[Armande fait l'étonnée et la dégoûtée de ce que sa soeur Henriette
songe à se marier. Elle élève ses désirs plus haut que les vulgaires
soins du ménage, et engage sa soeur à prendre aussi le goût des plus
nobles plaisirs de l'esprit.]
Loin d'être aux lois d'un homme en esclave asservie,
Mariez-vous, ma soeur, à la philosophie.
[Ce qui surprend Armande plus que tout, c'est qu'Henriette songe à
Clitandre pour mari, Clitandre, qui a hautement soupiré pour elle et
qui est sa conquête.
Pendant que l'entretien continue à son sujet Clitandre arrive, et
Henriette le prie d'expliquer son coeur et de dire à qui il l'a voué.
Clitandre répond qu'il avait d'abord été séduit par les attraits
d'Armande, mais que, n'ayant trouvé chez elle rien de ce qu'il
cherchait, il avait reporté ses voeux sur Henriette, qui a bien voulu
ne pas les dédaigner; il ne reste plus qu'à obtenir le consentement
des parents. C'est là une chose à laquelle il va travailler, sans
retard, de tous ses soins.
Restée seule avec Clitandre, Henriette lui donne quelques avis sur les
démarches à faire.]
... Le plus sûr est de gagner ma mère,
Mon père est d'une humeur à consentir à tout;
Mais il met peu de poids aux choses qu'il résout.
Il a reçu du ciel certaine bonté d'âme
Qui le soumet d'abord à ce que veut sa femme;
C'est elle qui gouverne, et d'un ton absolu
Elle dicte pour loi ce qu'elle a résolu.
[Clitandre ne peut pas facilement déguiser ses sentiments. Les femmes
docteurs, comme la mère et la tante d'Henriette, ne sont point de son
goût.]
Je consens qu'une femme ait des clartés sur tout;
Mais je ne lui veux point la passion choquante
De se rendre savante afin d'être savante;
Et j'aime que souvent, aux questions qu'on fait,
Elle sache ignorer les choses qu'elle sait:
De son étude enfin je veux qu'elle se cache,
Et qu'elle ait du savoir sans vouloir qu'on le sache,
Sans citer les auteurs, sans dire de grands mots,
Et clouer de l'esprit à ses moindres propos.
[Il respecte la mère d'Henriette, mais il ne peut approuver ses
travers d'esprit; il ne peut surtout pas supporter ce Monsieur
Trissotin, un benêt, un pédant qu'elle admire, estime et met au rang
des grands et beaux esprits. Il comprend cependant que, dans la
maison où s'attache son coeur, il importe qu'il gagne la faveur de
tout le monde, et--]
Pour n'avoir personne à sa flamme contraire
Jusqu'au chien du logis qu'il s'efforce de plaire.
[Comme Bélise, la tante d'Henriette arrive, il se propose de lui
déclarer le mystère de son coeur et de gagner sa faveur.
Cette vieille folle, aussi coquette que ridicule, l'interrompt comme
si c'était à elle que s'adresse l'amour de Clitandre; en vain il lui
jure que c'est pour Henriette qu'il brûle, elle prétend devoir
entendre autre chose sous ce nom, et le laisse pestant contre les
visions de la folle vieille fille.]