«De plus instructif, nul en sera des agronomes,

De plus utile, il serait de la campagne aux personnes;

Pour faire fortune, il faut bien travailler.

Pour bien travailler, il faut se bien porter,

Des vrais moyens l’un donne en travaillant,

De s’enrichir en peu de temps, travail faisant,

Et vous procurera bonheur, prospérité;

L’autre, de rétablir, conserver sa santé.

Vive, vive, l’_agricuture_

Et sa chère sœur la _culture!_

Vive, vive le commerce

En tout genre, de toute espèce!

Vive, vive l’industrie

De ma patrie c’est la vie!

Vive, vive cette chère santé,

Sans elle, bonheur ni félicité!

»S’adresser à l’auteur, passage de la Treille, 5, près l’église

Saint-Germain-l’Auxerrois.»

_Imprimerie de_ DUCESSOIS, _quai des Augustins_, 55.

M. Dubignac n’a pas été élu.

Avril 1842.

Une pension de mille écus et M. Hébert.--Longchamps.--M. de

Vigny.--M. Patin.--M. Royer-Collard.--Remède contre le froid aux

pieds.--M. C. Bonjour, le roi Louis-Philippe, M. Rudder et M.

Cayeux.--EXPOSITION DU LOUVRE: M. Hébert à propos du portrait de la

reine.--Louis XVIII et un suisse d’église.--M. Vickemberg et M.

Biard.--M. Meissonnier et M. Béranger.--M. Gudin.--Le lion de M.

Fragonard.--M. Affre.--Monseigneur de Chartres.--M. Ollivier et une

dinde truffée.--La Vierge de Bouchot.--Les ânes peints par

eux-mêmes.--Question des sucres.--Un tailleur _à

façon_.--_Lorenzino_ de M. Al. Dumas.--Un vendeur de beau

temps.--M. Listz.--Le cancan, la béquillade, la chaloupe, dansés

par M. de B... au dernier bal de madame la duchesse de M...--M.

Dubignac sur Napoléon, les femmes et l’amour, etc., etc.--Succès

pour le commerce français, obtenu sur la plaidoirie de Me

Ledru-Rollin.

AVANT-PROPOS.--On savait depuis longtemps que j’étais _vendu_ au

gouvernement.--Quelques _carrés de papier_ m’appelaient, par euphémisme,

_ami du château_;--mais dans plusieurs estaminets ou disait nettement la

chose. Cependant on n’était pas d’accord sur certains détails. Quelques

personnes portaient la somme dont on m’avait acheté à une importance qui

pouvait devenir une dangereuse amorce pour les désintéressements les

plus inabordables.

Mais l’autre jour, comme j’arrivais à Paris pour voir l’exposition de

peinture,--une des premières choses que m’a dites un des premiers hommes

que j’ai rencontrés a été qu’on sait maintenant à quoi s’en tenir: «M.

Cavé est venu me trouver au bord de la mer, où je péchais des soles et

des barbues, et là nous avons fixé le prix à trois mille francs de

pension annuelle.»

D’autre part, je reçois une lettre signée Pauline, où on me dit de

prendre garde à moi,--parce que M. Hébert surveille attentivement les

_Guêpes_, dont quelques aiguillons lui ont percé l’épiderme.--Est-ce que

M. Hébert serait chargé de me reprendre, sous forme d’amende périodique,

les trois mille francs de pension dont je vous parlais tout à

l’heure?--Tout cela m’inquiète fort, et ne me laisse prendre la plume

qu’avec une extrême timidité.

En effet, on comprendra facilement mon embarras:--je voudrais bien dire

des choses extrêmement hardies,--pour démentir le bruit de la

pension;--mais j’ai peur que M. Hébert ne profite de la circonstance

pour me faire un procès.--Heureusement que j’ai à parler du Salon et de

l’exposition de peinture: il n’y a là rien de politique, et je pourrai

naviguer entre les deux écueils que je redoute.

[GU] Voici les quatre choses qui m’ont le plus frappé à Longchamps:

Un marchand de briquets promenait six voitures rouges;

Un marchand de chemises, en cabriolet, faisait tomber sur la foule une

neige d’adresses et de prospectus;

Plusieurs messieurs à pied--étaient vêtus de toiles représentant des

cheminées, avec l’adresse et l’éloge des fabricants;--ils étaient

coiffés d’un tuyau de poêle;--un de ces malheureux a été chassé de

l’administration parce qu’il s’était permis de fumer;

La garde municipale était en petite tenue,--ce dont on était

généralement fâché, parce que la grande tenue est d’un aspect

magnifique. (Peut-être ceci, à propos de la garde municipale, va-t-il

confirmer l’affaire des mille écus:--je l’effacerai sur les épreuves.)

[GU] M. de Vigny refait en ce moment ses visites à ses futurs collègues.

Cette fois, les chances sont pour lui, quoique cependant la rivalité de

M. Patin présente quelques dangers.--On a généralement trouvé de mauvais

goût qu’en parlant de son concurrent M. de Vigny feignît de ne pas

savoir son nom et affectât de l’appeler M. Pantin.

[GU] M. Royer-Collard tient singulièrement à la vie. M. Andr..., son

gendre et son médecin, lui a recommandé, avec la plus grande sévérité,

d’apporter à ses repas une régularité inflexible. Un de ces jours

derniers, au moment où la pendule marquait six heures,--M. Royer-Collard

mettait la main sur le bras de son fauteuil pour se lever et s’approcher

de la cheminée devant laquelle on venait de lui servir une _sole_

fumante,--lorsqu’un domestique maladroit annonce brusquement M. le comte

Alfred de Vigny.--M. de Vigny suivait le domestique de fort près et

entendit parfaitement la réponse de M. Royer-Collard, qui s’écria:--«Je

n’y suis pas.»--Il entra néanmoins, et allait ouvrir la bouche quand

l’académicien lui dit:

--Monsieur, vous reviendrez une autre fois.

--Mais, monsieur,--reprit M. de Vigny,--l’affaire dont j’ai à vous

entretenir est sérieuse.

--Eh bien! vous reviendrez une autre fois.

--Je pense, monsieur,--que l’on m’a mal annoncé:--je suis le comte A. de

Vigny.

--Eh bien!--dit M. Royer-Collard,--qui regardait avec anxiété,--et la

pendule qui marquait six heures dix minutes,--et la sole, dont la fumée

paraissait déjà moins intense;--eh bien! vous reviendrez un autre jour.

--Mais, monsieur...

--Mais, monsieur,--je vous dis de revenir;--je ne vous connais pas.

--Je croyais, monsieur, que mon nom était parvenu jusqu’à vous; il a

fait un peu de bruit dans la littérature.

--Eh bien, monsieur, c’est pour cela;--il n’a fait qu’un peu de bruit,

et il en faut faire beaucoup pour venir jusqu’à moi.--Je suis vieux;

j’ai besoin de régularité:--faites-moi le plaisir de me laisser dîner

tranquillement.

[GU] A une parade, le marquis de ***, un des jeunes officiers les

plus élégants de l’armée,--se plaignait du froid aux pieds qu’il

ressentait à cheval:

--Vous avez froid aux pieds, capitaine? lui dit un vieux maréchal des

logis.

--Je t’en réponds.

--Je sais ce que c’est, capitaine; j’y ai eu froid pendant vingt ans.

--Eh bien, tu as dû avoir du plaisir.

--Mais, maintenant, c’est fini;--on m’a indiqué un moyen...

--Ah! quel est ton moyen?

--C’est bien simple, allez, capitaine,--vous ne vous figurez pas comme

je souffrais:--c’est-à-dire que les larmes m’en venaient aux yeux.

--Eh bien, qu’as-tu fait?

--Ce n’est presque rien.--On va toujours chercher midi à quatorze

heures; j’ai vu des jours où je serais tombé de cheval.

--Mais, enfin, quel est ton moyen?

--Le plus simple du monde, comme je vous dis, capitaine,--presque

rien;--moi, j’ai eu froid pendant vingt ans, et, quand on m’a eu donné

ce moyen-là, ç’a été fini,--je n’ai plus jamais eu froid aux pieds de ma

vie; et, comme je vous dis,--ce qu’il y a de meilleur,--c’est que c’est

un moyen aussi simple qu’il est excellent.--Vous n’y avez pas froid

comme j’y ai eu froid pendant vingt ans;--et aujourd’hui...

--Eh bien?

--Si vous avez froid aux pieds,--il ne faut pas aller s’ingérer ça ou

ça;--le moyen est bien simple... il faut mettre des chaussettes dans vos

bottes.

[GU] M. Casimir Bonjour,--auteur des _Deux Cousins_ et de la mort de M.

Alexandre Duval, qu’il a forcé d’aller, mourant, voter pour lui à

l’Institut,--n’ose plus se mettre sur les rangs depuis qu’un académicien

lui a dit: «Franchement, mon cher ami, votre candidature n’a plus de

chances:--tous les jours la _Gazette des Tribunaux_ met l’Académie en

garde contre le _vol au bonjour_.»

[GU] Un de mes amis reçoit hier une lettre de son jardinier;--cette

lettre est datée d’une charmante retraite qu’il possède dans le midi de

la France;--le jardinier lui dit:

«Monsieur, voici le printemps,--il va m’arriver comme l’année

passée.--Permettez-moi d’aller demeurer à la ferme; il y a dans le

jardin des rossignols qui _gueulent_ toute la nuit: il n’y a pas moyen

de fermer l’œil.»

[GU] Il y a au Musée un portrait du roi Louis-Philippe,--que l’auteur,

M. de Rudder, avait fait de son chef, sans en prévenir personne,--et

d’après d’autres portraits.--M. de Cayeux offrit à l’artiste de lui

obtenir du roi une ou deux séances pour arriver à une plus complète

ressemblance.--Il est facile de voir, à l’aspect du portrait, que M. de

Rudder a ajouté des cheveux blancs--qui ne se mêlent nullement aux

autres.

Un jour que le roi donnait séance à M. de Rudder, il prit envie à Sa

Majesté de faire le tour du Musée,--et elle pria M. de Rudder de

l’accompagner avec M. de Cayeux, qui se trouvait là.

Pendant qu’on traversait les appartements, M. de Cayeux, qui aime

beaucoup les conseils... quand il les donne,--avait pris M. de Rudder à

part, et lui avait dit à voix basse: «Il y a une chose dont il faut que

je vous avertisse: le roi n’aime pas qu’on soit trop près de

lui,--restez un peu en arrière.»

M. de Rudder croit la chose et n’en demande pas davantage.

On arrive dans les galeries;--le roi tourne souvent la tête à droite et

à gauche pour parler à M. de Rudder,--mais c’était M. Cayeux qui

interceptait les questions et faisait les réponses.

Il faut dire que c’était un manége assez fatigant pour le roi, qui a la

fâcheuse habitude de porter deux cravates fort serrées,--dont ses

médecins ne peuvent pas obtenir de lui qu’il affranchisse son cou.

Enfin, Sa Majesté, impatientée de ne pas voir M. de Rudder, avec qui

elle voulait causer, lui cria d’un peu loin: «Mais, monsieur, je vous en

prie, venez à côté de moi!»

M. de Rudder obéit et resta près du roi, avec lequel il causa quelque

temps.

Ce jour-là, du reste, une fenêtre tomba avec fracas aux pieds du roi

pendant cette promenade.

Cette anecdote sur le roi,--M. de Rudder et M. de Cayeux,--nous amène

naturellement au Musée.--Entrons au Musée.

[GU] EXPOSITION DU LOUVRE.--Constatons d’abord une chose: c’est que les

expositions du Louvre ont singulièrement l’air de ne plus amuser le

public, et que, excepté moi, je n’ai vu là personne qui fît un peu plus

de cent lieues pour se promener dans les galeries en renversant les

vertèbres du cou d’une façon si douloureuse et si fatigante.

Je ne reparlerai pas des membres du jury, _doctores non docti_. Deux

fois déjà à pareille époque les _Guêpes_ se sont expliquées à leur

sujet.

Je vais vous dire ce que j’ai remarqué en me promenant dans les

galeries.

D’abord un portrait de la reine;--ce portrait est fait avec soin, par M.

Winterhalter.--Je voudrais seulement savoir pourquoi les mains sont

aussi bleues,--est-ce le velours qui déteint?

_N. B._ (Phrase à refaire tout entière: d’un bout, elle est exposée aux

estaminets et aux carrés de papier, et de l’autre à M. Hébert,--en

effet «_d’abord la reine_» c’est le _ab Jove principium_ des Latins.--Il

est évident que j’ai la pension de mille écus.

Puis à la fin--une critique: _les mains sont bleues_--les mains de la

_reine_.--M. Lévy ne voudra peut-être pas imprimer cela,--et, s’il

l’imprime, M. Hébert, qui me surveille, selon madame ou mademoiselle

Pauline,--peut se fâcher.--J’aurai soin, pour les estaminets et les

carrés de papier, de parler de quelque bourgeoise ou bien de la

_cuisinière piquant un fricandeau_ de M. Chollet, avant de parler de S.

M. la reine Amélie.--A l’égard de M. Hébert, j’expliquerai que j’entends

parler des mains du tableau.)

Il y a dans ce même salon carré, une grande image ainsi intitulée au

livret:

M. VINCHON. 1831. _Séance royale pour l’ouverture des Chambres et la

proclamation de la Charte constitutionnelle_ (_14 juin 1814_).

_Maison du Roi._

Qu’est-ce que la peinture historique si elle n’ose pas poétiser un peu

les figures? Pourquoi donner à Louis XVIII cet air de suisse

d’église?--pourquoi avoir présenté de face un homme d’une grosseur

extraordinaire qu’on pouvait dissimuler sans mensonge en changeant sa

position? pourquoi faire la lumière de ce blanc pâteux?--la lumière se

compose de toutes les couleurs.

En voyant ce tableau, M. Villemain a dit:

--Il faudra donner cinq cents francs à l’auteur.

--Mais, a répondu quelqu’un,--cinq cents francs! le cadre les vaut!

--Aussi est-ce en comptant le cadre, a répondu M. Villemain.

[GU] M. Lestang-Parade a à se reprocher une _Bethsabée_ très-décolletée,

dont la peau est couleur gorge de pigeon.

[GU] Au-dessus de la _Bethsabée_ est un petit tableau de M.

Wickemberg,--c’est un étang gelé, sur lequel des enfants jouent avec un

traîneau; deux autres enfants apportent des fagots;--c’est d’une vérité

charmante et d’un fini précieux. C’est une comparaison fâcheuse pour les

glaces bleu de ciel de M. Biard.--Il n’y avait pas besoin d’aller en

Laponie,--un baquet de blanchisseuse oublié dans une cour, une nuit de

décembre, donne une glace de cette couleur.--Je ne pense pas qu’il y en

ait ailleurs.

Au-dessous d’un _Combat naval_ de M. Th. Gudin,--toujours dans le salon

carré,--sont deux tableaux, grands comme des tabatières, et qui méritent

l’attention,--un _Fumeur_, de M. Meissonnier, et surtout un _Lièvre et

une Perdrix_, de M. Béranger.--Je ne pense pas que la peinture soit

jamais allée plus loin comme imitation.

Un monsieur, voulant savoir si c’était peint sur toile, a donné un coup

violent de la pointe de son doigt sur le tableau. «Heureusement qu’il

est peint sur bois, me disait A. L***, qui était avec moi.--Du reste,

ajoutait-il, ce monsieur avait pris un bon moyen de satisfaire sa

curiosité,--car, si le tableau avait été sur toile, il l’aurait vu tout

de suite; son doigt aurait passé au travers.»

A propos de M. Gudin, sa _Barque de pêche danoise_ est un de ses

meilleurs tableaux.

Au-dessus est un tableau de M. Fragonard, ainsi nommé au livret: _Femmes

chrétiennes livrées aux bêtes féroces dans le Cirque_.

Or, il n’y a qu’une femme,--il n’y a qu’une bête, et il n’y a pas de

cirque.

La bête est un lion qui, par sa forme et sa pose, ressemble

singulièrement aux lions qui servent d’enseigne à beaucoup de marchands

de vins.--La femme est renversée, et une des pattes du lion est levée,

arrondie, un peu au-dessus d’un des seins nus de la malheureuse

chrétienne. Ce sein nu fait tout à fait l’effet de la boule que la

tradition place sous la patte des _lions d’or_ et des _lions d’argent_.

M. Fragonard a senti la chose, et, pour éviter l’application, pour

empêcher d’appeler son tableau le _Lion d’or_, il a fait son lion brun.

[GU] _Deux taureaux appuyés l’un sur l’autre dans une grande prairie._

Ce tableau est une de ces fenêtres que M. Brascassat ouvre de temps en

temps dans les murs du Louvre sur les prairies de Normandie. Son tableau

a une étendue immense dans un cadre de quelques pieds.

[GU] Il y a énormément de femmes nues et laides, ce qui constitue la

véritable et la plus haute indécence.--Parmi celles qui ont eu le regret

de se faire peindre habillées, plusieurs ont imaginé une autre

indécence; elles se sont fait peindre entières, vues de dos, sur des

sièges sans dossiers, qui ne permettent de rien perdre des formes

Oudinot (crinoline--cinq ans de durée), que les femmes exagèrent

singulièrement depuis quelques années.--Je prendrai, pour l’exemple le

plus frappant de ce que je dis, le portrait de S. A. I. la

grande-duchesse Hélène Paulowna, peint par M. Court, portrait détestable

du reste, dont la guipure, parfaitement imitée par des procédés connus

des derniers rapins,--excite au musée une assez vive admiration.

[GU] Madame. G*** (84) est rouge;--madame G. est jaune;--mademoiselle

R. est violette;--madame *** est grosse comme un muid;--mademoiselle

de R. est orange;--Madame de ***, gris-bleu;--M. R*** est chauve,

etc. Je pense que c’est là ce que veulent faire savoir au public les

diverses personnes qui ont fait mettre leurs portraits au Louvre.

[GU] A propos de portraits,--il y a un peintre qui a fait le portrait de

sa femme; sa femme est, dit-on, jolie, et le portrait semble avoir pour

but de le cacher au public;--quelqu’un disait à l’original: «Votre mari

est jaloux, c’est pour cela qu’il vous a faite si laide; ils sont tous

comme cela.--Oui-da, répondit-elle, et à quoi cela les avance-t-il?

[GU] UN CHANOINE DE SAINT-DENIS.--Nous venons de voir M. Affre,

archevêque de Paris.--M. Ollivier, ancien curé de Saint-Roch,--puis un

évêque de je ne sais où;--il y a au moins quinze prélats attifés avec

une coquetterie féminine,--des recherches de parures inouïes, des

raffinements d’élégance inimaginables, des dentelles qui font envie aux

femmes.

L’Église est pour le moment assez mondaine; monseigneur de Chartres fait

depuis quelque temps des feuilletons dans les journaux.

[GU] Madame la comtesse de B*** n’a pas suffisamment compté sur ses

charmes,--elle a fait mettre son écusson dans un coin du tableau.

Ah! mon bon monsieur Lévy,--laissez-moi une fois dire ce que je pense

sur cette odieuse galerie de bois.

Quel est le malheureux qui a eu l’idée d’accrocher cette hideuse baraque

au flanc d’un monument comme le Louvre? Jamais les peuples barbares

n’ont rien imaginé de cette force.--Les Vandales eussent peut-être

détruit le Louvre, mais ils ne l’eussent pas ainsi déshonoré.--Ah!

diable,--et M. Hébert... à ce que dit madame ou mademoiselle Pauline.

[GU] Près de ce portrait blasonné est celui d’une femme vêtue de

noir,--c’est une figure intéressante et un tableau remarquablement

peint.--Il faut lui reprocher un fond d’un bleu dur et uniforme,--comme

le papier de tenture d’un appartement;--mais ce n’est pas, à ce qu’il

paraît, si facile de faire des fonds.

Du vivant de Rubens,--une femme alla le trouver et lui dit:

--_Monsieur_ Rubens--(on l’appelait monsieur), mon fils a d’heureuses

dispositions (c’est incroyable combien ont d’heureuses dispositions les

enfants dont on est la mère): il faut absolument qu’il travaille auprès

de vous.

Rubens, qui n’en voulait à aucun prix, s’excuse sur ses occupations.

--Oh! monsieur Rubens, il ne vous fera pas perdre de temps; au

contraire, il vous aidera: il y a un tas de petites choses qu’il fera à

votre place, il vous fera vos fonds...

--Ah! parbleu, madame, s’écrie Rubens, il me rendra là un vrai service,

car je ne sais pas encore les faire!

[GU]--Pardon, la grosse mère qui êtes en face, serrez un peu vos gros

bras contre votre gros corps, vous me cachez trop de ce beau papier qui

sert de fond à votre portrait.

Dans l’épisode du _Combat de Trafalgar_, de M. Caussé,--on remarque un

fragment de mât brisé,--sur lequel quelques matelots sont debout ou

assis comme dans des fauteuils.--Je voudrais vous y voir, monsieur

Caussé;--je gage que, par une mer un petit peu houleuse, vous ne vous

tenez pas sur le bateau du Havre à Honfleur comme vos matelots se

tiennent sur leur morceau de mât.--Tenez-vous la gageure?

[GU] Mademoiselle Dimier a peint son propre portrait (567), cela m’a

rappelé ce que fit Phryné:--Accusée devant l’aréopage,--elle se

contenta, pour toute réponse, de montrer sa gorge aux juges,--et elle

obtint son acquittement par cette plaidoirie d’un genre tout

particulier, qui n’aurait guère de succès aujourd’hui..., du moins en

audience publique.--Mademoiselle Dimier paraît appeler son visage au

secours de son pinceau; ils sont agréables l’un et l’autre.

[GU] Tiens,--deux singes!

Ah! non... pardon; mille pardons.--C’est un ménage vert--dans une

forêt.--Cela s’appelle portrait de M. et de madame ***; mais je serai

plus discret que le peintre, M. Defer, je ne mettrai pas les

initiales;--j’intitulerai l’objet: _Portrait du livret du salon, tenu à

la main par M***, qui est dans une forêt_; c’est du reste ce que cela

représente.--Le livret est fort ressemblant.--J’espère que M. et

madame*** le sont moins.

[GU] M. Lafond a peint nue--une femme grosse de sept mois;--c’est laid.

[GU] Je ne sais pourquoi certains carrés de papier ne font pas plus

attention à la manière dont on peint les villes de la conquête d’Alger.

Le jury qui admet ces tableaux ne peut avoir pour but que de dégoûter

les Français de leurs possessions d’Afrique.

Selon M. Frère, Constantine est couleur chocolat à l’eau et Alger

couleur chocolat au lait.

Joignez à cela un _Combat_ de M. Guyon, et dites-moi si vous vous sentez

envie d’aller être héros là-bas, pour qu’on vous peigne comme cela ici.

[GU] Le 4 avril 1840, dit M. Chazal dans le livret,--il se passait dans

le port de Cherbourg un de ces rares et majestueux événements où se

révèle la puissance du génie de l’homme: on lançait à la mer le vaisseau

le _Friedland_.

Ce qu’il y a de plus remarquable dans ce tableau, c’est une sorte de

dressoir où sont figurées les autorités de Cherbourg, et qui ressemble,

à s’y méprendre, à l’un des côtés de la boutique d’un pharmacien avec

les fioles de diverses couleurs qui y sont rangées sur des tablettes.

Quelques-unes des fleurs de M. Chazal, dans le tableau qui est près du

portrait de la reine, dans le salon carré, valent mieux que son tableau

du _Friedland_; cependant je ne les aime guère;--au reste,--je dois dire

pour consoler M. Chazal, en lui donnant le moyen de se réfugier dans un

grand mépris de mon opinion,--que la plupart des fleurs, même des

maîtres en ce genre,--me paraissent un barbouillage de convention.

Il y a cependant au Salon, dans la galerie de bois, un remarquable

tableau de fleurs de madame Chantereine:--c’est à peu près la seule fois

que j’ai vu aussi bien reproduire _l’étoffe des fleurs_;--c’est un

charmant tableau et un charmant talent.

Disons encore, toujours pour consoler M. Chazal et les autres peintres

de fleurs, que j’ai quitté mes pêchers et mes abricotiers en fleurs pour

venir voir leurs tableaux, et que cela me rend difficile et un peu de

mauvaise humeur.

[GU] M. Villiers a peint un bœuf bleu, sous le nº 1847.

M. Raynaud a représenté une famille se réjouissant de la convalescence

d’un homme que je déclare mort depuis six semaines;--voir le visage

dudit.

[GU] 614. _Tobie et l’Ange._--Sur le livret, on croirait que c’est une

marchande de poisson à laquelle un ange marchande sa denrée.

Au bout de la galerie de pierre, en tournant pour entrer dans la galerie

de bois,--je vous recommande une très-drôle de dame jouant du tambour de

basque,--et une Cléopâtre de quatorze pieds.

[GU] Puisque M. Olivier, évêque d’Évreux et ancien curé de Saint-Roch, a

fait mettre son portrait au Musée,--c’est qu’il n’est pas ennemi de la

publicité;--nous pensons lui être agréable en citant un mot de lui. Au

commencement de l’hiver qui finit, il avait, je ne sais à quel sujet,

fait une gageure avec un de ses vicaires:--l’enjeu était une dinde

truffée;--le vicaire perdit, et ne montra aucun empressement pour

s’acquitter;--en vain M. Ollivier portait au pari des allusions chaque

jour plus directes;--le vicaire paraissait décidé à ne pas

comprendre.--M. Ollivier, poussé à bout, résolut de s’expliquer

clairement et lui dit:

--Ah ça! monsieur le vicaire,--je voudrais bien vous rappeler

adroitement que vous me devez une dinde truffée?

--Je le sais bien, monseigneur, dit le vicaire,--et, si je ne me suis

pas acquitté plus tôt, c’est que les truffes sont de mauvaise qualité

cette année.

--Allons donc, mon cher vicaire!--s’écria M. Ollivier, n’en croyez donc

pas un mot: c’est un bruit que les dindons font courir.

[GU] Je voudrais voir le _Passage d’Honfleur_ de M. Biard.--J’ai lu dans

tous les journaux qu’une foule compacte stationnait devant le

tableau.--Je n’aurai pas de peine à le reconnaître.--Où est-ce qu’il y a

une foule compacte?--Je ne vois pas de foule compacte:--c’était pourtant

dans les journaux.

Où peut être le tableau de M. Biard?

Les guêpes ­— séries 3 & 4 · 第 19 / 47 段