...Il n'y a rien que les hommes aiment mieux à conserver, et
qu'ils ménagent moins, que leur propre vie.
La mort n'arrive qu'une fois, et se fait sentir à tous les
moments de la vie: il est plus dur de l'appréhender que de
la souffrir.
L'on craint la vieillesse, qu'on n'est pas sûr de pouvoir
atteindre.
Une longue maladie semble être placée entre la vie et la
mort, afin que la mort même devienne un soulagement et à
ceux qui meurent et à ceux qui restent.
Il n'y a pour l'homme que trois évènements, naître, vivre,
et mourir: il ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et
il oublie de vivre....
Un homme vain trouve son compte à dire du bien ou du mal de
soi: un homme modeste ne parle point de soi....
Une grande âme est au-dessus de l'injure, de l'injustice, de
la douleur, de la moquerie; et elle serait invulnérable, si
elle ne souffrait par la compassion.
Un homme haut et robuste, qui a une poitrine large et de
larges épaules, porte légèrement et de bonne grâce un lourd
fardeau: il lui reste encore un bras de libre; un nain
serait écrasé de la moitié de sa charge: ainsi les postes
éminents rendent les grands hommes encore plus grands, et
les petits beaucoup plus petits.
La plupart des hommes emploient la première partie de leur
vie à rendre l'autre misérable....
Il n'y a pour l'homme qu'un vrai malheur, qui est de se
trouver en faute, et d'avoir quelque chose à se reprocher.
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