MISÈRE DE L'HOMME.

Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère,

l'ignorance, se sont avisés pour se rendre heureux de ne

point y penser: c'est tout ce qu'ils ont pu inventer pour se

consoler de tant de maux. Mais c'est une consolation bien

misérable, puisqu'elle va non pas à guérir le mal, mais à le

cacher simplement pour un peu de temps, et qu'en le cachant

elle fait qu'on ne pense pas à le guérir véritablement.

Ainsi par un étrange renversement de la nature de l'homme,

il se trouve que l'ennui, qui est son mal le plus sensible,

est en quelque sorte son plus grand bien, parce qu'il peut

contribuer plus que toutes choses à lui faire chercher sa

véritable guérison; et que le divertissement, qu'il regarde

comme son plus grand bien, est en effet son plus grand mal,

parce qu'il l'éloigne plus que toutes choses de chercher le

remède à ses maux; et l'un et l'autre sont une preuve

admirable de la misère et de la corruption de l'homme, et en

même temps de sa grandeur, puisque l'homme ne s'ennuie de

tout et ne cherche cette multitude d'occupations, que parce

qu'il a l'idée du bonheur qu'il a perdu, lequel ne trouvant

point en soi, il le cherche inutilement dans les choses

extérieures, sans pouvoir jamais se contenter, parce qu'il

n'est ni dans nous, ni dans les créatures, mais en Dieu

seul.

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Littérature Française (Première Année) · 第 54 / 137 题