
M. de Potrincourt, Seigneur doux et équitable, [37] vaillant, amé et
experimenté en ces quartiers, et M. de Biancourt son fils, imitateur
des vertus et belles qualitez de son pere, tous deux zelés au service
de Dieu, qui nous honorent et cherissent plus que nous ne meritons,
nous donnent aussi grand courage de nous employer en ceste ouvrage de
tout nostre pouvoir.
Finalement, l'assiete et condition de ce lieu, qui promet beaucoup pour
l'usage de la vie humaine, s'il est cultivé, et sa beauté, qui me fait
esmerveiller de ce qu'il a esté si peu recherché jusques à maintenant,
où est ce port où nous sommes, fort propre pour d'icy nous estendre
aux Armouchiquois, Iroquois et Montagnes, nos voisins, qui sont grands
peuples, et labourent les terres comme nous; ce lieu, dis-je, nous fait
esperer quelque chose à l'advenir. Que si nos Souriquois sont peu, ils
se peuvent peupler; s'ils sont sauvages, c'est pour les domestiquer
et civiliser qu'on vient icy; s'ils sont rudes; nous ne devons point
estre pour cela paresseux; s'ils ont jusqu'ici peu profité, ce n'est
merveille, ce seroit rigueur d'exiger si tost fruict d'un gref, et
demander sens et barbe d'un enfant.
Pour conclusion, nous esperons avec le temps les rendre susceptible de
la doctrine de la foy et religion chrestienne et catholique, et après,
passer [38] plus avant aux regions de deçà plus habitées et cultivées,
comme dict est; esperance que nous appuyons sur la bonté et misericorde
de Dieu, sur le zele et fervente charité de tous les gens de bien qui
affectueusement desirent le royaume de Dieu, particulierement sur les
sainctes prieres de Vostre Reverence et de nos RR. PP. et très-chers
FF. auxquels très-affectueusement nous nous recommandons.
Du Port-Royal en la Nouvelle-France, ce dixiesme juin mil six cents
onze.
PIERRE BIARD.
NOTES:
[III.] Charles de Biencourt, écuyer, sieur de Saint-Just et fils de
M. de Poutrincourt. Il était alors âgé de dix-neuf ou vingt ans.
(_Lescarbot_ et _Champlain_.)
[IV.] Thomas Robin, écuyer, sieur de Cologne, demeurant en la ville de
Paris. (_Lescarbot._)
[V.] Champlain et Charlevoix, qui l'a copié, mettent à tort le 12 de
juin.
[VI.] Lescarbot dit: «Son père le conduisit jusque au port de la Hève,
à cent lieues loin, ou environ du Port-Royal.» Ce qui donnerait à
entendre que Chachippè, Port Saint-Jean et la Hève sont une même chose.
[VII.] Aller à la bouline, c'est-à-dire tenir le plus près du vent.
[VIII.] Le _cormoran_ est un oiseau de mer, qui a le cou fort long, les
pattes très-hautes, et qui vit de poisson.
[IX.] «L'année prochainement passée, il avoit été fait prisonnier
par le Sieur de Potrincourt, d'où s'estant esvadé subtilement, il
avoit esté contraint courrir les bois en grande misere.» (_Relation
imprimée._)
[9] Letter from Father Biard to Reverend Father Christopher Baltazar,
Provincial of France, at Paris.
(_Copied from the autograph preserved in the Archives of Jesus, at
Rome_).
MY REVEREND FATHER,
The peace of Christ be with you.
At last by the grace and favor of God, here we are at Port-Royal, the
place so greatly desired, after having suffered and overcome, during
the space of seven months, a multitude of trials and difficulties
raised up against us at Dieppe by those belonging to the pretended
religion; and after having survived at sea the fatigues, storms, and
discomforts of winter, winds, and tempests. By the mercy of God,
and through the prayers of Your Reverence and of our good Fathers
and Brothers, here we are at the end of our journey and in the
long-wished-for place. And I am now taking the first opportunity which
presents itself to write to Your Reverence, and to communicate to you
news of ourselves and of our present situation. I am sorry that the
short time we have been in this country does not permit me to write
about it at length, as I was desirous [10] of doing, and about the
condition of these poor people; however, I will try to describe to you
not only what happened in our voyage, but also all that we have been
able to learn of these peoples since our arrival, as I believe all our
good noblemen and friends, as well as Your Reverence, expect and desire
me to do.
So, to begin with the preparations for our voyage, Your Reverence
must know about the effort put forth by two Dieppe merchants of the
pretended religion, who were charged with freighting the ship, to
prevent our being received upon it. For a number of years past, those
who began and continued to make voyages to Canada have wished some of
our Society to be employed for the conversion of the people of that
country; and Henry the Great, the late King, of happy memory, had set
aside five hundred écus[34] for the voyage of the first ones who should
be sent there: at this time Reverend Father Enmond Masse and I, chosen
for this mission, after having saluted the Queen Regent and learned
from her own utterances the holy zeal which she felt for the conversion
of this barbarous people, and having received the above-mentioned five
hundred écus for our viaticum,[35] aided also by the pious liberality
of the Marchionesses de Guercheville, Verneuil, and de Sourdis,[36]
left Paris and arrived at Dieppe upon the day which [11] Monsieur de
Biancourt, son of Monsieur de Potrincourt, had designated for our
departure, the 27th of October, 1610.
The two above-mentioned merchants, as soon as they heard that two
Jesuits were going to Canada, addressed themselves to Monsieur de
Biancourt[X.] and warned him that, if the said Jesuits intended to
embark upon the ship, they would have nothing to do with it: they were
told that the presence of the Jesuits would in no wise interfere with
them; that, thanks to God and the Queen, they had the money to pay
their passage without in the least disturbing their cargo. They still
persisted, however, in their refusal; and although Monsieur de Sicoine,
governor of the city, a very zealous catholic, kindly interposed, he
could gain nothing from them. For this reason, Monsieur Robbin,[XI.]
his son, otherwise called de Coloigne,[37] a partner of Monsieur de
Biancourt in this voyage, thought he would go to Court and make known
this difficulty to the Queen; he did so. The Queen, thereupon, sent
letters addressed to Monsieur de Sicoigne, telling him to announce that
the will of the present King, as well as [12] that of the late King of
eternal memory, was that these Jesuits should go to Canada; and that
those who were opposing their departure were doing so against the will
of their Prince. The letters were very kind: and Monsieur de Sicoigne
was pleased to assemble the consistory, and read them to that body.
Notwithstanding all this, the merchants would not yield in the least;
it was merely granted that, leaving the Jesuits out of the question,
they should promptly load their ship, lest these perplexities and
disputes should cause some delay in bringing the succor to Monsieur de
Potrincourt, which must be given promptly. Then I almost made up my
mind that all our hopes were doomed to disappointment, for I did not
see how we were to be extricated from these difficulties. Monsieur de
Coloigne did not despair; but, showing himself in his kindness always
more eager to pursue the case for us, by a second journey he convinced
the Court of an excellent plan for thwarting the merchants; namely, by
paying them for their cargo, and thus indemnifying them. Madame de
la Guercheville, a lady of great virtue, recognizing the expediency of
this plan, and deeming it inconsistent with real piety to allow a godly
work to be checked for such a trifle, and thus [13] that satan should
be permitted to triumph, determined to try and raise the sum of money
required; and she did so with such diligence and success, through the
pious generosity of several Noblemen and Ladies of the court, that she
soon collected four thousand livres and sent them to Dieppe. Thus the
merchants were deprived of all the rights which they might have had in
the vessel, without losing anything, and we were admitted into it.
This, and other incidents interfering with the preparations for our
voyage, were the reasons why we could not leave Dieppe before the 26th
of January, 1611. Monsieur de Biancourt, a very accomplished young
gentleman, and well versed in matters pertaining to the sea, was our
leader and commander. There were thirty-six of us in the ship, which
was called _la Grace de Dieu_, of about sixty tons burden. We had
only two days of favorable winds; on the third day we suddenly found
ourselves carried, by contrary winds and tides, to within a hundred or
two hundred paces of the breakers of the isle of Wight, in England;
and it was fortunate for us that we found good anchorage there, for
otherwise we certainly should have been lost.
Leaving this place we put into port at Hyrmice, and then at Newport; by
which we lost eighteen days. The 16th of February, first day of lent,
[14] a good northwester arising allowed us to depart, and accompanied
us out of the English Channel. Now mariners, in coming to Port Royal,
are not accustomed to take the direct route from the Ouessant islands
to Cape Sable, which would lessen the distance, for in this way, from
Dieppe to Port Royal, there would only be about one thousand leagues;
but they are in the habit of going South as far as the Azores, and from
there to the great bank, thence, according to the winds, to strike for
Cape Sable, or Campseaux, or elsewhere. They have told me that they go
by way of the Azores for three reasons: first, in order to avoid the
north sea, which is very stormy, they say; second, to make use of the
south winds, which usually prevail there; third, to be sure of their
reckonings; for otherwise it is difficult to take their bearings and
arrange their route without error. But none of these causes affected
us, although we followed this custom. Not the first, for we were so
tossed about by tempests and high seas, that I do not think we gained
much by going north or south, south or north; nor the second, because
often when we wanted the South, the North wind blew, and vice versa;
and certainly not the third, inasmuch as we could not even see the
Azores, although we went [15] down as far as 39° 30'. Thus all the
calculations of our leaders were confounded, and we had not yet reached
the Azores of the great bank when some of them thought we had passed
it.[38]
The great codfish bank is not, as I thought in France, a kind of sand
or mud-bank, appearing above the surface of the sea; but is a great
sub-marine plateau 35, 40 and 45 fathoms deep, and in some places
twenty-five leagues in extent. They call it bank, because, in coming
from the deep sea, it is the first place where bottom is found with the
sounding lead. Now upon the border of this great bank, for the space of
three or four leagues, the waves are generally very high, and these
three or four leagues are called the Azores.
We were near these Azores on Tuesday of Easter week, when suddenly we
became a prey to our sworn foe, the West wind, which was so violent and
obstinate that we very nearly perished. For eight entire days it gave
us no quarter, its vindictiveness being augmented by cold and sometimes
rain or snow.
In taking this route to New France, so rough and dangerous, especially
in small and badly-equipped boats, one experiences the sum total of all
the miseries of life. We could rest neither [16] day nor night. When we
wished to eat, a dish suddenly slipped from us and struck somebody's
head. We fell over each other and against the baggage, and thus found
ourselves mixed up with others who had been upset in the same way;
cups were spilled over our beds, and bowls in our laps, or a big wave
demanded our plates.