À côté ou au-dessous des dix écrivains hors ligne, dont le premier est
Descartes et le dernier La Bruyère, il y en eut au XVIIe siècle qui, à
un niveau moins élevé, ont brillé d'un vif éclat et acquis une
renommée durable.
Quelques-uns d'entre eux ont eu une part de popularité à peine moindre
que les plus populaires, et leurs oeuvres se recommandent à l'estime,
parfois à l'amour et à l'admiration des lecteurs par des qualités
éminentes d'originalité et de style.
En premier lieu il faut citer les LETTRES DE Mme. DE SÉVIGNÉ. La
plupart sont écrites à sa fille, Mme. de Grignan, presque toutes sont
des chefs-d'oeuvre de style, d'esprit ou de sentiment. Elles font
connaître, mieux qu'aucun autre livre de ce temps, et d'une façon
délicieuse, la vie, le ton, les manières de la société élégante du
XVIIe siècle et de la cour de Louis XIV.
Mme. de Sévigné mérite une place à part parmi les femmes écrivains.
Sans aucune prétention d'auteur elle a laissé trotter sa plume en
écrivant ses Lettres, et a simplement atteint à la perfection du
genre. D'autres noms d'écrivains éveillent l'idée de telle ou telle
qualité; quand on dit Mme. de Sévigné on veut dire toutes les grâces
de l'esprit, toutes les tendresses du coeur. On ne saurait se passer
de lire au moins un recueil choisi de ses Lettres, pour peu qu'on se
pique de savoir ou d'étudier la langue française.
Deux autres dames du grand monde ont ajouté l'illustration littéraire
à celle de la naissance et de la fortune, Mme. DE LA FAYETTE par ses
deux jolis romans de Zaïde et de la princesse de Clèves, et Mme. DE
MAINTENON par le recueil de ses Lettres, imprimées après sa mort.
Mme. DE MOTTEVILLE publia des Mémoires pour servir à l'histoire d'Anne
d'Autriche, femme de Louis XIII. Elle a un air d'observatrice honnête
et sincère, et l'art de conter avec simplicité et naturel.
LE DUC DE LA ROCHEFOUCAULD, qui occupa par sa naissance une brillante
position sociale, occupe une belle position parmi les écrivains
moralistes par son livre des Maximes. C'est un livre écrit d'un style
ferme, concis et passionné, avec l'amertume d'un grand seigneur
égoïste, sans illusion et sans confiance dans la nature humaine.
LE CARDINAL DE RETZ a laissé des Mémoires qui contiennent l'histoire
de la Fronde. Il joua lui-même un rôle actif dans les évènements qu'il
raconte, avec un certain air de grandeur, dans une langue piquante,
impétueuse et originale, comme le fut sa conduite.
L'ABBÉ DE SAINT-RÉAL est un historien remarquable pour sa correction
et pour l'intérêt dramatique qu'il sut donner à l'histoire. Son
meilleur ouvrage est son Histoire de la Conjuration des Espagnols
contre Venise.
Après les grands poëtes du siècle, il y a lieu de citer JEAN-BAPTISTE
ROUSSEAU, dont les poésies lyriques, psaumes, odes et cantates, se
recommandent par l'élévation des sentiments et l'harmonie soutenue des
vers; REGNARD, qui sut se faire applaudir, après Molière, par de
spirituelles comédies, telles que le Joueur et le Légataire universel;
Mme. DESHOULIÈRES à laquelle ses Idylles, aux douces émotions et d'une
facture charmante, assurent un rang honorable dans la poésie
pastorale.
Les sermons de BOURDALOUE et les sermons de MASSILLON sont, avec les
oraisons funèbres de Bossuet, les plus belles productions de
l'éloquence religieuse au XVIIe siècle. Chez Bourdaloue cette
éloquence est austère, puissante, intellectuelle; chez Massillon elle
est suave, harmonieuse, pathétique. Le plus grand succès de ce dernier
est le Petit Carême, série de sermons prêchés devant Louis XV, âgé de
neuf ans.
Port-Royal, dont la robuste influence se fit sentir sur l'éducation de
la jeunesse en général, et sur deux des plus grands classiques
français en particulier, produisit aussi quelques écrivains
distingués. Les plus connus sont ARNAUD et NICOLE.
Arnaud était un travailleur infatigable. Son impétueuse activité
l'empêcha de donner à ses oeuvres le soin qu'il aurait fallu. Il en
produisit un nombre considérable. La plus importante est sa Logique ou
l'Art de penser, livre vraiment classique, et un des plus utiles qu'il
y ait pour le perfectionnement de la raison.
Nicole est un écrivain qui n'eut d'autre mobile que l'amour du
prochain. Il écrivit des Essais de morale et un Traité des moyens de
conserver la paix avec les hommes. Ne lui demandez point d'efforts
d'art ou d'imagination, point d'éloquence, si ce n'est celle d'une
honnête conviction. Il est simple et clair, insinuant sans artifice,
tendre avec bon sens, et toujours dans les bornes d'une aimable et
saine philosophie.