Mauvaise graine est tôt venue.
(_L'Hirondelle et les petits Oiseaux._)
La louange chatouille et gagne les esprits.
(_Simonide préservé par les Dieux._)
Ce qu'on donne aux méchants, toujours on le regrette.
Laissez-leur prendre un pied chez vous,
Ils en auront bientôt pris quatre.
(_La Lice et sa compagne._)
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.
(_Le Lion et le Rat._)
Où la guêpe a passé le moucheron demeure.
(_Le Corbeau voulant imiter l'Aigle._)
Le vase est imbibé, l'étoffe a pris son pli.
(_La chatte métamorphosée en femme._)
En toute chose il faut considérer la fin.
(_Le Renard et le Bouc._)
Amour, amour! quand tu nous tiens
On peut bien dire: Adieu prudence!
(_Le Lion Amoureux._)
Un sou quand il est assuré
Vaut mieux que cinq en espérance.
(_Le Berger et la Mer._)
Hélas! que sert la bonne chère
Quand on n'a pas la liberté.
(_Le Cheval s'étant voulu venger du Cerf._)
Deux sûretés valent mieux qu'une,
Et le trop en cela ne fut jamais perdu.
(_Le Loup, la Chèvre, et le Chevreau._)
Chacun se dit ami, mais fou qui s'y repose.
Rien n'est plus commun que le nom,
Rien n'est plus rare que la chose.
(_Parole de Socrate._)
Toute puissance est faible à moins que d'être unie.
(_Le Vieillard et ses Enfants._)
Un auteur gâte tout quand il veut trop bien faire.
(_Le Bûcheron et Mercure._)
L'avarice perd tout en voulant tout gagner.
(_La Poule aux OEufs d'or._)
Il n'est rien d'inutile aux personnes de sens.
(_Le Lion s'en allant en Guerre._)
Il ne faut jamais
Vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre.
(_L'Ours et les deux Compagnons._)
Plus fait douceur que violence.
(_Phébus et Borée._)
Rien ne sert de courir, il faut partir à point.
(_Le Lièvre et la Tortue._)
Aide toi, le ciel t'aidera.
(_Le Chartier embourbé._)
On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
(_Le Héron._)
Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.
(_Les deux Coqs._)
La mort ne surprend point le sage;
Il est toujours prêt à partir.
(_La Mort et le Mourant._)
Il est bon de parler, et meilleur de se taire.
(_L'Ours et l'Amateur des Jardins._)
Le sage est ménager du temps et des paroles.
(_Démocrite et les Abdéritains._)
Rien de trop est un point
Dont on parle sans cesse, et qu'on n'observe point
(_Rien de trop._)
La dispute est d'un grand secours,
Sans elle on dormirait toujours.
(_Le Chat et le Renard._)
S'il fallait condamner
Tous les ingrats qui sont au monde,
À qui pourrait-on pardonner?
(_L'Homme et la Couleuvre._)
Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire.
(_Les deux Aventuriers et le Talisman._)
Il faut laisser
Dans les plus beaux sujets quelque chose à penser.
(_Les Sapins._)
Il ne faut point juger des gens sur l'apparence.
(_Le Paysan du Danube._)
Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux.
(_Philémon et Baucis._)
* * * * *
BOILEAU.
Né à Paris en 1636, mort en 1711.
Le XVIIe siècle est éminemment un siècle d'ordre, d'autorité et de
discipline. Comme Louis XIV représente ces principes en politique,
Boileau en est le représentant dans la littérature. Il y a eu des
écrivains plus grands que lui, il n'y en a pas eu de plus utile. Les
guerres du XVIe siècle n'avaient pas été favorables au bon ton et au
bon goût; l'Italie et l'Espagne avaient tour à tour exercé une
influence fâcheuse. Si quelques génies, Descartes, Pascal, Molière,
avaient échappé à cette influence et étaient restés sains et vrais en
dépit de la mode, la France était loin d'être guérie des mauvais
effets des traditions étrangères. Il fallait une réaction délibérée.
Il fallait arborer l'étendard du génie national, proclamer les
principes de l'art français, et établir pour sa sauve-garde les règles
de la raison et du bon goût.