Les sciences ont deux extrémités qui se touchent: la
première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous
les hommes en naissant. L'autre extrémité est celle où
arrivent les grandes âmes, qui, ayant parcouru tout ce que
les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien,
et se rencontrent dans cette même ignorance d'où ils sont
partis. Mais c'est une ignorance savante qui se connaît.
Ceux qui sont sortis de l'ignorance naturelle, et n'ont pu
arriver à l'autre, ont quelque teinture de cette science
suffisante, et font les entendus. Ceux-là troublent le
monde, et jugent plus mal de tout que les autres. Le peuple
et les habiles composent, pour l'ordinaire, le train du
monde; les autres le méprisent, et en sont méprisés.
* * * * *